Le pastiche de Thunderstuck de AC/DC en intro d’ouverture donne le ton : décalé. L’exercice est périlleux : recycler une certaine fadeur, de la niaiserie mais aussi de la profondeur que tout le monde connaît ou presque en version tonitruante et musclée est plutôt casse-gueule. Le risque est de rester soit anecdotique, soit de devenir vite rédhibitoire soit encore de lasser rapidement.
Pourtant OPIUM DU PEUPLE s’en sort à merveille et délivre un bijou jubilatoire. Et même si le groupe a arrangé ces titres standards en seulement quelques jours, l’effet est du plus réussi à l’exception de San Francisco de MAXIME LE FORESTIER qui n’arrive pas à décoller.
Si on savait déjà certains titres de la variété, ridicules dans le contenu de leur texte, ces versions aux sonorités plus attirantes viennent corroborer le côté pathétique de ces succès. Ainsi LORIE et son J’ai Besoin d’Amour et CELINE DION et son planétaire Pour Que Tu M’aimes Encore s’écoutent sous un nouveau jour encore moins glorieux. Si J’avais Un Marteau de CLAUDE FRANÇOIS aurait pu se retrouver dans la liste de ces titres encore plus désastreux que prévus si il n’était pas aussi efficace sur les dance-floors même (surtout !) dans sa version Punk. On crie déjà au génie mais il y a encore mieux !
Si OPIUM DU PEUPLE égratigne bien malgré lui certains tubes, c’est parce que le groupe se veut respectueux des textes et des originaux et qu’il ne fait que de transposer dans un contexte musical différent. On ne va pas leur reprocher des textes grotesques qui se révèlent encore plus risibles.
D’ailleurs avec beaucoup de sensibilité et de succès, le groupe s’arrête aussi sur des titres plus profonds, moins niais et mieux écrits comme leur Single Les Corons empruntés à PIERRE BACHELET ou L’Aigle Noir de BARBARA dans une version plutôt western.
Et quand il reprend le caritatif de bonne conscience (« Rien qu’une chanson pour eux (…) c’est beaucoup et c’est bien peu »), comme les gentils auteurs respectables de la Chanson Pour L’Ethiopie, OPIUM DU PEUPLE parodie et invite ses potes moins respectables toutefois comme PARABELLUM, LOFOFORA, TAGADA JONES, ULTRA VOMIT, LA PHAZE, TA GUEULE, UNCOMMONMENFROMMARS, ISP, BAD CHICKENS, SONS OF BUDDHA, THE POOKIES et ANNITA BABYFACE AND THE TASTY PONEYS et ensemble ils ne peuvent s’empêcher, de manière un peu indépendante de leur volonté encore une fois, à soulever le cocasse que se cache derrière ce semblant de générosité.
Là où OPIUM DU PEUPLE réussit le coup de maître, c’est en reprenant Le Téléphone Pleure de CLAUDE FRANÇOIS, ou plus précisément c’est en invitant Didier WAMPAS et en distribuant les rôles de manière surprenante. Alors qu’on s’attend à entendre Didier WAMPAS endosser la voix de la petite fille, c’est Slobodan de OPIUM DU PEUPLE et son énorme voix rauque de camionneur qui décrochent. On se retrouve avec des voix inversées qui déboussolent mais qui insufflent le petit plus qui fait mouche.
Alors que OPIUM DU PEUPLE aurait pu se casser la figure, et dans l’exercice et en proposant une deuxième version de ses méfaits, le groupe parvient pratiquement sans fausse note à nous faire écouter dans son entièreté des PIERRE BACHELET, CHARLES TRENET, LORIE, BARBARA, SANSEVERINO, CLAUDE FRANÇOIS, CELINE DION, LORIE, MAXIME LEFORESTIER, JOHNNY HALLIDAY, JOE DASSIN et (indirectement)JEAN-JACQUES GOLDMAN. Un exploit bien plus méritant encore que la plupart des titres finissent indépendamment à tenir la route dans ces versions nouvelles.
Alors que ce soit pour faire un Blind-Test entre potes, pour expliquer à votre grand-mère de manière compréhensible pour elle votre amour pour la musique ou pour passer un bon moment, il vous faut ce Best Off de OPIUM DU PEUPLE.






