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Pourquoi seuls les hommes auraient le droit de gueuler dans un micro comme des gorets?

Jeudi 25 août 2016

« Où sont les feeeeeeeeeeemmes ? » chantait l’autre.
Derrière le refrain de cet énorme tube de 1977 (hm hm), se cache un sujet que je voudrais aborder sous l’angle de la musique metal.
Comment dites-vous ? Mais non, je ne suis pas du tout féministe mais alors là pas du tout !
Mon but n’est pas de me la jouer suffragette (pas ici en tout cas !). C’est plutôt de savoir comment évoluent les musiciennes (qui sont présentes dans moins d’un groupe de metal sur dix) dans un univers majoritairement masculin, de sentir l’ambiance qui règne dans et autour des groupes composés d’une ou plusieurs femmes, de voir ce que les hommes en pensent (vous voyez que je ne suis pas féministe) et d’essayer de comprendre pourquoi elles sont si peu nombreuses.


Tom Dekkers est l’organisateur du Female Metal Event (FemME) dont la 3e édition se déroulera en septembre prochain à Eindhoven aux Pays-Bas. Ce concert se décrit comme un évènement musical qui célèbre le côté féminin du metal au sens le plus large.
Tom constate que, la plupart du temps, quand les femmes sont impliquées dans un groupe metal, la musique est plus mélodique, symphonique, moins brutale. Il y a quelques années, on parlait même de « fantasy metal » ou « fairy tale metal ».
« Ce type de musique est sous-évalué par rapport au metal plus brutal, explique-t-il, et, de ce fait, les groupes avec des voix féminines sont souvent programmés au début d'un festival ou en support. Il y a des exceptions comme les grosses pointures que sont, par exemple, Nightwish, Epica ou Within Temptation. Avec FemME, nous essayons d’apporter une musique moins lyrique dans le metal. »

À poil !

Les choses ont évolué et les femmes peuvent aussi proposer du metal beaucoup plus lourd. Samantha Landa de Dead Asylum, vient de rejoindre le groupe Nervosa.
« J’entends souvent des femmes musiciennes me dire qu’elles ont peur d’être jugées, me confie-t-elle. C'est plus difficile pour nous de trouver des modèles féminins dans le metal et c’est probablement ce qui alimente ce cercle vicieux. Je joue de la batterie depuis 17 ans. Les artistes et les fans masculins reconnaissent et respectent mes compétences mais cela n’a pas toujours été le cas. Quand j'étais adolescente, je recevais souvent des commentaires sexistes et ridicules. Ce n’était pas mal intentionné mais c’était dit quand même.
Parfois, les gens qui ne me connaissent pas me jugent avant de me voir ou de m’entendre jouer. Mais honnêtement, en général, je me sens respectée et acceptée.
»


Un point de vue partagé par Arnaud Vansteenkiste, ex batteur d'Enthroned et de Necroblaspheme (entre autres) qui évolue maintenant (entre autres aussi, il fait un million de trucs ce mec !) dans Humanitas Error Est, Lebenssucht, Grausame Töchter et dernièrement Throne Ov Shiva.
Quand il recherche des musiciens pour un projet, Arnaud ne regarde pas au sexe. Ce qui l’intéresse c’est que la personne possède les facultés et la motivation nécessaires.
Il a par exemple lancé Humanitas Error Est avec la chanteuse S Caedes. « Beaucoup de gens sont positivement étonnés de sa performance live, explique Arnaud. Bien-sûr au début, on a entendu quelques commentaires idiots sur la place d’une femme dans un groupe de black, mais c’est vide d’argument et cela ne m’intéresse en aucun cas. »
En comparant ses expériences vécues au travers de ses différents groupes, Arnaud constate que les femmes font preuve de plus de dynamisme et de motivation que la plupart des mecs avec qui il a joué. « Elles en veulent, dit-il, elles veulent aller de l’avant et atteindre le but convoité. Bien-sûr, il y a des types qui ont exactement la même attitude, et je me réjouis quand j’en rencontre un, mais avec ces dames, c’est presque à chaque fois le cas. »
« Pour ce qui est de l’accueil du public, il est souvent chaleureux à l’idée de voir une demoiselle en action. De la part des hommes car c’est une image plus agréable qu’un gars poilu plein de sueur et de la part des filles aussi car elles constatent qu’une d’entre elles parvient à montrer aux mâles qu’elles ont aussi une place dans ce monde de brutes. C’est un peu cliché et je te dis ça avec un soupçon d’humour, mais dans la réalité, il y a de ça. »

Cryptogenic vient tout juste de changer de chanteuse.
Yohann Thibaut est le batteur de ce groupe (ainsi que de Feed Them Lies, Black Harmonia) et est aussi booker à Metal Corporation Festival.
Lors des auditions pour recruter une nouvelle voix, Yohann a remarqué que beaucoup de filles sont motivées par monter sur scène et fonder un groupe. Cependant, quand il faut passer dans le concret, il a très souvent entendu les mêmes excuses comme celle ne pas être à l’aise de jouer sur scène devant plein de mecs ou celle du petit copain jaloux un peu réticent à l’idée que sa moitié rentre dans un groupe.
« Je les comprends, explique Yohann, car malheureusement le public Female Fronted est constitué majoritairement de mecs seuls de 30 à 50 ans qui n’en ont rien à foutre de la musique, qui sont juste là pour faire des photos des chanteuses, avec les chanteuses et demander des autographes. J’ai vu combien de mecs faire 50 photos de la gonzesse et se casser après sans regarder le concert. Le groupe qui est derrière c’est de la figuration, pour eux ! Il y a aussi les « à poil » sur scène ou autres insultes qu’on peut entendre en concert. »
Au fait, qu’est-ce qu’elle en pense, Anouk, la nouvelle chanteuse de Cryptogenic ?
« Mon genre ne définit pas qui je dois être, ce que je dois faire ou ce que je dois aimer. Je ne fais absolument pas partie de ces mauvaises langues qui disent que les femmes dans le metal sont là pour vendre. Je suis une femme, j’aime le metal et je n’échangerais ça pour rien au monde.»

