Reportage

La fureur froide de Deliluh

Rotterdam (Vessel 11), le 22-06-2022

Dimanche 26 juin 2022

Hier quatuor basé à Toronto, aujourd'hui duo déménagé en Europe, le parcours suivi par Deliluh
Deliluh


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depuis trois ans n'aura pas été un long fleuve tranquille. S'il n'est pas exagéré de dire que les Canadiens reviennent de loin, le plus important est qu'ils nous soient revenus armés d'un troisième album, le somptueux Fault Lines tout juste paru chez Tin Angel Records .

Organisée par la toujours très pointue équipe du Rotown, l'étape rotterdamoise de ce mini tour d'une quinzaine de dates se voit relocalisée au Vessel 11, un bateau-phare amarré dans le vieux port. Le cadre un rien désuet, la scène en fond de cale et la jauge intimiste conviennent parfaitement à l'univers de Deliluh
Deliluh


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. Sur l'estrade, deux tables garnies de machines, pédales d'effets et claviers enfouis sous un enchevêtrement de câbles se font face. Deux guitares, un mini lap-steel et un saxophone complètent le dispositif.


De la même manière que Fault Lines démarre sur une note apaisée, c'est une longue plage ambient inédite qui lance le set des deux Canadiens. Une longue plage ambient que Body and Soul éclipse en une fraction de seconde. Dès que retentit le motif imparable du premier single issu de Fault Lines, ce trille génial répliqué à l'infini. Pas de saxophone en live, mais deux Fender qui crachent des lignes bruitistes entre deux salves de larsen. Et, ainsi que l'assène un Kyle Knapp impavide : When all hope is left in the cold, dead in the road, Don't say the sun still rises to light my way, c'est une atmosphère de jour sans lendemain qui se répand dans la cale du Vessel 11. La version épileptique portée par les hurlements des guitares torturées et les stridulations des machines s'achève dans le fracas, puis le silence de l'audience sous le choc après un tel déferlement. À l'écoute de la version studio de Body and Soul, on savait qu'on se trouvait en présence d'un très grand titre ; la scène le confirme !


Syndicate II est enchaîné sans temps mort, dans une version méconnaissable, il faut d’ailleurs s'accrocher aux lyrics pour parvenir à identifier le titre pourtant le plus accessible de Fault Lines. Exit le riff implacable à la Fender et le motif rythmique en équilibre instable, l'orientation post-punk de l'album se mue en électro noise tendue, Kyle Knapp descend déclamer son texte dans le public, fixant chaque spectacteur.rice du premier rang d'un regard fiévreux. L'urgence est réelle, la colère sourde et la noirceur palpable. Au point qu'aucun applaudissement, aucun cri ne retentissent dans l’auditoire qui semble partagé entre admiration et effroi.
X-Neighbourhood ralentit la cadence mais ne lâche pas la pression. L'interprétation, plutôt fidèle à l'originale cette fois, met en valeur la qualité du songwriting, cette manière très Deliluh
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-iste d'écarter le superflu pour se concentrer sur l'essentiel et ainsi jouer avec les silences, les ellipses et les ombres.


Amulet enfonce le clou et revêt un habillage plus lourd, pas très loin du post-indus, sans rien perdre de son côté hypnotique, étourdissant presque sur le final.

Avec des compositions plutôt cérébrales et une gestion spartiate pour ne pas dire austère de l'espace scène, on pourrait penser que Deliluh
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peinerait à emporter son audience. Que du contraire ! L'œuvre des Canadiens a beau évoluer sur des tonalités volontiers monocordes, elle vibre aussi d'une puissance et d'une intensité propres à déclencher les tempêtes – des tempêtes intérieures, certes, des tempêtes imperceptibles souvent, mais des tempêtes qui continuent de souffler longtemps après le dernier coup de vent.

De nouveau, comme sur l'album, une ultime plage ambient referme la prestation-performance, sas de décompression nécessaire après une quarantaine de minutes en apnée. Une fois son texte scandé, Kyle Knapp descend de scène, se fraie un passage parmi l'auditoire et disparaît dans l'escalier qui remonte en colimaçon vers la surface. Julius Pedersen le suit quelques minutes plus tard, laissant les machines diffuser seules les dernières nappes aux accents cinématographiques appuyés.

On retrouvera les deux musiciens en train de prendre l'air sur le quai, comme libérés d'un poids, d'un poids seulement, esquissant un sourire timide lorsque l'un.e ou l'autre spectateur.rice s'arrêtent pour leur adresser un mot, leur serrer la main.

De nombreux groupes voient dans l'exercice de la scène un moyen de présenter plus ou moins à l'identique le son qu'ils viennent de graver dans le vinyle (ou dans le polycarbonate), manière de boucler la boucle et, accessoirement, d'écouler quelques copies de leur dernière parution en date.
Dans le cas de Deliluh
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, on se situe clairement dans le champ de la re-création, du projet artistique alternatif. L'album constitue un tout homogène, indépendant ; le set live en est un autre ; le dénominateur commun étant que l'un comme l'autre ne sont pas d'un accès aisé et requièrent une participation active de l'auditeur.rice.
Loin de boucler la boucle, Deliluh
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la dénoue plutôt, et, ce faisant, le duo développe des instantanés fascinants en même temps qu'il laisse entrevoir un avenir des plus prometteurs.
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AUTEUR : Olivier
Infatigable découvreur de sons, Olivier parcourt la planète musique depuis quelques décennies maintenant, avec un intérêt plus marqué pour le me...
Infatigable découvreur de sons, Olivier parcourt la planète musique depuis quelques décennies maintenant, avec un intérêt plus marqué pour le metal, le post-rock et le jazz. Il fréquente assidûment les salles de concerts de France et de Belgique, mais il n'hésite pas à passer les frontières et à tailler la route pour assister aux presta...
Infatigable découvreur de sons, Olivier parcourt la planète musique depuis quelques décennies maintenant, avec un intérêt plus marqué pour le metal, le post-rock et le jazz. Il fréquente assidûment les salles de concerts de France et de Belgique, mais il n'hésite pas à passer les frontières et à tailler la route pour assister aux prestations de ses artistes favoris. Il a rejoint l'équipe en novembre 2020....
Infatigable découvreur de sons, Olivier parcourt la planète musique depuis quelques décennies maintenant, avec un intérêt plus marqué pour le metal, le post-rock et le jazz. Il fréquente assidûment les salles de concerts de France et de Belgique, mais il n'hésite pas à passer les frontières et à tailler la route pour assister aux prestations de ses artistes favoris. Il a rejoint l'équipe en novembre 2020....
Infatigable découvreur de sons, Olivier parcourt la planète musique depuis quelques décennies maintenant, avec un intérêt plus marqué pour le metal, le post-rock et le jazz. Il fréquente assidûment les salles de concerts de France et de Belgique, mais il n'hésite pas à passer les frontières et à tailler la route pour assister aux prestations de ses artistes favoris. Il a rejoint l'équipe en novembre 2020....

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