Article

Tribute or not tribute ?

Jeudi 20 juillet 2017

Je ne suis pas fan des groupes tribute et cover. Je trouve que c’est de la triche, que c’est un peu trop facile, qu’il manque un truc. Voilà, c’est dit.
Un peu comme un dessert sans chocolat, Dark Vador sans son masque ou l’homme parfait sans capital sympathie (fallait que je la place celle-là :-)).
Bref, sans mettre en cause la qualité de jeux des musiciens, je ne vois pas bien l’intérêt de faire du copiage, de ne pas avoir sa propre identité et créativité musicales. Mais comme j’aime bien que mes idées et opinions soient bousculées, je suis partie rencontrer des musiciens, organisateur, bookeur et fans du genre.
Parce que des groupes tribute, il y en a à la pelle. De tous les styles et de tous les niveaux.

Avant d’aller plus loin, petite précision. Un groupe tribute est un groupe interprétant le répertoire d'un seul artiste. Un groupe cover est un groupe interprétant un répertoire de plusieurs artistes.



Alain Ducat trouve qu'un bon tribute est d'abord un hommage à l'original. Quand les reprises sont fidèles, il est clairement fan. Mais pas question de chercher le mimétisme parce que, d’après lui, ça fait un peu fan club ou groupie et ça, ça peut devenir pathétique quand ce n'est pas à la hauteur.
S’il a l'occasion de voir le groupe original, il prend. Mais ce n’est pas toujours évident. Puis, le tribute, on peut se l'offrir pour moins cher. On n’a pas toujours les moyens d’aligner 80 boules ou plus.
« Quand on aime l'original, explique Alain, on peut aussi aimer la copie. Il faut imaginer que, quand on est face à un tribute, on est impitoyable parce qu'on ne peut pas pardonner une mauvaise copie. On connaît le morceau, on prend le risque d'être déçu. Donc, le tribute est obligé d'être irréprochable. Je trouve alors que le tribute vaut aussi son pesant d'hommage. Il faut le faire quoi ! »

Par contre, Matthieu Mormont est moins enchanté. Il peut apprécier un groupe tribute si ses reprises apportent quelque chose de différent mais si c'est du copier-coller à 100%, il n'y voit pas beaucoup d'intérêt. « Aller voir un groupe tribute ou cover ne m'a jamais attiré, dit-il. Ca pourrait dans des situations exceptionnelles comme la retraite d’un groupe ou le décès d’un musicien. Et encore, en fait, même ça, ça me donne pas envie. De mon point de vue, il n’y a pas de concurrence car les groupes originaux sont supérieurs aux cover et tribute et j'ai du mal à imaginer qu'on puisse penser le contraire. »

Pourvu qu’elle soit bonne

« Nous apprécions quand des fans viennent nous voir après un concert et nous disent qu’ils ont vu AC/DC plusieurs fois et qu’ils avaient l’impression d’être à un concert du groupe », lance Mike DiMayo d’High Voltage. Il ajoute que le groupe travaille très dur pour apporter un concert de qualité avec une reproduction fidèle des chansons, le respect du look et de l’énergie du groupe original.
« Nous avons vu le groupe beaucoup de fois mais n’avons pas eu l’honneur de les rencontrer en personne, poursuit Mike. Wow, quel plaisir se serait ! High Voltage ne prend rien pour acquis. Nous avons de la chance et nous le savons ! »



Le groupe Kingstone propose aussi du AC/CD mais ne se considère pas comme un véritable tribute. Il ne copie pas. Raven Stormar, guitariste fondateur de Kingstone précise que le nom du groupe ne fait pas référence à un titre d'AC/DCet les musiciens ne cultivent pas la ressemblance physique. Kingstone interprète la musique d'AC/DC et y insuffle sa propre énergie.
Oui mais, Raven, pourquoi tu joues les chansons d’autres musiciens ? N’est-ce pas plus motivant de jouer ses propres compo ? « Le plaisir d'un musicien c'est d'entendre le public chanter et de le voir bouger, répond-il. Le plaisir d'un musicien c'est aussi de jouer. Jouer parce qu'on aime ça, toutes les musiques, la sienne ou celle des autres pourvu qu'elle soit bonne. Naturellement tout le monde aimerait pondre l'album ultime, encore faudrait-il en avoir le talent. »


J’ai aussi posé la question à Roland Orban d’Eagles Road qui reprend les classiques Hard Fm des 80’s comme Bon Jovi, Europe, Whitesnake. On est donc ici dans un cover (vous avez vu, j’ai retenu la leçon). « Un groupe de compo est avant tout une passion et un travail dans lequel on s’implique personnellement, explique Roland. Tu ne fais pas des compos en te disant « je vais me faire du pognon et être une star ». Ca ne marche pas en Belgique ou dans très peu de cas. Le monde de la cover, comme on l’appelle dans le milieu, est tout autre. Tu sens qu’il y a un business très juteux derrière. Ça nous permet en tout cas de pouvoir jouer dans de bonnes conditions devant beaucoup de monde. »


Du côté de Stahlzeit, le tribute de Rammstein, on est carrément dans la machine de guerre et l’énorme production avec plus de 300.000 watts de lumières et son, 15 tonnes de décors et accessoires. 80 concerts par an dans toute l’Europe dont dernièrement au Graspop Metal Meeting et au Spa Tribute Festival.
Heli Reißenwebern, le chanteur, explique que ce succès est dû à Rammstein et à son fantastique public, raison pour laquelle il est important pour le groupe de répondre à toutes les demandes de concert. « Nous pensons aussi que Stahlzeit se démarque des autres groupes tribute, depuis que nous avons apporté nos propres idées et personnalités dans les shows, poursuit Heli. Le groupe est motivé par Rammstein, bien évidemment, mais aussi par la musique au sens large. Les musiciens ont d’ailleurs développé un autre projet musical, plus personnel celui-là, appelé Maerzfeld.



