Dès As The Crow Flies en 2000, STEVE VON TILL a réussi à marquer ses compositions de son ombre. Alliant une pureté sombre et sobre à un univers froid, à l'inverse de son comparse SCOTT KELLY, Stephen Francis Von Till Jr de son vrai nom, s'est éloigné des frontières classiques du Folk et de l’acoustique.
Bien évidemment, la voix identifiable, ténébreuse malgré sa bienveillance, joue un rôle prédominant dans l'univers développé par son créateur. Mais les textures que l'artiste multiplie sur ce disque vont jouer un rôle également capitale.
La complexité de ces dernières étant importante, STEVE VON TILL s'est entouré cette fois de Jay Kardong, un expert de la guitare « pedal steel » et du violoniste Eyvind Kang qui a déjà collaboré avec MASTER MUSICIANS OF BUKKAKE ou MIKE PATTON, sur la quasi totalité de l'album.
Randall Dunn (MASTER MUSICIANS OF BUKKAKE), qui produit le disque, s'est quant à lui invité sur Night Of The Moon, Chasing Ghost et Known But Named.
Si STEVE VON TILL n'est pas seul derrière l'exécution de cet album, ses invités ont par contre su rester au service de l'oeuvre et du personnage. L'univers de A Live Unto Itself n'est nullement dénaturé par ces interventions additionnelles.
Succédant aussi à If I Should Fall To The Field (2002) et A Grave Is A Grim Horse (2008), ce quatrième album marque donc le grand retour du guitariste sous son nom propre. Et pour ses 25 ans de carrière, débutée en 1989 chez NEUROSIS, STEVE VON TILL s'aventure dans de nouveaux territoires.
Progressivement, STEVE VON TILL marque la différence avec la Folk traditionnelle. In Your Wings et A Life Unto Itself sont deux titres plutôt cadrés qui ne débordent pas trop malgré une électrification progressive.
A Language Of Blood s'enfonce déjà dans cette atmosphère plus neurosienne, à la limite du dépressif et du mystique. Mais c'est à partir de Night Of The Moon que la voie à de nouvelles possibilités s'ouvre clairement. Le titre entêtant, grâce à l'apport de Randall Dunn, bascule dans cet onirisme propice au timbre de STEVE VON TILL.
Known But Not Named perpétue ce chemin sépulcral avec des accents plus expérimentaux tandis que Birch Bark Box ôte les complexes que STEVE VON TILL pouvait encore avoir à mélanger l'acoustique et l'électrique. Chasing Ghost se positionne à mi chemin entre l'éther de Known But Not Named et l'académisme avec l'apport mélancolique du piano tout en restant limpidité transcendante.
Sans réelle compétitivité, la longue absence de STEVE VON TILL en solo a permis à SCOTT KELLY de revenir seul occuper l'avant de la scène. STEVE VON TILL est enfin de retour et son album va assurément hanter vos (mes) nuits un très long moment.

Neurosis
