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Emmener votre enfant à un concert ou festival rock fera-t-il de lui un enfant sauvage ?

Petit tour sur la question avec le témoignage de parents, de médecin, d'organisateurs, etc.


Dimanche 3 juillet 2016

Au Graspop, les enfants y compris les bébés sont admis au festival mais ils doivent posséder une carte d’entrée et aucune remise ne leur est accordée.
« Toutefois, nous vous conseillons de ne pas emmener vos (jeunes) enfants avec vous. Rien ne sera prévu pour eux et un festival de musique reste un environnement hostile pour les enfants », peut-on lire sur le site Internet du GMM.
Ah bon ?! Mais alors, les parents qui emmènent leurs enfants dans ces endroits « hostiles » (parce qu’il y en a, pas beaucoup, mais il y en a) sont complètement fous ! Oui ? Non ? Bof ?
Cette question m’interpelle d’autant plus que le père de mes enfants (Alice presque 3 ans et Louis 16 mois) est guitariste dans un groupe de métal et qu’il aimerait que nos petits rockeurs en culottes courtes viennent l’applaudir. Moi je suis un peu plus réservée sur la question qui fait souvent débat au sein de notre couple. Je trouve le sujet suffisamment important pour s’y intéresser d’un peu plus près.

Les autres parents, qu’en pensent-ils ?



« La première fois qu’Erwan est venu à un concert avec nous, explique Vanessa, maman métalleuse, il avait 2 ans 1/2. Il avait adoré. On a fait quelques autres concerts métal avec lui par la suite. Il adore le rythme rapide de la musique, les gens qui dansent ... On fait toujours attention à lui mettre un casque ou des bouchons car le volume est un peu fort pour un enfant (pour nous aussi parfois).
On ne l’emmène pas très souvent et pas voir n’importe quoi. Dans le black et le death, je trouve qu'il y a plus de violence au niveau des symboles ou des prestations scéniques qui sont plus choquantes pour les jeunes enfants (sang, maquillage, croix, etc.) Dans le folk ou le heavy, c'est une chouette ambiance plus mélodique, les gens sont plus posés.

Erwan a 7 ans aujourd’hui et aime beaucoup « United » de Judas Priest, par exemple. »

Pour d’autres comme Cédric, il n’est pas question d’emmener son gamin Robin (7 ans) dans des concerts et festivals rock. « Le niveau sonore est bien trop fort pour de si jeunes oreilles, nous dit-il. Ce genre de musique n’est à mon sens pas adapté à des enfants, les paroles d’abord puis le rythme qui est assez particulier. Ce sont des endroits où tu vas pour t’amuser et/ou relâcher la pression, je n’ai donc pas envie d’expliquer à mon fils pourquoi les gens sont saouls ou baisent dans tous les coins. En plus, tu dois être à 200% en alerte vis-à-vis de ton gamin dans ce genre d’endroits que je considère effectivement comme hostile pour les enfants. »

Je pose également la question à Chris de Do Or Die qui a lui l’habitude d’aller en concerts et festivals avec ses trois filles âgées aujourd’hui de 10, 13 et 16 ans. « Elles m’accompagnent depuis qu’elles sont bébés. La chance que j’ai c’est que mes enfants vont derrière ou sur le côté de la scène. Si on va dans le public, on va à l’arrière de la salle, jamais devant, pas à leur âge. Jamais non plus où les gens fument et si possible on y va l’après-midi avant que l’alcool ne soit trop présent. On est allé voir Black Label Society à l’AB, on était en places assises au fond de la salle. Aller au Graspop avec des enfants c’est un peu difficile, je trouve. » Chris ne badine pas avec la sécurité et le bien-être de ses filles en concerts ou festivals. La famille ne sort jamais sans des boules Quies et des casques de protection pour les oreilles.

Une oreille en souffrance

Protéger les oreilles des enfants c’est effectivement faire preuve de bon sens mais devant la puissance envoyée en concerts et festivals, je me demande si ces protections sont suffisantes pour de jeunes oreilles et, pour enrichir mon propos, je me tourne vers des spécialistes.

