Reportage

Mortiis : Vivre dans un donjon...

Bruxelles (Magasin 4), le 11-01-2019

Jeudi 17 janvier 2019



Après avoir inauguré son année 2019 avec un remuant concert donné par les Allemands de Mad Sin, le Magasin 4 poursuivait sans transition et dans un tout autre style la programmation éclectique qu’on lui connait. Exit contrebasse et brosse tremplin, cette fois place au synthé cradingue et aux catacombes lugubres : Mortiis
Mortiis


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est en effet de retour en Belgique grâce au Hellhole Project après un passage par Courtrai en août dernier ! Depuis quelques années, ce pionnier de la ‘dungeon synth’ (sous-genre du dark ambient) revient à ses premières amours et en solo en proposant un set axé sur la première « Ère » de sa carrière et plus particulièrement son deuxième album, « Ånden som Gjorde Opprør », sorti en 1994, qui fête donc ses 25 printemps cette année. De quoi attirer bon nombre d’amateurs nostalgiques de black metal, de meuporgs (euh… MMORPG pardon!) et d’univers médiévaux fantastiques en ce début de week-end.


Mais pour commencer les débats, c’est tout d’abord aux Gantois de The NightStalker de faire leur entrée sur scène. Le duo, composé d’un batteur et d’un guitariste, a sorti un nouvel album intitulé « DeathBringer » le jour de Noël dernier. Celui-ci proposait sur papier un intéressant mélange composé de parties electro typiques des années 80, de cold wave, de synth-pop ainsi que de rock indus’, le tout nappé de sacrées références cinématographiques puisées dans les vieux films d’horreur de la fin du siècle passé. Si la batterie électronique et le laptop disposés de part et d’autre de la scène sont d’une utilité plus qu’évidente en vue d’obtenir ce son glacial et caractéristique du genre, on est soulagé de voir apparaître une guitare donnant un peu plus de relief à ce marasme de samplers. La bande originale parfaite pour un film trash au goût douteux. La projection inévitable à l'arrière-plan d’images sorties tout droit de longs métrages où sang et scènes de violences coulent à flot ainsi que le crâne squelettique disposé à côté du portable renforcent cette impression de malaise déjà bien présente. Ainsi défilent devant nos yeux, un Jésus-Christ qui descend de sa croix pour rouler des pelles, des bonnes sœurs aux prières inquiétantes ou une dispute de couple se terminant par des actions que la morale ne peut que réprouver. Amis du bon goût et de la poésie, au revoir ! Si les gars de The NightStalker peinent à atteindre l’efficacité de leurs influences en matière de synthwave (on pense immanquablement aux univers de Carpenter Brut
Carpenter Brut


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et Perturbator
Perturbator


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), ils pourront toujours se consoler en se disant que le côté hypnotique et entêtant de leurs compositions touche du bout des doigts le génie du légendaire Tangerine Dream
Tangerine Dream


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avec lequel on ne manque pas de remarquer une certaine filiation. Un show honnête et encourageant pour de futures aventures scéniques qu’on leur souhaite nombreuses.



L'heure est enfin venue d'accueillir l'un des lutins maléfiques les plus emblématiques que la Norvège ait porté. Après avoir fondé et officié en tant que bassiste au sein d'Emperor
Emperor


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dans lequel il ne sera resté qu'une petite année pour cause de divergences musicales (on devine aisément lesquelles), Håvard Ellefsen décide de construire son propre univers et de faire ce qu'il lui plaît en créant le projet ‘Mortiis’, en référence à son sobriquet utilisé dans le groupe du Comté de Telemark. L'occasion pour lui de coucher sur bandes cette musique expérimentale se rapprochant du dark ambient à tendance médiévale qui lui trotte dans la tête et de n'utiliser ainsi que des synthétiseurs uniquement. Peu à peu, le projet prendra la tournure d'un groupe à part entière évoluant vers des compositions résolument indus' et dans lequel Mortiis
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restera le seul membre constant. Voilà donc une bien ambitieuse entreprise que d'effectuer ce retour aux sources compte tenu du caractère minimaliste de la musique mais cette partie de la carrière de l'artiste méritait tout de même son interprétation en live, d'autant plus que ce style jouit d'un regain d'intérêt particulier. Ce n'est donc pas sans une certaine curiosité que nous attendons sa venue sur scène. Sur cette dernière, deux bannières arborant le symbole des origines du projet sont disposées de chaque côté. Au centre, une sorte de chaire sur laquelle est disposé un petit caisson semblant venu d’un autre âge camoufle son clavier et autres appareils. La salle est alors plongée dans l'obscurité et il ne subsiste qu'un rétroprojecteur éclairant la toile tendue à l'arrière-scène et laissant dévoiler le bel emblème circulaire du dragon présent sur bon nombre de ses pochettes d’album. Le ravissement des fans s'intensifie quelques instants plus tard quand, sortant de l'ombre, semblable à une créature venue d'un autre royaume, Mortiis
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apparaît enfin. Le nez crochu toujours aussi distinctif de son masque infâme nous évoque forcément de familiers passages du folklore fantasy et se charge un peu plus de nous embarquer dans un autre univers. Il sera d'ailleurs en cela bien aidé par une utilisation extrême du générateur de fumée au grand dam des photographes présents dans la salle et des quelques spectateurs qui souhaitaient profiter d'un accompagnement visuel décent au travers du diaporama des dessins de l'artiste français David Thiérrée (celui-ci a travaillé aux visuels de Behemoth
Behemoth


