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L’entrée des artistes, c’est par où ?

Lundi 22 octobre 2018

L’autre jour, j’ai re-regardé « Walk the line », le film sur la vie de Johnny Cash. Plusieurs scènes se déroulent en backstage. Et il s’en passe des choses dans cette petite pièce à l’écart gardée par un malabar crossfiteur (ou par un type normal, ça marche aussi)! Alors, j’ai noté : des parties de jambes en l’air avec des fans (jeunes et jolies, tant qu’à faire), de l’alcool, des petages de plombs avec démontage complet ou partiel de l’espace et de la drogue. « T’en veux, Johnny ? Elvis, il en prend. »



Je me fais un peu l’avocate du diable (j’aime encore bien) mais est-ce vraiment utile d’avoir des backstages, de séparer les gueux des stars ? Je me demande toujours ce qu’il se passe dans cet endroit avec l’idée que ça pourrait parfois être bien plus amusant que ce qui se passe sur scène.

Laurent, mon couz, il dit qu’il s’en fout des backstages, que ça l'intéresse pas du tout. Visiblement, il n’y a pas que des curieux dans la famille. « Le principal, c'est que les musiciens en sortent pour venir sur scène, précise Laurent. J'ai eu la chance d'avoir des potes qui faisaient partie de groupes punk/metal donc c'était plus ou moins toujours une ambiance de backstage pendant les répétitions et aussi avant, pendant et après le concert ! A l’Entrepôt, certains musiciens viennent boire un coup avec les spectateurs, je trouve cela très sympa ! »

Ludo apprécie aussi quand les musiciens viennent voir des concerts dans la salle. Ca les démystifie quelque peu, ces artistes qui sont, en fait, des personnes comme tout le monde. Ludo a déjà traversé la ligne quelques fois avec des potes musiciens. « J’aime beaucoup fréquenter les backstages, dit-il, il y a une énergie de fou avant les concerts. Même si rien ne vaut de voir les groupes dans le pit. »

Vincent, lui, imagine que ça doit être la fête en backstage, que les groupes se lient d'amitié ou lancent de nouveaux projets. Il regrette que, parfois, certains n’en sortent pas. Comme la chanteuse d’Epica
Epica


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, au début du groupe, au Spirit of 66. « A l'époque, se souvient Vincent, j'avais un appareil photo jetable, pas encore de smartphone et c'est Mark (ndlr : le guitariste) qui a pris mon appareil et est allé faire une photo de Simone. Timidité ? Déjà grosse tête ? On ne le saura jamais, le groupe décollait à l'époque. On aimerait être dans leurs têtes quelques instants pour comprendre. »

Le Saint Graal

Bonne idée, Vincent, allons voir du côté de leur tête !

Pour Primitive Man
Primitive Man


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, le backstage c’est carrément une planque nécessaire pour être séparé du public et fumer de l’herbe tranquille. Je n’en saurai pas plus. Bon. D’accord.

Sebastian, batteur de Earth Ship
Earth Ship


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est un peu plus loquace (ouf). Il m’explique qu’un backstage est un endroit pour se reposer, se réchauffer, se préparer et stocker son matériel sans devoir s'en inquiéter. Pour lui, la solution est absolument nécessaire. « Personne ne devrait savoir que ces endroits sont, en réalité, monotones, avoue t-il! Entretiens le mythe ! En backstage, on mange, on boit, on se prépare. On se change car il y a de la sueur partout. On amasse toutes les choses qui s’y trouvent. Parfois, quelqu’un casse une chaise. »




Du côté de Marche Funèbre
Marche Funèbre


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, le groupe joue parfois dans des salles sans backstage et Boris me confie que ce n'est fondamentalement pas un problème. Le groupe aime également se mêler au public et profiter des autres groupes en tant que spectateurs. « Mais c'est tout de même plus agréable d'avoir un espace séparé où l'on peut être à notre aise, ajoute t-il. Il ne s'y passe rien de bien passionnant! Dans certains cas, les loges permettent de rattraper le manque de sommeil, par exemple lors d'une tournée avec de longs trajets. »
Lors de la récente tournée aux USA du groupe, Marche Funèbre
Marche Funèbre


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a joué au Metro Operahouse à Oakland. « Nous jouions dans la petite salle, raconte Boris, et comme il n'y avait pas d'autre concert ce soir-là, la grande salle faisait office de backstage. Ce qui était assez paradoxal! »


Kjetil d’Årabrot
Årabrot


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confirme qu’un backstage est souvent le Saint Graal pour un groupe pour se relaxer, se préparer et éviter de boire et manger en vitesse au coin d’un bar. Le groupe a vécu quelques expériences déplaisantes. Notamment, dans un endroit à Paris ou le backstage était dehors, sous la pluie, en novembre. Les musiciens d’ Årabrot
Årabrot


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ont reçu des pâtes crues, encore dans le sachet, et un micro-onde sale. Sympa. Les rumeurs disent que les murs de cet endroit se sont écroulés peu de temps après.
« Il y a toujours quelqu’un qui veut nous rejoindre dans les backstages, poursuit Kjetil. Contrairement à la légende, ce ne sont pas des filles groupies mais plutôt des geeks de musique ou des pauvres punks qui cherchent de la bière. Je pense que le sexe, la drogue et le rock’n’roll c’est la vieille école. »

