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Je suis une licorne et, avec mes potes bisounours, on fait du metal !

Jeudi 22 mars 2018

L’autre jour, je suis tombée sur une affiche pour un concert de metal intitulé « La nuit des méchants ». Jusque-là, rien de bien surprenant. Sauf que, sur cette affiche, il y avait des fleurs, une licorne, des cœurs et du rose ! Etonnée je suis ! Quelques jours après, (comme quoi, rien n’arrive par hasard), je vois une autre affiche pour une soirée « true metal » toujours avec des cœurs roses et des mecs à poil enroulés dans du PQ.
Entre le rose et le porno, j’ai dû louper un truc, moi qui suis habituée aux metalleux vêtus de noir, de cuir, tatoués, barbus, aux longs cheveux avec une tête de méchant (on y croit jusqu’à ce qu’ils parlent de leur maman ou de leur chat)!



L’affiche de la nuit des méchants, c’est elle. Elle a été réalisée par la MJ Antistatic de Tubize. « Le metal c’est les têtes de mort, les animaux à cornes, etc, explique Jimmy de la MJ. On avait envie d’aller aux antipodes, en tout cas dans la communication. Les jeunes ont créé une affiche avec des cœurs, une licorne, un arc-en-ciel et on a appelé notre concert qui reprenait trois groupes de death metal « La nuit des méchants » ».
Jimmy avoue qu’il n’était pas très convaincu mais que cela a clairement bien fonctionné. L’affiche a beaucoup tourné sur Facebook. Des parents, grands-parents ont contacté la MJ pour avoir une affiche pour leur fille ou petite-fille. Pour attirer un autre public dans ses filets, la MJ a dit ok mais vous venez la chercher le jour du concert. « On va de plus en plus vers une communication tape à l’œil, poursuit Jimmy. La preuve qu’on peut faire de la musique et s’amuser. »

Ça, certains groupes l’ont très bien compris ! Se déguiser, délirer, user de sextoys, lancer du PQ, utiliser à tout va le deuxième voire le troisième degré, etc. nous sommes en plein goregrind et pornogrind!

Pour ceux qui ne situent pas bien (comme moi avant d’écrire cet article, merci à notre encyclopédiste Guillaume), le goregrind est un sous-genre du grind et du death metal donc un metal lourd et rapide avec un chant guttural.
Sa principale source d’inspiration se trouve dans le gore, le cinéma d’horreur (Carcass
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, Dead Infection, Exhumed
Exhumed


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, General Surgery
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, Regurgitate
Regurgitate
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, etc.). D’autres vont plus loin, dans le porno ou la déconne en tout genre (pipi, caca, boules puantes, je me mets tout nu, je me colle une bite sur le front, je te balance une poupée gonflable, etc.). C’est là qu’on retrouve nos couleurs roses, les papillons, licornes, bisounours et compagnie. Exemple : Cock and Ball Torture, Jig-Ai, Gut, Rompeprop ou encore Spasm.
« Le porno grind se veut complètement exagéré et participe souvent à cette diffusion d’affiches flashy ou d’accessoires osés auxquels tu fais référence, précise Guillaume. Dernièrement, j’ai vu quelques groupes de grind et j’ai encore en tête le chanteur de Rectal Smegma
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habillé sur scène d’un short de bain, de lunettes de soleil miroir et d’une casquette « Don’t trust the beard ». Fun ! »

La déconne d’abord



Du côté de chez Ass Deep Tongued, on aime porter des petits shorts roses pour partager « son corps musclé et so sexy » avec les fans. Le ton est donné ! Kevin, le guitariste me dit qu’il apprécie faire le show. Son groupe joue à fond sur le côté « BoyzBandDancer » imbu de lui-même. « On fait nos propres chansons « à la 2B3 » en intro de set avec nos propres chorégraphies, ajoute Kevin. Pour certains metalleux, le metal c'est sérieux et ils dénigrent le goregrind. Ce qui nous fait évidemment beaucoup rire et nous pousse aussi à la provoc. Dire qu’on fait du « true metal » c'est pour rappeler qu'on est aussi, en plus du show, du concept, etc., des musiciens »

J’ai également été voir chez AnalTV ce qu’on pensait de ce que j’ai appelé le « metal rose » (douée la fille dans la définition des concepts). « Je ne connaissais pas la notion de metal rose mais ça nous inspire bien, me dit Sly pour AnalTV. Grosso merdo, de tout ce que tu décris du metalleux typique, on est complètement à l'opposé. On véhicule ce genre d'image justement parce qu'on s'en fout de l'image. Généralement tout le monde est bourré pendant nos concerts, nous les premiers. Quoi de mieux que le cul pour faire rire un public bourré et/ou déchiré ? » Sly poursuit en m’expliquant que même si le groupe dégage une image complètement débile, il essaye de dénoncer une forme d'abrutissement de masse générée par la télévision avec les productions Endemol, AB Productions, les téléréalités, etc.