Chambre à part

Revenons-en à Yohann, avec sa casquette de bookeur cette fois-ci, qui fait également quelques constats.
« On est moins brusque dans les coups de gueule ou les critiques quand il y a une nana dans un groupe. Au niveau des tournées ou des concerts à l’étranger, un groupe de mecs s’en fout complètement de dormir par terre sur deux matelas. Avec une fille, il faut souvent une chambre à part et ça se comprend. »



Lena Scissorhands, chanteuse d’Infected Rain, ajoute qu’il y a plus d’hommes sur la scène metal simplement parce qu'ils peuvent mieux s’adapter aux réalités d’une vie de tournées et de concerts. Celle-ci implique des sacrifices, il faut parfois faire face à certaines difficultés et tout le monde ne peut pas se le permettre, particulièrement une femme!
Elle ajoute que le metal n’est pas un univers misogyne. Elle m’explique que c’est difficile de se faire une place dans la vie en général, pour tout le monde, et plus particulièrement dans le milieu artistique. Cela n’a rien à voir avec le fait d’être un homme ou une femme.
Lena se sent aimée et appréciée et partage les mêmes sentiments vis-à-vis des membres de son groupe, des autres groupes et des fans. Elle parle même d’une grande famille metal où certains fans sont devenus des amis.
« Ton look et ton apparence dépendent entièrement de toi, ajoute-t-elle. Il n'y a aucune règle! J'aime être créative et je crée tous mes looks. J’aime avoir la forme et je travaille pour cela! Le plus important est de se sentir en harmonie avec soi-même. »

Parle-moi comme à un homme !

Maggy Luyten, la chanteuse de Nightmare, m’explique en rigolant qu’il y a plus de femmes dans le metal qu'on ne le pense mais qu’il y a juste beaucoup trop d'hommes. « Le respect se gagne et s'entretient, précise Maggy. Que l'on soit un homme ou une femme. Il est étroitement lié à nos choix et à l'attitude que l'on décide d'adopter face aux autres. Ce n'est pas toujours évident de se faire une place car si tu ne t'imposes pas un minimum, quelqu'un d'autre n'hésitera pas à la prendre. »
Elle déclare entretenir de très bonnes relations avec ses collègues masculins. Sa philosophie c’est « parle-moi comme si j'étais un homme mais n'oublie pas que je suis une femme ! »
Maggy explique que l'image est très importante car c'est ce que le public va retenir en premier. Pour elle, il n’est pas nécessaire d’être sexy pour être crédible sur la scène metal. Elle constate que tout le monde n’est pas de son avis et souligne le phénomène des poupées metal, celles pour qui l'apparence est plus importante que le talent.
« D'expérience, poursuit Maggy, je confirme que se maquiller un minimum est indispensable pour ne pas paraître fade sur les photos et vidéos. Le plus important pour moi est de mettre en valeur le regard. »

Pour Sabrina Gelin, musicienne dans Ithilien, faire partie d’un groupe de mecs, ça n’a rien d’exceptionnel et c’est même plutôt naturel. Depuis toujours (ou presque), elle gravite dans des milieux majoritairement masculins (concerts, festivals metal, reconstitution médiévale, jeux de rôle, etc.). Au sein d’Ithilien, elle se sent respectée et membre à part entière d’un groupe de potes. « Je n'ai jamais eu l'impression d'être la seule fille du groupe en étant en répète ou en tournée, dit-elle. Hormis quelques jours par mois :-). Je ne trouve pas que ce soit difficile de se faire une place en tant que femme. »
Par contre, elle souligne que pour jouer dans un groupe metal, il faut vraiment se sentir très à l’aise dans ce style musical, aussi bien au niveau de la musique que de l'ambiance. Sabrina ajoute qu’il ne s'agit pas seulement de savoir jouer d’un instrument, il faut aussi être capable de gérer des paramètres techniques pour la sonorisation, les réglages d'amplis, multi-effets, etc.


Clairement, les femmes sont présentes sur la scène metal.
Considérées parfois comme des poupées de contes de fées dont le seul but est de mettre un peu de couleurs dans l’obscurité, elles sont maintenant plusieurs à prendre la place de véritables musiciennes et sont reconnues pour leur talent artistique. Ça c’est une vraie bonne chose !
Par contre, les allusions sexistes liées au physique ont la vie dure dans les médias et le public. Jamais on ne dit que le guitariste de tel groupe est gaulé comme un Dieu (on devrait, tiens, j’en connais un) ou que le beau chanteur d’une autre formation a mis le feu à la salle.

Pour conclure, j’ai envie de dire que la musique devrait s’en battre les couilles du sexe. Quand c’est bon, c’est bon. Quand c’est mauvais, c’est mauvais.

Vous aussi, artistes, public, tourneurs, etc. vous avez un rôle à jouer. Soyez des passionnés de musique, ne soulignez pas les genres !
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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

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