No backstage

Cyrille de Krakenizer
Krakenizer


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ajoute d’autres arguments pour expliquer les légendes autour des backstages. D’après lui, cela tient à une forme de production artistique qui a essentiellement disparu. Il s’explique. « C'est le cliché d'une époque où les gens qui faisaient du rock vendaient assez de disques pour avoir une équipe énorme pour s'occuper de chaque aspect logistique du spectacle. Du coup, les mecs devaient s'emmerder et c'est pour ça qu'ils cassaient des loges en prenant trop de coke. Dans la situation actuelle, on est revenu à un système où les musiciens sont aussi promoteurs, tourneurs, techniciens, roadies. Pas de temps pour zoner dans les loges. »
Cirylle ajoute que son groupe a l’habitude de déserter les backstages pour faire la fête en regardant les autres groupes avec le public. Dans la scène punk, en général, il y a très peu de barrière entre le public et les artistes.

Binam de René Binamé
René Binamé


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confirme. « Quand le backstage est installé comme un lieu vip, privilégié, ça nous emmerde, dit-il. On préfère de beaucoup être en contact avec le public, les autres groupes, dans la salle ou aux alentours. »
Binam partage avec moi une réflexion suite à plusieurs concerts passés dans des backstages à faire la fête avec d’autres groupes, loin du public. « On en a tiré la leçon, valable pour nous, pas forcément pour d'autres, de prendre garde à ne pas retomber dans ce travers. Prendre garde, parce que la pente est glissante, il n'est pas rare que le glou glou pour les groupes soit dans un frigo en backstage et pas au bar dans la salle (rires). »



Une rose blanche

Et qu’en pensent les organisateurs ? Les loges sont-elles un élément important. Je me demande si c’est lourd pour eux de proposer des loges (en plus du reste).

Romuald Collard, programmateur musical à la Kulturfabrik, me répond que ce n’est pas contraignant, c’est normal dans l’accueil du groupe. Il propose un endroit calme, spacieux et adapté. « A chaque fois, les groupes nous disent qu’ils sont très bien reçus lorsqu’ils arrivent chez nous. Par conséquent, ils prennent soin de l’endroit ! Après, il y a toujours des gens qui ne savent pas manger proprement mais ça, c’est pas que dans les concerts (rires)! »
Romuald passe régulièrement dans les loges, en journée et pendant les concerts. Il m’explique que c’est un peu son devoir de faire en sorte que ce qui se passe en backstage reste dans le domaine du correct. Il se souvient d’un groupe de black metal qui avait, avant de partir, tout rangé dans le backstage et qui avait laissé une rose blanche fabriquée en serviette sur la table. Oooh, c’est mignon !

Au dernier Night Fest Metal à l’Entrepôt, le 13 octobre, j’ai discuté avec Françoise, la responsable des cuisines en backstage. Elle adore son poste. « C’est amusant de décongeler du sang et de leur en balancer plein la tronche.»
Elle m’explique qu’en règle générale, il n’y a pas de souci. Parfois, il y a un peu de drogue et des groupes descendent avec des fans mais ça reste gérable. C’est arrivé aussi qu’un musicien norvégien jette de la nourriture partout. Lors des fins de tournée, certains groupes sont parfois agités et font une grosse fête. Dans les anecdotes, Françoise me raconte qu’il y a quelques temps, un musicien punk français a été surpris dans les loges avec une bénévole en plein ébat sexuel.
« Les groupes sont, dans l’ensemble, civilisés car ils sont contents de venir ici, poursuit Françoise. Dans les pays de l’Est, lors des tournées, ils sont sous-alimentés. Nous les recevons bien avec de la bonne nourriture. »




Un fantasme

Autre regard, celui d’Aurore Pire, roadie, pour qui le backstage est un peu la maison et la scène l'endroit où elle travaille.
« On peut s'imaginer des tas de choses sur les backstages, poursuit-elle, mais maintenant il n'est plus rare de croiser des caméras et ainsi dévoiler une partie de ce qu'il s'y passe. Ca a bien évolué. Quant aux sexe, drogue et rock'n'roll, eh bien, ça dépend souvent des artistes qui se produisent. Sur huit ans de travail, je peux citer Prodigy et Rammstein qui ont bien fait la fête. » Aurore poursuit en m’expliquant que ce n'est pas le cas de tous les artistes. Certains se contentent de manger et d'autres n'y restent pas et préfèrent regagner directement leur tour bus.

Dernier point de vue, celui d’un manager, Céline pour Yugal
Yugal


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. Elle me dit que le backstage n’est pas la première chose qu’elle regarde quand elle doit caler une date. Elle va plutôt être attentive au son de la salle et à la réputation de l’endroit en lien avec le style du groupe.
« J’ai des souvenirs sur certains plateaux où les groupes partageaient vraiment tout entre eux et d’autres où l’ambiance était glaciale, ajoute Céline. Des personnes qui errent aussi pour se montrer dans les backstages, c’est assez pathétique, à mon sens. Il y a aussi les groupes qui pensent que si tu donnes un disque à tel ou tel groupe, c’est le début d’une hypothétique collaboration. Il existe un mélange entre le fantasme des coulisses et la réalité. »

Il semblerait donc que Johnny et Elvis n’aient pas grand-chose à envier à leurs contemporains. Tout fout le camp ! Ou alors, dans un devoir de réserve fort développé, on ne m’a pas dit toute la vérité. Qu’en pensez-vous ?

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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

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