Chronique

AMENRA
Mass VI

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Neurot Recordings

Sorti le 20-10-2017


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Jeudi 26 octobre 2017

Vous l'aurez peut-être remarqué, à Shoot Me Again, on aime aussi vous dénicher les pépites et les groupes qui risquent de monter prochainement. Bon d'accord, ce groupe belge, cela fait dix-huit ans qu'il monte au point aujourd'hui de bénéficier d'une reconnaissance internationale et d'avoir une influence majeure sur la scène.

Il est vrai que AMENRA, depuis ses débuts, ne s'est pas ménagé pour proposer une musique intense accompagnée d'un esthétisme soigné et avec la Church Of Ra pour créer une dynamique artistique prolifique. Il est donc normal que le nouvel album, Mass VI se retrouve dans tous les médias, avec une bonne presse qui vante ses qualités. Tout le monde, du public aux experts, souligne le phénomène et acclame le groupe qui remplit les salles en moins de temps qu'il ne faut pour la retourner avec son Post-Metal progressif.

Et clairement, Mass VI n'aura rien à envier à ses prédécesseurs. D'ailleurs quand on connait et fait confiance à la formation flamande, on ne s'attend pas à moins avec ce nouvel opus. Le groupe nous a habitué à provoquer avec sa musique une émotion qui émerge au creux des tripes avant de devenir si sismique qu'elle dégage une atmosphère tant physique que spirituelle.

Au niveau packaging, les collectionneurs se raviront d'obtenir les versions européennes et américaines, bénéficiant chacune d'un mix et d'un mastering différents, ainsi que d'un artwork et d'un design propres. Bien entendu, des versions vinyles colorées complèteront la série, mais les plus chanceux se procureront certainement la version spéciale accompagnée d'une lithographie qui sera à disposition lors de la release officielle à l'AB ce 31 octobre. On peut également s'attendre à des extras dans les mois à venir.

Pour rappel, AMENRA est originaire de la mythique scène H8000, avec des membres issus de formations de l'époque, telles que FIRESTONE et SPINELESS. SPINELESS, avec un Colin H. Van Eeckhout qui introduisait déjà cette noirceur tourmentée (At War With Emo), religieuse (Exalt The New God) et plus étonnamment le français dans sa signature vocale (Ce qu'il nous reste... ).

Si la première messe, Mass I, prenait ses distances avec la scène Metalcore originelle pour lorgner vers le chaos du premier album de ISIS, c'est avec le EP vinyle, Mass II (que l'on retrouve sur la version CD de Mass III) que AMENRA aura jeté les bases de son rituel (Ritual). Avec Mass III, disque complémentaire à la deuxième cérémonie, AMENRA écrit définitivement son histoire liée à ces riffs colossales mais surtout à cette ferveur enflammée qui consume chaque auditeur lors de chaque écoute ou de chaque performance. Et avec AMENRA, le terme performance, hérité de l'influence de l'anglais sur le français, prend tout son sens.

Face à l'influence d'un tel album, le groupe semble prendre quelque peu ses distances pour se renouveler et propose un Mass IIII sous-estimé car quelque peu différent et élaboré. La structure de ses compositions et le tracklist démontrent une volonté de la part du groupe d'éviter le piège de l'enfermement. Ce qui n'empêchera toutefois pas AMENRA d'écrire une nouvelle fois, des titres implacables dont Aorte. Nous Sommes du Même Sang et Razoreater qui viennent étoffer ceux issus du mythique Mass III.

Mass V est un tournant pour AMENRA, principalement en ce qui concerne sa reconnaissance. Sa signature avec Neurot Recordings et le parrainage par le pilier du genre Post-Metal, NEUROSIS, sont évidemment les clés qui ouvrent de nouvelles portes à la formation belge. A nouveau, l'album est excellent. Et même si AMENRA revient à une écriture plus prévisible, la rage qui anime la musique du groupe repousse une fois encore les limites du supportable (ou de l'insupportable, au choix). Boden et A Mon Ame brûlent les chairs.

Si AMENRA est revenu à une construction plus innée et fluide dans ses compositions, c'est aussi parce qu'entre-temps, le groupe et les membres du groupe se sont ouverts d'autres portes pour explorer des limites différentes. Une partie de l'intérêt de la Church Of Ra réside depuis le début d'ailleurs, dans cette éventualité. Rencontrer, mélanger, intégrer, digérer et partager. Amicitia Fortior. Lors des changements de line-up, on puise principalement à l'intérieur (Lennart Bossu par exemple est issu de OATHBREAKER). Plusieurs membres jouent donc dans d'autres formations (KINGDOM, HESSIAN, OATHBREAKER,...) ou collaborent occasionnellement et certains développent aussi un projet solo (SYNDROME, CHVE...). Enfin AMENRA se décline en une version acoustique qui apporte une dimension autre à la lourdeur et la violence qui caractérisaient jusque là les prestations.