La plupart pas pro ?

Alex de Skulls From Hell (Pantera) me confie que c'est un bonheur pour lui de jouer du Pantera. Les américains le font rêver. Sa motivation est là. Tous les musiciens de Skulls From Hell ont un ou des groupes de compo en parallèle. Le seul objectif de la musique, c'est de se faire plaisir et éventuellement de faire plaisir.
Alex me fait aussi une déclaration assez étonnante. Il n’est pas certain que le public aime Skulls From Hell. Quelques personnes sont contentes et s'éclatent mais il me confie que c'est une minorité. « Bien qu'ils soient adulés dans le milieu pour plein de raisons, explique Alex, nous nous sommes rendus compte que les gens ne connaissaient que très peu Pantera. Quelques hits comme « Cowboys from hell », «Walk », «I’m broken» ou « 5 minutes alone ». Et également car nous ne sommes pas Pantera avec le charisme et tout ce qui va avec. »
Il en profite pour pousser un petit coup de gueule par rapport aux musiciens qui critiquent le tribute. « Détester le tribute est juste lié au fait d'être frustré de ne pas pouvoir s'exprimer devant un grand nombre. Une remise en question serait requise pour certains. Pourquoi tu n'es pas connu ? J'en sais rien, il y a tellement de paramètres. Mais je sais aussi que la plupart des tributes ne sont pas assez bon, techniquement, musicalement, scéniquement etc. »

Du côté de Moonchild, Jean-Luc Van Praet continue la réflexion et précise que le fait de jouer le répertoire d’Iron Maiden, ça aide. Faire des reprises de Cannibal Corpse ou Sepultura serait sans doute plus compliqué car beaucoup moins populaire. En tout cas, il semble évident qu’une des clés du succès est que le tribute soit composé de musiciens fans du band original. « Il ne s'agit pas de juste se lancer dans l'aventure par pur opportunisme, comme c'est parfois le cas, juste pour surfer sur le relatif succès du phénomène tribute », ajoute Jean-Luc.
Et des contacts avec Iron Maiden, vous en avez ? « Non mais en 2013, nous avons eu la chance de faire quelques dates avec Paul Di'Anno, lors de son passage par la Belgique pour son Farewell Tour. C'était une expérience assez incroyable. Paul étant quand même le chanteur emblématique du début de la carrière d'Iron Maiden, ça restera pour nous un énorme souvenir. »



Un milieu saturé

Jean-Pierre de Booking Tribute Bands m’explique que le monde du tribute est en constante évolution et que leur nombre évolue sans cesse. « Le milieu est saturé dans le sens où les groupes et leur manager ont des difficultés à trouver des contrats tellement il y a de choix. Pour les tribute du même groupe, alors là, c’est une bataille financière et très souvent les groupes doivent accepter d’aller jouer pour un tarif de métro. Je ne sais pas expliquer cette évolution, cette invasion. C'est un boum, une tendance, un mode vie festive à moindre coût. »
Jean-Pierre m’explique encore que les musiciens tribute ou cover font des reprises pour faire connaitre et revivre les décennies du passé à un tarif plus avantageux que les originaux. Pour un organisateur, entre payer 2 à 3.000€ pour un tribute ou payer l'original à 200.000€ ou plus, le calcul est vite fait.

Certains orgas mélangent d’ailleurs les deux. C’est le cas du Metal Méan Festival où les groupes tribute s’invitent le vendredi soir avant la journée du samedi 100% metal. Gaultier Baclin du Metal Méan m’explique que le but principal de la soirée du vendredi est d'amener des personnes de la région qui n'écoutent absolument pas de metal underground. « On remarque que les gens se déplacent pour écouter des chansons qu'ils connaissent déjà, poursuit-il. La difficulté est de bien choisir les groupes. Ils doivent plaire aux locaux et aux festivaliers du samedi déjà présents le vendredi. Il faut trouver un juste milieu pour satisfaire les deux publics. Il me semble que ce qui fonctionne le mieux c’est les tribute de rock classique, oldschool. »
Les deux publics sont vraiment différents. Gaultier constate que parfois un public non metal reste le samedi pour l'ambiance du fest et que certains metalleux qui ont prévu de venir les deux jours participent aux concerts tribute du vendredi.


Pour conclure, il faut reconnaitre que, peu importe ce qu’on en pense, derrière un tribute ou un cover, il y a bien souvent du boulot de la part des musiciens et une vraie passion pour la musique.
Une autre réalité est que, jouer dans un groupe tribute ou cover, ça paye. Souvent bien plus que dans un groupe « traditionnel ». Organiser des concerts avec ces groupes, ça rapporte aussi plus de pognon.
Un monde parallèle avec une offre, une demande et une réalité propre où c’est de nouveau l’argent et la rentabilité qui mènent le bateau. Dommage.
Une situation qui m’interpelle sur laquelle je reviendrai d’ailleurs prochainement dans un autre article.
TU AS AIME ? PARTAGE !
Google +
Twitter
Facebook
Whatsapp
E-mail
E-mail
Google +
Twitter
Facebook
37
AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

► COMMENTAIRES

Tu dois être connecté pour pouvoir commenter !

Soit en deux clics via Facebook :

image

Soit via l'inscription classique (mais efficace) :

image

► A VOIR ENSUITE