Nathalie Jamaer, musicothérapeuthe à Liège, a une position très claire sur le sujet. « Il faut être vigilant ! Je déconseille aux parents d’aller en concert avec leurs enfants. Il s’agit d’une question de bien-être vis-à-vis de l’enfant.» Tout est une question de décibel et de volume, explique la thérapeute pour qui les décibels sont souvent beaucoup trop élevés dans les concerts de rock. Pour les enfants, bien évidemment, mais pour les adultes aussi. De plus, elle précise que l’harmonie globale des morceaux de rock (le rock est ici à entendre de manière générale) est particulière. Il y a plus de basses, plus de décibels et la décharge d’énergie est très différente (si on caricature en comparant un morceau de métal avec un morceau de musique classique).

Un point de vue partagé par Danièle Malaise, ORL (Oto-Rhino-Laryngologiste) au Centre Hospitalier Régional de La Citadelle à Liège. Elle explique que si le seuil des 70dB est dépassé, le réflexe stapédien se met en place, c’est-à-dire que l’oreille se met en souffrance. Ce réflexe permet d’atténuer le niveau des sons transmis à l'oreille interne.
Elle est catégorique, « ne pas y aller, c’est mieux, sinon, il faut au minimum un casque de protection pour les oreilles ou des boules Quies. »
« À partir de 90 dB, ça devient nocif, ajoute l’ORL. Dans les concerts et festivals rock, la musique est souvent bien plus forte. Une partie des cellules de l’oreille interne se détruisent et elles ne se régénèrent pas. Les dégâts sont irréversibles. Ca peut provoquer des troubles de la compréhension des mots et des problèmes au niveau de l’intégration sociale. Des boules Quies diminuent de 30 dB et un casque de protection un peu plus encore. »


Ok ! Le casque de protection est donc un élément méga-indispensable pour l’enfant sauvage. Ça me rassure. Je m’en suis procuré deux, sans hésiter ! Ca, c’est fait !
Pour votre info, un casque coute une 20e d’euros. On en trouve sur Internet ou dans des magasins spécialisés comme les centres auditifs.

Peu de temps après cet achat, j’en reviens à mes enfants, le groupe de leur papa joue au Durbuy Rock Festival. C’est l’occasion d’emmener la plus grande à son premier concert métal et de voir comment elle réagit. Je la briefe sur l’importance de ne pas enlever son casque, elle met son t-shirt Iron Maiden et on est parti. On rejoint papa et les copains derrière la scène, le concert commence, Alice s’essaye à quelques headbangings puis très vite ne se sent pas à l’aise. On passe côté public, quelques personnes sympathiques mais à l’allure quelque peu extravagante viennent la saluer (ce qui renforce son malaise), elle s’accroche de plus en plus à moi et demande pour s’en aller. Ce que je fais bien entendu.

Ma gamine de 3 ans au Durbuy Rock Festival ?

Les organisateurs du DRF ont toujours déconseillé, mais pas interdit, la venue des enfants sur le site de leur festival. Tout comme au GMM, il n’y a pas de gratuité ou de prix réduit pour les enfants, ceci afin de décourager les parents.
Au DRF, on n’utilise pas le mot « hostile » comme au GMM (mot jugé un peu fort), mais l’équipe précise que son festival n’est pas familial comme peuvent l’être d’autres festivals avec une programmation plus calme et un site plus aéré.
« Le samedi après-midi est plus propice que le soir, ajoute le DRF mais le son va fort, la musique est souvent agressive, certains spectateurs sont bourrés, le site est petit, parfois bien rempli, il y a des risques de mouvements de foule. »
Renseignements pris, il y a très peu d’enfants qui viennent au DRF. Et ceux qui sont présents sont le plus souvent des enfants d’organisateurs ou de musiciens qui viennent « voir papa ».

Idem au Métal Méan Festival où on compte sur les doigts des deux mains le nombre d’enfants présents. Stéphane Ronvaux qui s’occupe de la promo précise que si les parents protègent les tympans de leurs enfants, qu'ils ne les y traînent pas contre leur gré et qu’ils se comportent de façon responsable, il n’y a, aucune raison de leur déconseiller d’emmener leurs enfants au MMF.
Tout en restant conscient que le MMF est un festival où certaines personnes boivent beaucoup où les enfants peuvent donc être témoins de certains comportements pas vraiment exemplaires.
« Les plus jeunes enfants que j'ai croisés à Méan sur les épaules de leur père, avec un casque sur les oreilles, avaient l'air de se plaire et ne quittaient pas la scène des yeux, témoigne Stéphane. C'est peut être une répétition d'Halloween pour eux :-) Et pour la petite histoire, Georges qui s'occupe de la programmation depuis la troisième édition était déjà présent à la toute première pour faire plaisir à son fils qui devait avoir 8 ans à l'époque et qui était fan de death et de black. »



Ma fille n’en est pas (encore) là. Mon sentiment est qu’à bientôt 3 ans, Alice est peut-être encore un peu jeune pour apprécier un concert de métal et s’y sentir à l’aise.
Dans quelques temps, quand une situation propice se reproduira (lieu proche du domicile, horaire), nous lui proposerons (ainsi qu’à son frère) de venir avec nous, écouter quelques morceaux sur le côté de la scène ou au fond de la salle. Affaire à suivre !