Tout naturellement, Mass VI est nourri de ces aventures et de ce parcours. Dès lors, lorsque l'on dit que ce nouvel album est le plus personnel du groupe, c'est évidemment crédible - d'autant que son chanteur le dit lui-même - mais il ne faut surtout pas oublier que chaque disque d'AMENRA, pour atteindre cette intensité authentique, n'a pu être le fruit que d'un énorme investissement sincère et intime.

Affichant six plages au compteur, Mass VI compte en réalité quatre compositions « traditionnelles » inscrivant cette nouvelle messe dans ce canevas devenu la norme pour un album de AMENRA. Spijt est plutôt un interlude (ou une introduction à A Solitary Reign) et Colin H. Van Eeckhout a souhaité réciter un petit texte, Edelkroone. Toutefois, ces deux plages qui peuvent paraître anecdotiques, sont en réalité des essais dans la langue de Vondel, langue par ailleurs natale du groupe qui avait déjà introduit le français dans son écriture.

Le style particulier du groupe est bien présent sur cet album qui finalement s'inscrit plus dans la lignée de Mass V et Mass III. La construction progressive est marquée dès la plage d'ouverture avec Children Of The Eye. Mais ce sont principalement Plus Près de Toi et Daiken qui vont émerger de cet album.

Sans grande surprise, Colin H. Van Eeckhout introduit de plus en plus de ce chant clair qui lui est propre. Avec son projet solo, CHVE, il a pu l'expérimenter et le travailler. Alors qu'il avait déjà commencé à marquer son intention d'explorer cette orientation précédemment et lors d’interprétations acoustiques ou particulières (grotte, église, cimetière...), il ouvre une nouvelle mesure émotionnelle qui transcende Plus Près de Toi. L'accalmie au milieu de ce titre sera assurément un moment culminant des prochains passages sur scène de AMENRA.

Etrangement, alors que AMENRA revient avec un album qui repose essentiellement sur les éléments majeures qui forgent le style du groupe, la guitare de Mathieu Vandekerckhove est moins distincte que par le passé. Avec A Solitary Reign, c'est même le groupe entier qui s'éloigne de ses habitudes en nous proposant un titre différent en plusieurs points. Chaînon manquant entre l'intuition émotionnelle qui caractérise la musique des Belges et l'envie de proposer une écriture plus élaborée de la quatrième messe, A Solitary Reign éveille même une certaine chaleur réconfortante à son écoute. Ce ressenti déconcertant permet de mesurer le travail de production qui l'entoure et pervertit peut-être (à voir avec le recul nécessaire à l'écoute d'un tel disque) nos attentes. Probablement difficile à interpréter sur scène, tant les couches sur superposent, A Solitary Reign est pourtant la composition la plus mainstream du groupe et par conséquent, elle risque d'être celle qui sera attendue par un plus large public.

Puisque après un tel itinéraire, on attend de AMENRA de nous proposer du AMENRA, Daiken conclut l'album en remplissant impeccablement le cahier des charges. Le panel des émotions contrastées est au rendez-vous tout comme l'éclat. Daiken nous enrobe dans ses ténèbres et filtre la lumière. On retrouve enfin le jeu de Mathieu Vandekerckhove tandis que Bjorn Lebon, troisième cheville ouvrière du groupe - discrète comme beaucoup de batteurs - se montre une nouvelle fois en mesure de faire trembler cette obscurité.

Doit-on aller jusqu'à prétendre que Mass VI est le meilleur album du groupe ? Le groupe est arrivé dans tous les cas à un stade, un niveau où, le nombre - la masse, sans jeu de mot - risque de dicter certaines appréciations. Comme depuis Mass III, AMENRA parvient à sublimer une musique qu'il a faite sienne. Où chaque album dévoile des compositions fortes dont certains titres ressortent plus que d'autres. Des albums où chacun, selon sa sensibilité, peut en extraire son ressenti. Autant de catharsis que de moments d'écoute, que de compositions, que d'individus. La force de AMENRA est justement là et Mass VI, son nouvel album, offre des perspectives supplémentaires qui n'effacent nullement les précédentes.
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