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Live report 14-06-2023 par Piet 5 min de lecture

Algernon Cadwallader : entre nostalgie et trampoline

Algernon Cadwallader fait partie de ces groupes évasifs d’un genre relativement niche, dont la production musicale est succincte mais l’influence marquée. Les aficionados de l’emo rock y vouent une adoration ainsi qu'à leurs deux EP et albums parus entre 2006 et 2011. Combinant une influence emo rock et math rock, le groupe originaire de Pennsylvanie s’est rapidement construit une renommée à coups de basement shows dans la scène underground DIY de Yardley, leur patelin natal, et à Philadelphie ensuite. Ils restent toutefois ignorés du grand public, à une époque où les réseaux sociaux montent en force pour promouvoir les artistes.

Pas évident donc de trouver beaucoup d’informations sur le quintette, dont les quelques morceaux sont éparpillés sur Bandcamp et autres blogs de passionnés. La dynamique d’Algernon Cadwallader peut paraître je-m’-en-foutiste, mais renforce considérablement sa singularité par rapport aux autres groupes emo portés par d’autre labels davantage couronnés de succès pendant cette période. Singularité qui se fait surtout ressentir sur le ton joyeux des morceaux, qui donnent envie de se jeter à poil dans une rivière plutôt que de se morfondre sur sa vie, cheveux noirs et gras plaqués sur le visage. Personnellement, je ne serais probablement jamais tombé sur ce groupe si un voyage outre-Atlantique ne m’avait pas permis de mettre la main sur l’EP Fun qui a laissé une trace indélébile dans mon jeune cerveau musical.

Les quelques concerts joués et le peu de soucis accordés à la pérennité de leur œuvre ont poussé Algernon Cadwallader à disparaître aussi vite qu’ils sont apparus. Après l’annonce d’un au revoir à la scène en 2012 qui semblait définitif, le groupe ressurgit comme une boulette de viande dans la soupe en 2018 avec la sortie de l'éponyme Algernon Cadwallader, compilant nouveaux morceaux, démos et oubliés d’enregistrements. Il faudra attendre 2022, soit 10 ans (!) après leur dernière date à Washington D.C., pour voir le groupe publier l’annonce d’une tournée américaine à l’automne, suivie des petites sœurs européennes et nippones pour 2023. C’est donc avec une grande surprise que j’ai découvert que le Botanique avait été choisi comme l’un des lieux de représentation pour la poignée de dates en Europe.



L’atmosphère est chaude et douce en cette soirée de juin au Botanique. Après la tempête des “Nuits” et les travaux enfin achevés, le lieu semble avoir retrouvé une certaine sérénité réconfortante et naïve. Et rien de tel qu’un concert dans l’intimiste Rotonde pour accompagner ce sentiment de légèreté. La première partie est assurée par le groupe belge Bat Eyes, qui malgré l’amusement visible sur scène, n’aura pas vraiment conquis le public. Étant arrivé vers la seconde moitié du concert, je me réserverai d’émettre un avis complet sur le groupe et sa performance. A la revoyure donc.

On passe à la pièce de résistance avec l’arrivée d’Algernon Cadwallader sur le coup de 21:00. Après quelques tapotages d’instruments et enjambées pour s’approprier l’espace de la scène, le concert commence doucement avec Look Down dont la basse ronde invite tout le monde à se joindre à la danse. Il ne faut pas beaucoup de temps pour voir s’illuminer chacun des visages dans la pièce, souriants d’oreille en oreille. L’ambiance semble irréelle, non seulement car je ne pensais jamais voir ce groupe se produire de mon vivant, mais surtout car chaque riff et lick math rock-esque nous transporte dans un tourbillon de nostalgie indescriptible.

Ironie du titre, il faut attendre Springing Leaks pour voir les planches en bois du parterre se transformer en véritable trampoline dans lequel se bousculent une grosse bande de joyeux lurons. S’en suivent les pêchus Parrot Flies et If It Kills Me, qui font gueuler les connaisseurs à pleins poumons. Après une sélection de morceaux issus de leurs deux premiers albums, on enchaîne avec le trio doré Black Clouds, Spit Fountain et Fun. Le reste m’est plus flou et moins connu, mais est envoyé comme une lettre à la poste. Le concert s’achève sur la balade de 13 minutes In Response to Irresponsibility, dont les dernières notes de guitare crachées accompagnent les musiciens à leur sortie de scène tranquille.

Bien évidemment, les américains sont contraints de revenir pour un rappel et ultime morceau Serial Killer Status qui vient achever cette soirée. Un sentiment de travail longtemps inachevé mais enfin accompli m’habite alors que je quitte la salle. Je réalise aussi que ce sera probablement la seule et unique fois que j’aurai la chance de voir Algernon Cadwallader se produire en live, et je m’estime d’autant plus chanceux…


Merci au Botanique pour l'invitation et l’agréable soirée. Merci aussi à mon éternel acolyte Nico pour sa présence et ses photos.

Encore Algernon Cadwallader et Bat Eyes

Bruxelles (Botanique), le 05-06-2023
Photos 07-06-2023

Bat Eyes

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Bruxelles (Botanique), le 05-06-2023
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