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Quand les artistes femmes s’engagent à Bruxelles dans des soirées rock et alternatives

Plusieurs structures de la capitale proposent des scènes d’expression et de la visibilité aux artistes femmes. Parmi elles, Pullet Rocks qui fête ses 4 ans ce 25 mars 2017.


Jeudi 9 mars 2017

Si on veut sortir à Bruxelles et écouter de la musique, c’est pas les endroits qui manquent.
Si on veut s’éclater dans des soirées rock’n’roll et alternatives, ça court déjà moins les rues.
Si en plus, on veut voir des artistes féminines engagées sur scène, ça devient compliqué !



Il y avait bien Bitchcraft et ses soirées au Barlok à Bruxelles. Pour des raisons qui ne m’ont pas été précisées, cette structure qui organisait des évènements mêlant art et politique fait pour le moment une pause pour « reconstruire un collectif plus beau et plus solide ».
Il y avait bien aussi le LadyFest, festival bruxellois qui propose pendant trois jours un espace d’expression aux artistes féminines mais la structure est actuellement aussi en pleine remise en question et il n'est pas certain que ses activités se poursuivent, en tout cas pas sous la forme d'un festival de 3 jours. « Cela demande une énergie formidable de préparer un festival de 3 jours avec concerts, ateliers, débats, expos, etc. explique Dominique Van Cappellen-Waldock. En général on commence à préparer 8 mois à l'avance. Nous sommes toutes bénévoles, nous n'avons pas toujours de subvention. »

De la bière, de la sueur et de l’énergie !

Dans ce paysage, on trouve aussi Pullet Rocks qui se définit comme un concept de soirées rock'n'roll en plein cœur de Bruxelles visant à promouvoir les artistes femmes. Cette structure roule sa bosse depuis 4 ans (elle fête d'ailleurs son anniversaire fin mars, happy B!).
Pullet Rocks a été créé par Anne-So et Sarah, deux amies qui en avaient marre de ne voir que des groupes de mecs sur la scène rock et alternative. Elles se sont donc dit qu’elles allaient lancer leurs propres soirées avec la musique qu’elles aiment et surtout avec des femmes sur scène ! Et de manière régulière, parce que ça aussi c’est nécessaire sur Bruxelles pour maximiser la visibilité des artistes femmes. Dixit les Pullet.
Aujourd'hui, Sarah ne fait plus partie de l'équipe mais Anne-So continue l'aventure avec Stéphanie et Morgane.
« En 4 ans on comptabilise 40 événements, principalement des concerts mais aussi des soirées à thèmes et des ateliers, explique Anne-So. Au total, 30 groupes de différentes origines sont passés sur notre scène dans six lieux différents de Bruxelles. Ca fait beaucoup de litres de bière, de sueur et d'énergie dépensée ! »



La démarche Pullet Rocks va beaucoup plus loin que le fait de faire monter des femmes sur scène. On est dans une démarche féministe (vous l'aviez déjà compris) qui s'inscrit dans le mouvement Riot Grrrl. Riot quoi? Riot Grrrl, mouvement culturel et politique né dans les années 90 aux Etats-Unis. C’est du punk féministe, anticapitaliste et alternatif qui propose aux femmes de lancer leurs propres initiatives et de ne céder à aucune pression patriarcale. « Pullet Rocks désire créer un engouement auprès des artistes femmes afin d'insuffler un élan de création en leur offrant une structure et une visibilité », précise Anne-So. « Nos valeurs sont toujours restées les mêmes malgré les difficultés qu'on a pu rencontrer. On s'est rendu compte au fur et à mesure de l'importance de notre démarche et de l'impact qu'elle avait sur le public. On espère contribuer à l'émergence de certains groupes et surtout à l'éveil des consciences concernant la place des femmes dans le milieu artistique. »

Pas toujours facile

« Les acteurs principaux de la scène rock bruxelloise sont bien ancrés, poursuit Anne-So, il est difficile de s’immiscer dans le milieu, d'autant plus avec un projet aussi ciblé que le nôtre. Cela dit, le public bruxellois est réceptif à notre concept et la scène alternative multiplie les initiatives dans le même esprit que le nôtre. De plus, quelques organisateurs nous contactent afin de collaborer sur certains événements, c'est le signe que notre place se forge de plus de en plus. »

Mais financièrement ce n’est pas toujours facile. Pas d’aide financière. Ben non. Mais les trois nanas peuvent compter sur une petite équipe d'amis pour donner des coups de mains et elles tiennent à rémunérer tous les artistes pour leur prestation. La plupart de leurs événements étant totalement gratuits, elles ne rentrent pas dans leur frais et mettent de leur poche pour s’en sortir. « Quelques pourboires, donations et ventes de merchandising allègent les dépenses mais on est loin de rentabiliser nos investissements, avoue Anne-So. C’est un gros souci actuellement qu’on va devoir gérer mais cela ne nous empêche pas de vouloir continuer l'aventure. »

