- "Ah ouais? Genre?"
- "Le Kirghizstan!"
- "Diiiiiingue!"
Bon, si vous voulez épater vos amis en soirée "metal extrême exotique-binouzes-saucisson", évitez de préciser que Darkestrah, d'origine kirghize certes, vit en Allemagne depuis maintenant plus de dix ans. Pas la peine de gâcher votre effet. D'autant qu'à l'écoute, même si la qualité trahit des studios d'enregistrement un peu plus modernes que ce qu'on peut trouver dans la steppe, le côté traditionnel présent depuis les débuts du groupe est toujours bien perceptible sur ce Turan.
Car c'est bien évidemment la "patte" de Darkestrah: mâtiner son black pagan somme toute assez classique (Drudkh n'est jamais loin) d'instruments traditionnels d'Asie centrale, que ce soit des cordes comme sur l'intro et le final poignants d'Erlik-Khan ou au milieu de Conversations of the Seer, ou bien des sonorités plus tribales (l'intro de Gleaming Madness). Le résultat donne une belle personnalité au groupe, mais les parties black peuvent également se suffire à elles-mêmes.
Car Darkestrah ne compte pas uniquement sur son côté exotique pour séduire, et est tout à fait capable d'envoyer la sauce sans ça, même si c'est bel et bien l'enchaînement des deux qui rend le tout si séduisant (la reprise brutale après le break planant de Conversations of the Seer). Même capacité à amener des émotions avec rien de plus qu'une mélodie black atmo sur Bird of Prey et Hidden Light, qui clôturent l'album avec classe...
Certains connaisseurs du groupe regretteront l'ambiance plus chaude qu'on pouvait retrouver sur The Great Silk Road ; comme la pochette de Turan le laisse supposer, l'ambiance est ici glaciale, plus proche de la toundra que des déserts. Une impression renforcée par le changement de chanteur: exit la vocaliste Kriegtalith, remplacée par un homme, Merkith. Résultat: plus de puissance, un poil moins de personnalité. Darkestrah s'européanise un peu plus, mais conserve juste ce qu'il faut de ses influences premières pour que la magie opère.
pagan, black, folk