A notre arrivée, environ une demi-heure avant le début des hostilités, nous sommes d’emblée frappés par le monde présent pour la tenue de cette cérémonie religieuse. L’affluence, plus conséquente que celle rencontrée il y a quelques semaines lors de la venue d’Architects, démontre que Ghost a rapidement gagné en notoriété et est à présent en mesure de remplir une salle de 5000 places. Pour un groupe qui n’a que quatre albums à son actif et dont le premier est sorti il y a moins de dix ans, c’est assez impressionnant.
La première partie est assurée par Candlemass, ce qui n’est pas sans étonner. Mis à part la Suède comme pays d’origine, il n’y a que peu de points communs entre le doom metal des vétérans suédois et la musique de Ghost. Certains regretteront le manque de cohérence dans le choix de la première partie. Pour notre part, nous préférons retenir qu’elle est assurée par un groupe de qualité justifiant le prix du billet de la soirée.

Candlemass débute sa setlist à 19h30 pétantes. A peine arrivés sur scène qu’on comprend pourquoi certains vouent un culte à ces cinq-là. Entre la voix surpuissante de Johan Längqvist, la guitare qui semble être un jouet dans les mains de Lars Johansson et la justesse de l’ensemble des musiciens, il n’aura fallu que quelques secondes pour comprendre que nous allions prendre une claque musicale.
La setlist n’a pas manqué de nous étonner avec quatre des sept titres tirés des deux premiers albums du groupe, Epicus Doomicus Metallicus (1986) et Nightfall (1987). Ainsi, la prestation s’ouvre avec Marche funèbre et The Well of Souls, pour se terminer par A sorcerer’s Pledge et Solitude. Entre le début et la fin, nous profitons notamment d’Astorolus – The Great Octopus, titre de leur nouvel album The Door to Doom qui sortira le 22 février.
Les quarante-cinq minutes de concert passent à une vitesse incroyable, au point d’être légèrement frustré. Il est peu probable que le groupe gagne de nouveaux fans tant le public présent ce soir paraît éloigné de la prestation proposée, mais pour notre part, nous sommes conquis. Rendez-vous dans quelques semaines au Durbuy Rock ou au Graspop pour une nouvelle dose de Candlemass.

Une trentaine de minutes s’écoulent entre la fin de la prestation de Candlemass et le début de celle de Ghost. Durant ce laps de temps, nous remarquons que la Lotto Arena est proche du sold out. La fosse est remplie et nous n’apercevons pas de sièges libres dans les gradins ; mieux, de nombreuses personnes se tiennent debout derrière les sièges en tribune. Si nous nous étions questionnés à propos de la capacité pour le projet de Tobias Forge de passer de l’Ancienne Belgique à la Lotto Arena, nos doutes sont rapidement levés. Nous sommes également surpris de constater la présence de nombreux enfants qui semblent déjà, malgré leur jeune âge, avoir été endoctrinés par l’église de Papa Nihil.
La messe du soir est dirigée par le cardinal Copia qui, contrairement aux trois précédents frontmen, n’a pas encore fait ses preuves à suffisance pour devenir à son tour un Papa Emeritus. Il débute son œuvre avec le titre Rats, premier single promotionnel de Prequelle (2018) ; le public répond directement au rendez-vous en entonnant le refrain comme un seul homme. Ce sera une constante pendant toute la soirée : Tobias Forge sait comment capter l’attention de l’audience et celle-ci le lui rend bien.
La messe se compose de deux actes, entrecoupés par une pause de quinze minutes, ce qui est peu commun. Tout est construit pour proposer un show à l’américaine –euh, à la suédoise. Il y a de multiples changements de tenues, des effets visuels qui valent le détour, des écrans de fumée, des effets pyrotechniques ou encore de nombreuses danses qui se marient parfaitement à la musique. Nous avons parfois l’impression d’assister davantage à une comédie musicale qu’à un simple concert, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Mention spéciale au décor somptueux, en particulier les vitraux à l’arrière de la scène.

Le spectacle, d’une durée de 2 heures trente (!), est structuré de façon à permettre au chanteur de ne pas solliciter de trop sa voix et pouvoir changer de costumes. Ainsi, on dénombre de nombreux intermèdes instrumentaux, des passages où le cardinal Copia se lance dans des discours sarcastiques hilarants ou encore la présentation –interminable- des musiciens durant If You Have Ghosts.
Fait assez inhabituel, il est vraiment compliqué d’identifier deux ou trois moments marquants de la soirée ; nous pourrions en mentionner au minimum une bonne dizaine. Nous nous en voudrions cependant de ne pas relever le duel de guitares entre deux Nameless Ghouls en introduction de Cirice, le final incroyable du premier acte avec le trio Pro Memoria, Witch Image et Life Eternal ou encore le final du concert qui s’est clôturé dans une ambiance survoltée. Terminer par Dance Macabre, Square Hammer puis Monstrance Clock était –une fois de plus- un choix payant.
Ghostnous a proposé ce soir un concert, ou plus exactement un spectacle, qui fera date. Il faudrait être terriblement difficile pour ne pas avoir été conquis. Par ailleurs, le rendu de plusieurs titres en concert est beaucoup plus lourd que la version studio, ce qui calmera les ardeurs de ceux partis en croisade pour prouver que Ghost n’a pas à intégrer la famille du « métal ». Ceux-là devront quoi qu’il en soit s’en accommoder car il ne fait pas l’ombre d’un doute que le groupe est promis à un avenir florissant et qu’on devrait assez rapidement les voir acquérir le statut de tête d’affiche de festivals estivaux. Nous, de notre côté, concédons que Ghost peut nous compter parmi ses fidèles.

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