Stuart Dale est un de ces amis qui donne un coup de main. Il s’investit aux côtés des Pullet car il adhère totalement au message, à ce que les filles veulent mettre en place et promouvoir. « Je pense que c'est une bonne initiative et qu'elles offrent quelque chose d'assez inédit, explique Stuart. Elles mettent en avant des artistes qui, sans de telles organisations, n'auraient peut-être pas trouvé où se montrer et s'exprimer. Ce sont, pour la plupart des femmes mais il y a aussi une présence masculine. Ce ne sont pas des soirées exclusivement à présence féminine. »

Philippe De Clercq du collectif Females Rock a aussi donné un coup de main au début des Pullet Rocks. Il explique que ce n’est jamais gagné d’organiser des soirées rock’n’roll alternatives à Bruxelles, comme ailleurs d’ailleurs.
« Pour les organisateurs et programmateurs, dit-il, il parait naturel que les groupes jouent pour le plaisir et donc sans aucune rémunération. En tant que musiciens, il n'est pas facile de se vendre et l'offre est énorme question concurrence. Que je n'aime pas ce terme là! Parfois on nous demande même de payer pour venir jouer et couvrir les frais de la salle ! C'est ça qui reste le plus dur, c'est l'argent ! Sinon jouer ou organiser des concerts pour des queues de cerises c'est facile!»



Sortir des squats

Esmo a participé avec son groupe MalaMondo à un des concerts des Pullet Rocks. Elle me dit en rigolant à moitié que tout le monde connaît un bon musicien féminin mais que les groupes de filles sont tous considérés comme nuls parce que les femmes ne savent pas vraiment faire de la musique.
« La scène punk est supposée être politiquement engagée, poursuit-elle. Tu sais, anti-fasciste, anti-sexiste, anti-homophobie, etc. Etre capable de faire ce qu’on veut. Sauf que ce n'est pas la réalité. » Esmo en a un peu marre des commentaires sur comment elle est habillée ou sur comment elle devrait s'habiller. Elle aime le look ''tank girl'', mais pas question de devoir lui ressembler pour un peu de célébrité. Elle me confie que si MalaMondo essayait de décrocher un contrat d’enregistrement, le fait que les musiciennes ne portent pas de tenues sexy poserait probablement question.
« Je suis très fan du « do it yourself ». Nous arrangeons et payons nos enregistrements nous-mêmes, nous cherchons des concerts et tournées nous-mêmes. Le « do it yourself » c’est le meilleur! Pullet Rocks, ce sont des personnes qui s’intéressent à notre musique sans condition. Elles nous ont offert une scène dans un endroit hors des squats où nous n’avons normalement pas accès », conclut Esmo.

Pour Nina Nijsten aussi, il est très important que des structures offrent un espace d'expression aux femmes artistes. Nina est illustratrice, créatrice de comics et de zines basée à Gand. Elle a exposé ses créations chez les Pullets Rocks.
« Les femmes artistes ne sont pas suffisamment invitées à se produire sur scène ni encouragées à prendre un instrument et à commencer un groupe comme les hommes. Aussi, ''no offense'', mais la plupart des magazines de musique et webzines parlent majoritairement de groupes de mecs et de musiciens masculins. C’est cool que tu écrives à ce sujet-là ! »
Il en va de même pour les femmes dans le monde de l'art. Un monde que Nina décrit comme un club de vieux garçons. En tant qu’artiste, elle trouve qu’il est difficile d’exporter son travail étant donné que les offres d'exposition sont payantes.



Sentiment partagé par Mac Kam, guitariste des Vaporellas, qui s'est également produite sur une des scènes des Pullet Rocks.
« Tout d’abord, le fait d’offrir une scène à un artiste quel qu’il soit n’est pas courant et la forme de mécénat actuel tend souvent à faire payer les artistes pour avoir le luxe de se produire. Alors oui, il serait intéressant d’ouvrir les salles aux artistes, tous genres confondus, avec comme idéal une forte dose de parité. » Mac Kam avoue que le must serait de développer un lieu dédié à l’expression artistique féminine qui puisse fonctionner en autogestion afin de préserver son indépendance et développer des partenariats durables pour établir des projets alternatifs et pérennes sur la scène bruxelloise.


Tout ceci étant, il me semble intéressant de se demander pourquoi il est nécessaire d’offrir des espaces et des scènes aux artistes femmes ? Si elles se sentaient artistiquement considérées et reconnues au même titre que les hommes, de telles organisations n’auraient sans doute pas lieu d’être.
Il y a aussi un truc qui coince, et cela n’a rien à voir avec le sexe, au niveau des moyens financiers et des aides mises à disposition des organisateurs d’évènements. Ce n’est pas normal qu’ils doivent sucrer le cachet des artistes pour combler d’autres frais inhérents à un évènement. Pas normal non plus de devoir mettre de l’argent de sa poche. C’est bien trop souvent le cas notamment dans le milieu underground.
Heureusement, tous ces orgas sont méga motivés et passionnés et c’est sans doute ça, plus que le reste, qui fait avancer les choses !
D’ailleurs, si vous voulez voir et vivre de vos propres yeux un évènement Pullet Rocks, la soirée des 4 ans c’est le 25 mars prochain au Niko Matcha à Bruxelles.

Crédit photos : Pullet Rocks.
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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

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