Prendre en compte les envies de l’enfant

Et l’enfant, dans tout ça, qu’est-ce qu’il en pense ? C’est vrai, hein, Erik Collard ? (qui tient absolument à mettre son nez dans mon premier article ;-)) Oui, oui, c’est un point de vue intéressant que j’ai omis d’aborder, j’admets. Abordons, alors !

Pour Erik, il est important de prendre en compte l’avis du principal intéressé : votre gamin.
« Si vous envisagez de l’emmener en concert ou en festival, poursuit-il, c’est parce que vous aimez ce genre d’endroits et que comme moi, comme nous, vous êtes un bon gros passionné de musique. Avouez-le, rien ne vous rendrait plus fier que d’avoir un rejeton aussi passionné que vous et connaisseur dès son plus jeune âge. Quitte à jouer les psychologues de comptoir, je replace ici la phrase-bateau : « Votre enfant n’est pas vous ». Pourquoi vouloir l’emmener dans un concert metal si lui n’en ressent pas vraiment l’envie ? L’intégrer dans un endroit qui ne lui sera pas adapté, ce ne sera un problème pour lui que si, en contrepartie, il ne ressent pas le plaisir et l’excitation de voir le concert d’un groupe qu’il écoute à la maison. »
A 4 ans, le fils d’Erik écoutait A Day To Remember sur sa radio MP3 Fisher Price avant d’aller voir le groupe en concert au Luxembourg. Cette année, il est allé applaudir Enter Shikari, groupe qu’il affectionne également.

« Nous nous sommes assurés qu’il voulait vraiment venir avec nous à ces concerts. Parce qu’à cet âge-là, un gamin dira souvent « oui » pour vous faire plaisir et accessoirement, pour passer un peu de temps avec vous. Ensuite, nous avons appréhendé le concert dans sa position d’enfant de 7 ans pour 1 mètre 35. Et dans ces deux salles, nous avions la possibilité de voir le concert des balcons ou des gradins. Et le casque antibruit, c’était juste indispensable. Résultat, pour être bref : il a kiffé. Il faut l’avouer, en jouant à ce jeu-là, la frontière est mince entre « parent audacieux » et « parent irresponsable » donc tenez compte de ces quelques conseils pour prendre votre décision ! »



Je termine cet article par le témoignage de Mathis, 17 ans aujourd’hui, baigné dans les concerts métal depuis son enfance. Il a un point de vue assez sage et philosophique que je partage avec vous.

« Mon tout premier concert c’était à l'Atelier Rock à Huy où New-York Zombie et Livor Mortis jouaient, se souvient Mathis. J'avais 8 ans. J'étais resté bluffé ! Je ne dirais pas que des concerts et festivals sont des endroits idéaux pour des enfants car c'est quand même en grosse partie un milieu d’adultes. Même si maintenant le public est de plus en plus jeune. Je pense que si les enfants sont accompagnés par leurs parents ou des proches et qu’ils se sentent bien dans ces endroits, alors ils doivent en profiter ! Ça ne peut que leur faire découvrir de nouvelles choses!
Personne ne m’a jamais dit que j'étais inconscient. Je pense que ça doit juste être un choix personnel. Si j'avais envie d'accompagner j'y allais et puis c'est tout. »


Quant à nous, prochain concert prévu avec les loulous : Adeline Plume et son orchestre. C’est un spectacle funky pour les enfants (pour les non-initiés) ;-)
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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

► COMMENTAIRES

GUILLAUME - 03-07-2016, 18:06
J'ai d'abord essayé avec un concert/spectacle pour enfants. Cela a bien fonctionné. Mais de là à emmener le grand à un concert Metal il y a pas que je ne franchirai que s'il a vraiment envie et avec toutes les précautions d'usage clairement.
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