
Hippotraktor lors de son passage à La Zone en juin 2022
Copyright: Gert Stockmans
Pour celles et ceux qui l’ignoreraient, tel un métronome depuis une dizaine d’années, le collectif organisateur liégeois Mark It Zero nous concocte des affiches diverses, pointues mais sans noms ronflants, en partenariat avec les acteurs de la diffusion officiant dans les chaudrons liégeois. Petite taille pour grands effets! Ce soir promet de ne pas déroger à la règle. On s’attend même à une déferlante plus massive que la moyenne puisque l’affiche regroupe trois groupes dont la somme des musiciens s’avère solidement ancrée dans le paysage metal flamand. En effet, les line-up respectifs de WRONG MAN, COBRA THE IMPALER et HIPPOTRAKTOR, formations fraîches et assez récentes, décuplent d’autant plus notre curiosité qu’elles ont chacune fait jaillir du son gros calibre ces derniers temps en provenance des studios pour nous donner un aperçu cinglant sans que nous ayons eu l’occasion d’approfondir. Voilà pourquoi, une nouvelle fois, nous n’avons guère hésité à braver la route ensemble, Isa et moi, depuis nos quartiers ruraux.
D’abord WRONG MAN. Du tout neuf sur la scène belge. Quatre musiciens originaires de Gand, clairement identifiés (membres de Rise and Fall, Oathbreaker, Maudlin, Partisan...) On ne sait pratiquement rien de leur musique et les voici ensemble pour un nouvelle prestation qui se compte jusque là sur les doigts de la main. C’est d’ailleurs avec l’annonce du frontman au milieu du concert que nous remarquons qu’ils défendent leur tout premier EP paru quelques jours plus tôt via Eat Dust Records, propre label interne à la marque belge de vêtements ''éthiques'' créée il y dix ans par deux amis élevés au régime skate, punk rock, sous-cultures musicales et DIY attitude. Aux Etats-Unis, c’est Atomic Action! Records, label historique punk/hardcore qui leur offre ce premier coup de projecteur.
Les zonards que nous sommes sont progressivement rejoints par d’autres à la descente du corridor fumant et des escaliers légendaires de La Zone. La cave peut laisser s’évader les premières vapeurs sonores comme à ses meilleurs jours. WRONG MAN nous balance un set court alimenté par des titres compacts et l’énergie hautement naturelle du combo. Mais ici, si nous avons affaire à une base punk hardcore, il faut apprécier la direction claire de leur musique qu’on pourrait qualifier de post-hardcore fraîchement sortie d’une tension entre guitares énergiques, gros son et accords ouverts, mélodies subtiles et groove bluesy. Tout ce qu’il faut pour me charmer personnellement. D’autant plus que le grain et le placement vocal brut et déterminé du chanteur confère au groupe un caractère déjà fort affirmé. L’accroche est indéniable, je ne demande qu’à les suivre.

Cobra the Impaler
Ensuite, COBRA THE IMPALER. La formation gantoise commence à faire figure de force d’attraction en Flandre, et pour cause puisqu’il s’agit du projet initial de deux ex-membres de Aborted, dont Dirk Verbeuren batteur chez Megadeth, ensuite relayé par Ace Zek (Death Before Disco) non moins impressionnant ce soir. À l’autre extrémité de la scène, on retrouve un autre guitariste issu de Bear, tandis que la basse est tenue par un membre de Horses on Fire. Leur premier album, Colossal Gods, est sorti au début de l’année via Listenable. Le groupe participera au Hellfest 2023. Voilà qui annonce la couleur d’un metal lourd et thrash inspiré d’esthétiques sonores prog, stoner et sludge. Dès les premières secousses, la présence des guitares et de l’ensemble des musiciens nous fait clairement sentir que nous assistons à un ouragan terrifiant qui ne nous lâchera plus. D’autant plus lorsque nous sommes placés à l’avant de la petite scène basse de La Zone avec la sensation d’une proximité hors du commun, au contact du combat. L’ensemble sonne plus granuleux que sur album, ce qui a tendance à gommer l’effet patchwork savamment fabriqué et ainsi brutaliser l’énergie du groupe. Tout y passe: démonstration technique, mise en place et exécution ultra précise, festival de grattes et groove dévastateur. Seul bémol, si le chanteur s’avère généreux dans l’effort et que l’on devine la clarté mélodique et harmonieuse de ses parties vocales dominantes, sa voix manque de présence en sortie de façade, si ce n’est lorsqu’il est appuyé en chœur par le bassiste pour créer un effet harmonique décuplé. Pour autant, il ne se montre pas moins expressif et reconnaissant envers le public réceptif de fond en comble. Grosse impression!

Hippotraktor
Pour finir, HIPPOTRAKTOR. Enfin! dirai-je pour celles et ceux (dont nous faisons partie) qui n’ont pu assister à leur concert dantesque (d’après les témoignages unanimes) ici-même en juin. A tel point que le groupe malinois n’a pas hésité à y refaire surface à quelques mois d’intervalle. Les cinq nous ont gratifié d’un premier album l’année dernière. Meridian était directement mis en avant par Pelagic Records. Si leur chanteur n’est autre que Stefan De Graef, le chanteur/guitariste de Psychonaut, et que nous retrouvons une similitude stylistique avec ces derniers, à savoir le caractère post-metal progressif, nous avons à faire à deux approches différentes. Tous les effets sont possibles avec un HIPPOTRAKTOR poussant très loin l’exploration. Dès l’entame, on perçoit une combinaison massive entre le meilleur du prog et du post-métal moderne, une palette sonore si large qu’elle attise la confrontation ardente entre la dualité des sentiments et laisse exploser une multiplicité d’éléments de l’existence. Les deux guitaristes se côtoient, nourris de leurs sensibilités, d’une complémentarité et d’un naturel déconcertant. Les riffs puissants et envolées plus douces accrochent notre imagination, l’ensemble est porté par une rythmique à l’avant-plan. Mon attention est entièrement captée par ce gars impressionnant derrière ses fûts et sa grosse caisse, il nous balance ses prouesses déroutantes alors qu’il paraît confortablement installé depuis son salon. Quel touché! Le tout est placé en orbite par l’agréable omniprésence oblique d’un chanteur qui, lorsqu’il prend du recul face au micro et se tourne vers ses deux fûts, a déjà saisi les baguettes pour décupler l’effet rythmique. Tel un guide oscillant entre deux voix, il alimente le flux entre euphorie et introspection. Comprenez qu’au delà de la masse et du déchirement il y a de la majesté dans HIPPOTRAKTOR. Le public chaud apparaît entièrement conquis, que voulez-vous d’autre? Quelques jours après, voilà seulement que je retrouve les mots!
COBRA THE IMPALER et HIPPOTRAKTOR seront dans nos contrées à Tohogne le vendredi 6 janvier au Damned Soul Fest IV, premier festival metal de l’année (entre autres, Psychonaut jouera le lendemain). Fidèles lectrices et lecteurs, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas!
Merci à Mark It Zero, La Zone, Isa et Lee Roye!












