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Quoi ? T’es musicien et t’as pas de tatouage ???

Avec Reagan Youth, Igorrr, Wolves Scream, Tat2noisact, Daruma Tattoo, Grizzly INC et Sébastien Galliot


Mercredi 7 juin 2017

Un dénominateur (presque) commun au metal, hardcore, punk et autres genres musicaux alternatifs c’est le tatouage. À vrai dire, ça devient de plus en plus le cas pour tous les styles de musique mais je m’en fous des autres styles de musique. On va quand même pas parler des tatouages de M. Pokora ou de Cœur de Pirate !

Donc, revenons-en à nos musiciens alternatifs. Rares sont ceux qui ne portent pas sur leur peau une pin-up, un crane, un cœur, des éléments de la nature ou d’autres motifs, des formes, signes, points, lignes, des ombres et des lumières. Avec ou sans couleur. De manière discrète ou non.
J’adore les tatouages. Leurs origines tribales puis leur passage sur le corps des « vilains » garçons aventuriers (marins, bagnards, motards, etc.). Puis, sur celui des « vilaines » filles. Ah, tiens, ça doit être pour ça que ma maman me sermonne à chaque fois que j’en fais un.
J’adore aussi la musique. Pour moi, il y a quelque chose entre ces deux-là. Comme une attirance, une envie de s’écouter, de partager, de se rapprocher, de se compléter, de se mélanger (houlààààà, je m’emballe et je m’égare !).

Qu’en pensent les tatoueurs, les musiciens tatoués et ceux qui ne le sont pas ?



Les tatouages de Janis Joplin

Avant d’aller plus loin, en guise d’introduction, je voulais avoir un avis plus général et historique sur la question. J’ai donc contacté Sébastien Galliot, docteur en anthropologie sociale et ethnologie à Marseille qui me confie que le tatouage est très marqué dans les musiques alternatives et underground. « Le mouvement hippie puis le mouvement punk sont les premiers mouvements musicaux à démocratiser le tatouage, explique-t-il. Avant que Janis Joplin se fasse tatouer, les femmes l’étaient très peu à l’époque, elle évoluait avec des bikers remplis de tatouages. Pour moi, le tatouage est complémentaire à la musique. C’est la dernière limite pour véhiculer des valeurs et des messages propres à une sous-culture, à des collectifs de gens. »
Sébastien poursuit en précisant que si on creuse par genres musicaux, ceux qui écoutent du death metal vont se tatouer des motifs plutôt gore. Ceux qui écoutent du rap à Marseille vont se faire tatouer le logo de l’OM.

Lou de Daruma Tattoo à Bastogne constate que le tattoo draine actuellement un public tellement large. Si les musicos sont tatoués c'est parce qu'ils représentent un certain pourcentage de cette masse. Il précise que l’adepte du tatouage écoute généralement de la musique et que son style musical de prédilection est plus axé sur le rock. « Les musiciens que j’ai pu tatouer dans ma carrière sont fort éclectiques dans leur choix, poursuit-il. La tête de mort est forcément représentée tout comme l’ornemental qu’il soit doux ou agressif (style graphique, tribal, etc.). »
Cependant, Lou rencontre tellement de gens différents dans son métier qu’il ne peut lier systématiquement la musique et le tatouage. Sur son siège, il passe du pantalon en cuir au jogging.

Idem chez Jean-Pierre Mottin, tatoueur à Liège (Grizzly INC) pour qui il n’y a pas vraiment de similitude ni de code dans les tatouages de musiciens. Chacun a des envies et des demandes différentes. « J’ai tatoué des musiciens plus ou moins connus, dit JP. J’ai effectivement tatoué le claviériste de Dark Tranquillity, j’ai tatoué Mikey Doling de Snot et Channel Zero. Je pense même qu’il a fait un petit passage dans Soulfly (ndlr : oui, effectivement). J’ai fait un bras complet à Tino De Martino de Channel Zero. Sinon, j’ai aussi tatoué Axel Witsel. Il est moins dans la musique mais c’était sympa quand même (rires). »
JP pense qu’il y a effectivement un lien entre le tatouage et la musique dans le sens où ce sont des courants artistiques. Les musiciens ont une sensibilité artistique et sont donc, d’après lui, plus facilement touchés par ce qui se dégage de l’art. Le tatouage par exemple mais ça pourrait être aussi le cas avec la peinture ou tout autre discipline artistique.

