Le quart d’heure académique étant dépassé, les gamins déboulent sur scène et envoient une intro des plus sauvages avant d’entamer Castaway. L’attitude désinvolte et rock’n’roll de la chanteuse Arrow De Wilde frappe instantanément, son haut de couleur chair est déjà taché, son corset blanc frangé se prolonge de porte-jarretelles au goût douteux, ses cheveux rouge sang sont en désordre. Le guitariste endiablé Henri Cash, pas beaucoup plus vieux qu’elle (ils ont dans les 17-18 ans) se tient à sa droite, portant une étonnante chemise rose flashy, la section rythmique est dirigée par le bassiste Tim Franco, aussi imperturbable qu’un geek devant World of Warcraft et le batteur Austin Smith au look grunge qui sont chargés tous deux de maintenir le chaos. Pas de doute, on assiste à un intrigant retour en arrière. Les chansons sont courtes mais trépidantes, la guitare est sale mais hypnotisante. Starcrawler allie punk viscéral, glam rock poivré et hard rock burné avec une efficacité prodigieuse, on entend tour à tour Johnny Thunders & The Heartbreakers, Cramps et Stooges (Used To Know) quand ce n’est pas le fantôme des Ramones qui rôde. Certes, rien de neuf sous le soleil mais ce groupe possède un flow, un look et surtout un son qui ne laissent personne indifférent. Pour l’accrocheur Love's Gone Again, c'est une envolée de riffs qui enivre instantanément et l’on nous conte l'histoire de l'amant malchanceux donnant ainsi encore plus de poids aux mélodies et à cette voix sombre et enivrante. Full of Pride détonne avec ce côté pop rock typiquement 90’s alors que la basse frénétique sillonne chaque puissant accord de guitare.

I Love L.A. a tout d’un hit single en puissance. Pop bubblegum simpliste mais grinçante, il frappe par ses sons si familiers que l’on retrouve chez The Pack A.D., The Runaways et autre Eagles of Death Metal. Le groupe ne baisse pas une seule fois le rythme et donne une impression d’autodestruction s’il n’atteint pas le but final à temps. What I Want pourrait être la déclaration d’amour du band au grunge, notre chanteuse filiforme n’hésitant pas à passer le micro aux membres du public qui désirent pousser la chansonnette. Les moments d'euphorie intense sont légion et se rapprochent même parfois un peu trop du pastiche de basse classe comme sur Pussy Tower, une chanson sur le sexe oral accompagnée d'une simulation visuelle de l'acte par De Wilde, juste au cas où les paroles n'étaient pas suffisamment claires. Elle ingurgitera également du faux sang et ne se privera pas d’en déverser le contenu sur les premiers rangs meurtris. Avec Train, la tension est palpable, le groupe se déchaîne et entre dans une furie sans nom et pour le dernier morceau, Chicken Woman, Arrow ne se sent plus. Elle saute de la scène, se déchaîne dans la fosse en effectuant danses et gestes possédés avant de prendre congé de son public. Cash finit le travail ou plutôt ‘confie le reste du travail’ à un petit fan en lui remettant sa guitare et lui faisant profiter ainsi d’un petit moment de gloire et des applaudissements du public.

Starcrawler ne sauvera certainement pas le rock’n’roll à lui seul et n’est peut-être pas le messie espéré mais ce groupe a quelque chose de vraiment excitant qui prend aux tripes et qui ne vous lâche pas de sitôt. À une époque dominée par le numérique, il est le rafraîchissement bruyant et scandaleux qu’il fallait au rock. Dans un grondement sourd, il existe désormais une toute nouvelle Ford Mustang dont le moteur agité résonne haut et fort dans les rues de L.A. …

Remerciements au Botanique
Photos live : JP Daniels pour ConcertMonkey (Bedankt !)
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Black Sabbath
Starcrawler
The Pack a.d.