Véritables pionniers, les deux Autrichiens T.T. et P.K. ont très tôt cherché à incorporer une approche dissonante, exigeante et très sombre dans leur Black Metal orthodoxe. Un style distinctif développé notamment tout au long de leurs 5 albums (citons notamment Opus IV) sortis entre 1994 et 1999, cherchant à élever le niveau tant dans la musique (multiples couches de guitare, utilisation parcimonieuse de la basse,...) que dans les concepts ; bien entendus toujours très liés au Black. Mais à pousser les idées trop loin, cette recherche de toujours plus de complexité dans la musique finit par irriter. Abigor franchit ainsi péniblement le nouveau millénaire et se perd dans son monde rendu trop artificiel en livrant le pénible Satanized (A Journey Through Cosmic Infinity) dont il aura du mal à se remettre.
Pour l'anecdote, on rappellera aussi que c'est justement lorsqu'Abigor prend ce virage que T.T. se désengage de Napalm Record, label à l'époque centré sur le Black qu'il a contribué à développer et qui s'est ensuite tourné comme on le sait vers le Gothic et d'autres styles plus commerciaux.
Dissous puis reformé (en 2006), Abigor poursuit depuis son retour sur la voie d'un Black chaotique et étudié, même si le duo semble se raisonner quelque peu - tout en restant très productif ... en tout cas d'un point de vue studio puisqu'il ne se produit jamais en live. Exigeant, chaque album demande toujours un maximum d'écoutes pour se dévoiler ; soit une approche assez risquée en ces temps où le temps de cerveau disponible (comme dirait l'autre) reste limité, d'autant plus considérant le peu de concession réalisé par les Autrichiens. A ce niveau d'autres groupes tels que Deathspell Omega, Blut Aus Nord voire Arcturus ont depuis trouvé de meilleures clés pour parler à un public pourtant similaire à la base...
C'est peut-être là que ce Totschläger est intéressant. S'il s'inscrit toujours dans cette tendance généreusement complexe propre à Abigor, il parvient cependant à se révéler plus accrocheur à sa première écoute que ne le sont ses prédécesseurs. Pour peu que l'on soit amateur du genre, il va sans dire... Bien entendu, les nombreuses agressions sonores et dissonances interpellent et peuvent fatiguer, mais l'album parvient à se bonifier avec le temps et à nous faire sortir du chaos dans lequel il nous aura plongé premièrement.
Homogène et théâtral, Totschläger rappellera donc les meilleures heures d'Abigor à ses fans et pourra constituer, pourquoi pas, une porte d'entrée honorable pour les novices de l'art noir des Autrichiens. Complexe et inconfortable il n'est cependant pas à mettre entre toutes les oreilles.
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