Se tatouer en live sur scène



Cyrille Kostek, tatoueur et musicien dans Tat2noisact va un cran beaucoup plus loin dans la rencontre entre les deux disciplines, d’une manière assez étonnante d’ailleurs. Avec son groupe Tat2noisact , il réalise, sur scène, des performances où il mêle le tatouage et la musique.
Il précise que le fait de se tatouer durant la performance fait partie du processus de création. Les machines à tatouer sont amplifiées à l’aide d’un micro qui passe à travers des effets ce qui en fait un instrument de musique à part entière. Le tatouage réalise ainsi une sorte de partition abstraite qui interpelle sur le sens même du tatouage. Cyrille me dit également que le résultat est une image indélébile loin de celles des standards que les gens s’attendent à voir dans les magazines, émissions télé ou catalogues des shops tattoos.
Pour lui, la société de consommation et la musique commerciale ont perverti le tatouage. « C’est paradoxal, dit-il. Le tatouage qui est à la base quelque chose d’antisocial, de marginal devient quelque chose de banal où tout le monde se pare des mêmes symboles. Ce qui est important c’est de ne pas vivre comme un mouton, c’est de continuer à créer, à être soi-même, à ne pas rechercher à ressembler à un produit, une image mais s’émanciper, se libérer de cela. »
Mais comment tu fais par rapport à l’hygiène lors des tatouages sur scène ? « Les risques existent. On les accepte et on s’occupe chacun de son poste de travail ainsi les risques encourus sont d’ordre personnel. Quand tu touches à la peau de l’autre, il est sûr qu’il est hors de question de négliger l’hygiène mais dans le cadre de Tat2noisact ou cela ne regarde que nous, on accepte les risques même si on fait bien évidemment attention quoi qu’il en soit. »

Prison et liberté

Tibbie X, bassiste de Reagan Youth et chanteuse de GASH a une cassette tatouée sur le bras qui représente la première cassette de punk obscur qu’elle a reçue d’un ami. Cette cassette a changé sa vie et sa façon de penser. Elle me confie que c’est pour ça qu’elle aime tant la musique car elle peut éternellement influencer la liberté dans le monde entier. Ses tatouages sont comme une histoire inspirée par l’amour et la musique qui l’ont aidée à grandir et à s’épanouir.
« L’encre est une manifestation physique de la liberté d’expression. Tout ce que je fais en tant que musicienne doit transmettre du son physiquement et spirituellement. Sinon, c’est une perte d’énergie. Paul Cripple (ndlr : le guitariste de Reagan Youth) a plaisanté sur ce sujet. L’encre ne fait pas de quelqu’un un meilleur musicien. »




Laure Le Prunenec, chanteuse d’Igorrr n’est pas tatouée. Elle n’aime pas le caractère permanent du tatouage. Elle préfère le changement. Pour elle, le tatouage est un univers très fermé lié à un certain type de mode, de vêtements, etc. Alors que la musique est un vecteur de changement et d’ouverture infinie.
« J’aime que les gens soient étonnés, poursuit-elle. Mais je ne pense pas pouvoir les surprendre avec des tatouages. Plutôt avec de bons morceaux de musique et un beau visuel scénique qui l’accompagne. Je cherche la nouveauté et l’originalité. Le tatouage, si je devais en porter un, ce serait quelque chose d’intime qui représente quelque chose d’important. Comme un pacte avec quelqu’un. »




Chez Wolves Scream, tous les musiciens sont tatoués sauf Maxime Fontanari, le bassiste. « Je ne me sens pas marginal pour autant, dit-il. J’aime bien mon corps comme ça. Ça ne veut pas dire non plus que je ne ferai jamais de tatouage. Les tatouages ne sont pas représentatifs de ton identité ou de ta personnalité. Personne n’est jamais venu me trouver en disant « mais c’est bizarre, t’as pas de tattoo alors que tu joues du hardcore ». Tant mieux finalement, ça veut dire que les gens te jugent sur tes capacités et non sur ton style ou ton physique. »
Maxime dit aussi que, dans le hardcore, il y a toujours eu beaucoup de personnes tatouées mais que, maintenant, avoir des tatouages ou non ne permet plus de ranger les gens dans des catégorises.

Toujours chez Wolves Scream avec Anthony Ondel, le guitariste, qui complète en disant que le tatouage moderne reste intimement lié à la culture musicale alternative. Il parle aussi d’une grande histoire d’amour entre ces deux cultures qui a forgé une image marginale mais forte du côté des groupes. Ou vice versa, c’est selon.
D’ailleurs, certains de ses tatouages sont en rapport direct avec la musique. Pour preuve, le tatouage sur l’intérieur de son bras droit qui est inspiré d’une chanson de City and Colour « As much as I ever could » et celui sur son mollet droit qui représente le logo d’Alexisonfire.
« Je t’avoue que j’aurais envie d’en faire bien plus, poursuit Anthony, mais le fait d’être musicien demande pas mal d’investissement financier en ce qui concerne le groupe et également ton propre matériel. Tu sais, les instruments, c’est un peu comme les tatouages. Au final, tu n’en a jamais assez ! »


En conclusion, le tatouage s’incruste de plus en plus sur scène. Son empreinte sur la peau des musiciens est alors aussi évidente que leur instrument pour créer de l’art, de la culture, pour véhiculer un message.
Le tatouage peut aussi ne pas être là du tout. Chaque démarche artistique est personnelle.
Et pour rebondir sur le titre de ce papier, oui, il y a des musiciens qui ne portent pas de tatouage. Bon, c’est pas grave, je vous aime bien quand même ;-)
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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

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