Reportage

Throne Fest 2017 jour 1 : Marduk blasé, mais Nargaroth enflammé !

Kuurne (Kubox), le 03-06-2017

Lundi 12 juin 2017

La Belgique, et en particulier la Flandre, ne manque pas de festivals de qualité, et bon nombre d'entre eux offrent une place au metal et au hardrock dans leur programmation. Même les genres plus extrêmes du metal ont droit à leurs propres événements, comme le Throne Fest, qui, en quelques années, s'est hissé jusqu'à une bonne place parmi les principaux festivals européens consacrés au black metal. Je me suis rendu pour la première fois cette année, attiré par une affiche qui combinait des mythes tels que Marduk ou Nargaroth avec des groupes plus rares comme The Committee et Nadra.



Direction donc la petite ville de Kuurne, dans la banlieue de Courtrai. Arrivé tôt, et comme les premiers rituels ne sont prévus qu'à 13h, j'en profite pour tâter l'ambiance et découvrir les lieux. Et d'emblée, le Kubox me fait bonne impression: le staff est plutôt accueillant et laisse entrer les porteurs de sac à dos, pourtant théoriquement interdits, tandis que, par l'odeur de graillon alléché, j'ai l'agréable surprise de constater que la nourriture est servie dans des portions plus que correctes, et à des tarifs de festival classiques. Entendez par-là 4 euros pour un paquet de frites noyées sous la sauce que vous aurez du mal à terminer. Pour la diététique, on repassera, mais le spectre de l'hypoglycémie s'éloigne d'emblée ! A l'intérieur, un couloir plutôt large et bien fourni en stands de merch' entoure une salle unique, ce qui offre une isolation sonore quasiment parfaite. Le Kubox est assez spacieux pour qu'on ne s'y sente jamais oppressé, le service au bar reste rapide même pendant les concerts, et l'ambiance demeurera globalement sympathique tout le weekend. Bref, le Throne Fest me fait un peu penser au Eindhoven Metal Meeting, à une échelle un peu plus familiale.

Mais parlons plutôt musique. C'est aux Limbourgeois de Ars Veneficium que revient la difficile tâche d'ouvrir les hostilités. Nos compatriotes jouent un black metal assez classique, mais après quelques morceaux d'échauffement, il se révèle diaboliquement efficace ! Ars Veneficium nous offre une performance sans temps mort enrichie du jeu de scène bien équilibré du chanteur S., qui a d'indéniables talents de frontman. Un concert parfait pour s'échauffer les tympans, et un nouveau groupe à approfondir.



Place ensuite aux Madrilènes de Cryfemal, un groupe que je ne connais ni d'Eve ni de Satan malgré sa longue carrière (fondé en 1998, premier album en 2003). Le concert commence avec un mur de blast qui me refroidi aussitôt, d'autant plus que, de la gauche de la scène, on n'entend absolument pas la guitare. Cryfemal pâtit incontestablement d'un très mauvais son, et la suite prouvera que le groupe n'y était pour rien, car ce sera une quasi-constante pendant la journée. Du reste, la jeu de scène d'Ebola (bon goût quand tu nous tiens), qui débarque sur scène vêtu en tout et pour tout de cuir et de pointes tel un bon punk madmaxien, me laisse de marbre. Il confiera au public qu'il s'agit-là d'un de ses plus mauvais concerts, et je ne peux hélas le détromper.
J'attends bien plus de Nadra, et les Islandais nous offrent un concert à l'image de leur premier album, Allir Vegir Til Glötunar, sorti l'année dernière: des mélodies froides et puissantes comme la tempête accompagnées d'un chant désespéré qui prend aux tripes, mais peut paraître quelque peu chaotique. Les 14 minutes (oui, quatorze !) de Falid me paraissent un peu longuettes, mais c'est un biais personnel du punk renégat que je suis. Si le show n'est pas carré, il n'en est pas moins incontestablement prenant, et Nadra va m'inciter à suivre de près la scène de la Terre des Glaces.



Je suis très attaché à la scène black metal polonaise, qui m'a fait découvrir nombre de sonorités nouvelles avec des groupes tels que Mgla , Batushka ou Deus Mortem. Le prochain groupe à passer sur cène, Furia, attise donc ma curiosité. Le groupe entame son show par les morceaux plus nerveux de son album précédent, Nocel (2014), avec Opetaniec et Zamawianie drugie, afin de chauffer l'audience. Une fois le public conquis, Furia enchaine sur les compositions plus progressives de Ksiezyc milczy luty (2016), qui me laissent penser que les Polonais pourraient facilement rassembler tant les fans de ''Munch metal'' à la polonaise que les amateurs de rock psychédélique des 70's. Avec ce premier concert sans faute de la journée, Furia prouve si c'était nécessaire qu'on peut compter sur la Pologne pour représenter l'avant-garde de ce qui se fait en black metal moderne. Après un show si dense, une pause en extérieur est nécessaire, ce qui me fait rater Hate, et me permet de remarquer que certains festivaliers semblent préférer passer leur weekend à picoler sur le parking plutôt que de migrer vers la scène. C'est leur droit.