J’ai ensuite discuté avec Albatard, le bassiste de Gronibard
Gronibard


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, qui me confie que le groupe avait l'impression que tout avait déjà été fait, du coup, il a fallu un peu improviser. « Pour les t-shirts, on évite un maximum d'en presser en noir, précise Albatard. On tente des choses un peu plus gaies. Nos mamans sont contentes, par contre on a du mal à écouler les stocks. On n’a pas vraiment de message à faire passer. Franchement, on s'en bat les couilles de la manière dont nos visuels sont pris. Le principal c'est que ça nous fasse marrer, et si ça a un minimum de classe tant mieux. Dans un premier temps, on bosse vraiment la musique. Après, on décide de comment tout pourrir avec des blagues à deux balles et un chant improbable. »




« Exprimez-vous, bordel ! »

Certains critiquent Gronibard
Gronibard


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et disent que les groupes qui ne parlent pas de politique comme Napalm Death ne font pas du grindcore.
« Ca fait partie des codes, du folklore, ajoute Albatard. Il faut faire la tronche et parler de cadavres en putréfaction ou de Satan. Ce qui est super étrange, c'est que dans un fest metal, tu vas apercevoir un million de culs, des mecs qui se tripotent, de l'amour, le plus souvent entre hommes. Il y a un vrai décalage et c'est très bien comme ça! »

Chris, lui, m’explique qu’il n’est pas fan de cette mode « cour de récré » mais qu’il n'aime pas non plus quand l'ambiance est trop sérieuse, quand tout le monde se croise les bras pour paraître plus méchant que son voisin. « On va dire que j'aime les concerts bon enfant, ajoute Chris, où tu vois tout le monde s'amuser mais si possible sans les ballons de plage, les petits canards et les gens déguisés comme au carnaval. C'est un peu devenu la marque de fabrique du festival Obscene Extreme en Tchéquie. J'ai vraiment l'impression que les gens y vont plus pour ça que pour les groupes en eux-mêmes et ça, ça me dérange un peu. »

D’autres sont un peu plus taquins comme Nicolas, chanteur du groupe de death metal Blow Up
Blow Up


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. Il aime encore bien charrier les grindeux en leur disant qu’ils ne font pas de la musique ou que leur son de base est pourri. Il poursuit en disant qu’il partage souvent l'affiche avec eux et que les mecs sont hyper sympas et que le fait qu'ils ne se prennent pas au sérieux est appréciable. « Je pense que le metal est libre et se fout pas mal de ce qu'il doit ou ne doit pas être, ajoute Nicolas. En fait, le metalleux s'en cogne ! C’est le monde et ses bienséances qui voudraient nous brider. Je pense que tout à sa place. Exprimez-vous, bordel ! On n’est pas obligé d’écouter une musique qui ne nous plait pas mais on est libre de la jouer ! Personne ne peut contrôler ça ! Comme Reuno Wangermez (Lofofora
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) le dit : « c'est votre vertu qui fait des violeurs, pas les films de cul! »


Une expérience live à vivre... ou pas

On aime ou on n’aime pas, j’ai encore glané quelques avis. Celui de Laurent, par exemple, qui, en temps qu'amateur de films d’horreur, adore les pochettes goregrind mais le metal pipi, caca, porn, c’est pas son truc. « Tu vas peut-être trouver ça bizarre, me dit-il, mais le look de ces groupes ne me donnent pas envie d'écouter leur musique. Dans le goregrind, j'aime les groupes qui parlent du domaine médical ou des déviances humaines. »




Geoffrey, lui, du groupe de death metal Cryptogenic
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revient sur les artifices qu’il trouve pathétiques parce que dépourvus de message. D’ailleurs, il s’inquiète de constater que les concerts de grind ramènent plus de monde que des groupes qui proposent une musique avec des thèmes, des concepts, une technicité. « Ou peut-être juste que je deviens trop vieux pour ces conneries, précise t-il. C’est possible. Le metal peut ne pas être sérieux mais il faut que ce soit bien fait, que ce soit satyrique, subtil ou bien noir. L’important est que ce soit pensé intelligemment et pas uniquement de manière puérile. »

Cependant, malgré une faible demande du public en Belgique pour ce type de musique, certains comme Germain (Brutal Sphincter
Brutal Sphincter


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, Human Vivisection
Human Vivisection


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, etc.) organisent le festival Brutality Over Belgium. « Lorsque nous avons décidé d'effectuer la première édition du festival, explique t-il, Roy, Willburn et moi-même étions quasi certains d'aller droit dans le mur. Nous nous sommes effectivement pris le mur en pleine face mais nous en avons apprécié la douleur. Entends par là que nous avons fait une perte financière mais que l'ambiance a été tellement déjantée que nous n'avons pas pu résister à consolider cet engouement. » Résultat : deux éditions du festival ont lieu chaque année. Germain me dit que le but est que les curieux se fidélisent à cette musique extrême, commencent à la promouvoir eux-mêmes et que de nouveaux groupes émergent.

Logiquement, sur Radio Metal, le grindcore, goregrind et pornogrind ne sont pas les morceaux les plus diffusés. Pas assez connu. Pas assez populaire. Peu demandé par les auditeurs. « Moi, j’aime bien, dit Matthis, rédacteur et photographe à Radio Metal. Aux MetalDays 2017, j’ai réalisé la première interview française de Gutalax
Gutalax


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. Pendant le concert du groupe, le public était impressionnant à voir ! C’est une grande anarchie pendant cinquante minutes avec des gens déguisés en vache, avec des tutus, qui se roulent par terre, qui jettent du PQ dans tous les sens, etc. Un concert de grind, c’est une des plus belles expériences live. »
Matthis poursuit en me disant que ce n’est pas nécessaire d’avoir des musiciens qui s’y connaissent en musique. En goregrind, même s’il y a de la qualité, on retrouve ce côté assez primitif de la musique. C’est pas grave, on se laisse porter par le rythme.


Le metal est un univers très riche et très varié avec des dizaines de genres et de sous-genres. D’un point de vue musical, imaginaire, visuel, etc. Je place le grind et ses dérivés gore et porno dans une catégorie à part. Un état d’esprit différent. Une parenthèse exutoire où tout (ou presque) est permis mais où tout n’est pas toujours apprécié. « La récréation du metal extrême » comme le dit Matthis de Radio Metal.
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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

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