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, Enslaved
Enslaved


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et Gorgoroth
Gorgoroth


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notamment) pour illustrer le monde créé par l'artiste de ce soir. Pas de pot pour le coup... Le passage au live est très certainement la grande difficulté pour ce type de musique et l'on pourra regretter le dépouillage visuel causé par cette fumée utilisée à profusion dont elle n'avait pourtant pas besoin. Qu'à cela ne tienne, c'est sans un mot et le regard menaçant que notre DJ nordique lance une piste d'accompagnement préenregistrée avant d'entamer au clavier la mélodie principale de « En Mørk Horisont » (‘Un Horizon Sombre’), premier volet de plus de 20 minutes de son album mis à l'honneur.



Les yeux se ferment... et voici que l'épais brouillard prend peu à peu une texture violette et trouble notre esprit de vagabond égaré, quand soudain devant nous, un vaste temple de pierre s'étend dans le ciel étoilé... Nous trébuchons sur cette tombe en décrépitude enracinée dans cet étrange paysage peuplé de bêtes effrayantes et de nécromanciens impies. Un lieu funeste pour les âmes errantes et les esprits perdus, où l'inconnu n'est pas un concept abstrait, mais une expérience dont le monde s'imprègne. On se promène dans, au-dessus et sous ce décor d'une beauté onirique, en savourant simplement la grâce de chaque nouvelle vision. De petites pauses ont permis à la foule de manifester son appréciation, Mortiis
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les reconnaissant avec une simple inclinaison de la tête. « Visjoner av en eldgammel fremtid » (que l'on peut traduire par ‘La Vision d'un Ancien Avenir’), le deuxième fragment, poursuit dans la même veine. Un courant cosmique sur lequel nous dérivons. Tantôt lent et majestueux, tantôt rapide et agité, avec des visions colorées et étincelantes à contempler de part et d’autre, idéal pour rêver éveillé. Les rythmes tribaux recueillent les hochements de tête répétés de la foule, ces derniers nous faisant progresser dans cette quête dans laquelle nous nous sentons désormais concernés. La prestation s’achève par un signe de main et l'on reste de longues secondes à guetter le retour du gobelin aux dreadlocks sur scène mais peine perdue. On craignait que l'album soit retranscrit de manière brutale, cloisonnée, enfermée dans sa capsule temporelle : il n'en fut fort heureusement rien. Le son, bien que synthétique, y est ce soir beaucoup plus puissant et percutant à l'oreille. À la manière d'un bon film regardé en version 'home cinema', cette version live remasterisée et mise à jour y trouve ici tout son intérêt. On peut dès lors tout à fait comprendre l'artiste dans son envie de surfer sur la vague culte qu'a constitué cette période de sa carrière.



Dévoilant des sons atmosphériques naturels et paisibles sur son premier album, Mortiis
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aura ainsi pu combiner la chose avec le côté lourd et furieux de la musique médiévale et aura réussi à capturer les deux côtés du spectre grâce à ce deuxième voyage appelé « Ånden som Gjorde Opprør », un lieu de contemplation où l’auditeur (et 'spectateur' qui plus est) peut créer ses propres fantasmes. Mission remplie !

Remerciements au Hellhole Project

Photo live : Jean-Pierre Vanderlinden (merci beaucoup !)
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AUTEUR : Panda
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, pas...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...

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