Place maintenant aux Texans de Absu et leur black/thrash inspiré de la mythologie celtique. Si j'apprécie le groupe sur album (Tara est très réussi), leur genre musical ne m'a jamais passionné en live. Reste que le public est au rendez-vous, et il se déchaine dès le second morceau, chanté en chœur par bien des fans au taux d'alcoolémie galopant. Mais personnellement, j'ai du mal à me laisser prendre dans l'ambiance, en grande partie car, encore une fois, l'unique guitare est inaudible du côté gauche de la scène, et le chant est lui aussi bien lointain, à tel point que je ne reconnais pas le moindre morceau. C'est vraiment dommage, car on sent que les membres d'Absu sont heureux d'être là. J'espère vraiment les revoir dans de meilleures conditions, car si une bonne part du public apprécie et le fait savoir bruyamment, je suis personnellement resté sur ma faim.

Cela m'aura laissé plus de temps pour me préparer à Nargaroth. Que ce soit clair: je n'attendais pas grand chose d'un groupe pourtant aussi apprécié par le fan de black de base. J'ai déjà vu le projet quasi-solo de Ash au dernier Massdeath, et je n'en ai retenu qu'une entrée brutale sur l'archi-kvlt Black Metal Ist Krieg avant un concert fade au possible. Même son de cloche d'ailleurs de la part d'amis ayant vu le groupe au Ragnard Rock l'année passée. Je comptais donc rester pour le premier morceau avant d'aller méditer à l'air libre en face des piliers de coffre de voiture. Et là, le choc: Ash, soit pour une fois sobre, soit bourré juste comme il faut, perturbe ses fans en enchainant les morceaux de son dernier album, Era of Threnody, bien plus atmosphérique et soigné que e que l'on associe d'habitude à Nargaroth ! Un album qui, écouté après-coup, me réconcilie avec Nargaroth. Vraiment, Mea Culpa M. Ash ! Après une telle entrée en matière accompagnée d'une pyrotechnie impressionnante en salle (les premiers rangs doivent avoir chaud aux cheveux !), place bien sûr à ce fameux Black Metal Ist Krieg qui libère d'un coup une testostérone accumulée avec bien plus d'efficacité que si le morceau avait ouvert le concert ! Ash reste ensuite fidèle à lui-même en nous beuglant un ''Fuck the antifas !'' assez inattendu, et qui aurait pu être une invitation à un débat de fond sur la liberté d'expression et l'engagement politique... Mais qui va plutôt motiver deux wannabe fascistes et demi (''et demi'' car quand l'autoproclamée ''race des seigneurs'' culmine au mètre cinquante, elle perd incontestablement en crédibilité...) à passer la fin du concert à tendre le bras juste à côté de moi. Rien de bien choquant tant la scène confine au ridicule; il n’empêche que je m'en serais bien passé. Nargaroth termine ce concert d'anthologie en enchainant un terrible Possessed by Black Metal et une reprise du War de Burzum. Épique, et la leçon est retenue, je ne jugerais plus un groupe sur un seul concert !

Après une telle claque, je zappe volontairement la majeure partie du set de Deströyer 666, qui ne m'attire pas plus que cela. Non pas que le groupe est mauvais, mais je reste très peu réceptif à tout ce qui touche au thrash.

C'est déjà le dernier concert, avec un Marduk que j'attends avec impatience, mais aussi avec une certaine appréhension: j'ai ouï-dire que les Suédois ne soignaient pas beaucoup leurs concerts, comme hélas beaucoup de groupes mythique du black metal scandinave. Même si Nargaroth vient de me démontrer que les miracles existent, je ne peux m’empêcher de songer au très fade Mayhem du Eindhoven Metal Meeting, l'hiver dernier. Et hélas, Marduk confirme mes inquiétudes en jouant en entier Darkness it shall be sans avoir l'air très concerné. Mortuus tente bien de bouger un peu sur scène, mais l'absence totale de décorum se fait sentir pour un groupe tel que Marduk, alors que Nargaroth avait usé et abusé de la pyrotechnie. Bien pire, le son est mauvais, et la guitare passe totalement à la trappe encore une fois ! Les Suédois marquent quand même le coup d'être tout en haut de l'affiche en nous offrant un rappel qui aurait pu être inoubliable: Frontschwein, Blonde Beast et Panzer Division Marduk, rien que cela ! Mais... Le son est si médiocre que je reconnais à peine les morceaux. Vraiment décevant.



Au final, cette première journée du Throne Fest m'aura offert autant de bonnes surprises que de grosses déceptions, celles-ci en grande partie dues à un mixage sonore très aléatoire. Je vous raconterai bientôt la suite des invocations avec le récit de la messe noire dominicale de Kuurne !

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AUTEUR : Matthias Bertrand
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...

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