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Comment un nouveau groupe peut trouver le succès ?

Le talent seul ne suffit pas pour se faire une place dans la scène metal belge


Mercredi 19 avril 2017

Je me suis toujours demandé à quoi était dû le succès d'un groupe. On a tous eu des amis très motivés qui n'arrivaient pas à percer, même à l'échelle régionale. En discutant avec des acteurs de la scène metal wallonne, j'ai obtenu quelques pistes sur les facteurs qui contribuent à faire percer un jeune groupe.



En 2017, la scène metal est complètement saturée. Grâce au Web, on peut littéralement découvrir un nouveau groupe tous les jours sans quitter son fauteuil. Mais les petites salles de Wallonie n'ont jamais été si difficiles à remplir, et beaucoup de musiciens ont, au moins une fois, joué juste pour le barman et leurs deux potes réquisitionnés comme roadies. Pas facile de fidéliser un public, alors que c'est la première étape pour atteindre une certaine notoriété. Susciter l'intérêt des gens ne passe pas que par la musique, mais aussi par le jeu de scène, l'identité visuelle, bref, une certaine capacité à fasciner l'audience.
Reste que le public wallon est décrit par beaucoup de musiciens comme particulièrement difficile à rassembler. Les concerts régionaux qui attirent le plus de monde sont ceux qui programment du metalcore ou des tribute bands, alors que les groupes qui jouent un metal plus original et personnel ont du mal à se faire une place. Douglas, le batteur du groupe de grindcore rituel Krig, confirme mes impressions : « La Wallonie est à la traîne pour beaucoup de choses. Maintenant on cherche plutôt à jouer en Flandre, j'ai l'impression que le public y est plus réceptif. Les Wallons aiment trop entendre ce qu'ils écoutent déjà tout le temps. Lancer un nouveau groupe dans un genre original est un challenge ; ça prend ou ça ne prend pas, mais on se donne au maximum. Je fais, je vois. Et à côté de ça, j'essaie de découvrir de mon côté d'autres groupes que je ne connais pas. Je trouve que les musiciens devraient être les premiers à vouloir découvrir de nouveaux groupes. » Même son de cloche chez Max, qui organise de concerts : « La Wallonie, c'est un peu un mouroir ! Si tu fais la liste des groupes belges les plus reconnus, tu vas trouver Enthroned ou Ancient Rites, mais ces groupes sont en fait bien plus reconnus à l'étranger que dans leur propre pays. Je pense qu'il vaut mieux s'exporter plutôt que de rester dans ses frontières à toujours jouer dans les mêmes salles, ce qui équivaut à se tirer une balle dans le pied. Quand il y a un écho depuis l'étranger, les Wallons sont plus facilement galvanisés. C'est une question de culture, en Flandre tu as un terreau bien plus favorable aux jeunes pousses : l'essentiel des groupes qui ont donné leurs lettres de noblesse au metal belge dans les années 80 venait de Flandre. La-bas, c'est plus facile d'organiser un concert de metal dans une maison de jeunes, le genre y est mieux vu. Nous, on n'a jamais eu de scène émergente. »



En Belgique, il vaut donc mieux franchir les frontières, même linguistiques, pour se conquérir un public. Mais organiser une tournée au long cours réclame toute une logistique : il faut prévoir un véhicule, un lieu où dormir, et bien sûr de transporter son matériel. C'est un véritable investissement à long terme, et sans aucune certitude d'en sortir gagnant. Même sans se lancer dans une grande tournée, entamer une carrière musicale demeure un pari risqué,  : un musicien, c'est quelqu'un qui charge 5000 € de matériel dans une voiture à 500 € pour être payé 50 € ! Cet investissement ne comprend pas que de l'argent, mais aussi du temps : sans une organisation bien rodée et une communication efficace sur les dates à venir, le public ne sera jamais au rendez-vous.
C'est là qu'entre en jeu le troisième élément essentiel pour faire percer un groupe : le cercle de connaissances. Rien ne vaut un large répertoire de contacts pour trouver des opportunités de jouer, Max insiste beaucoup sur ce point : « Tu dois forcément créer ton réseau. Ça passe simplement par aller tous les samedis soirs parler aux gens dans des concerts ; rencontrer d'autres groupes pour leur proposer des échanges de dates, par exemple. Tu ne montes pas une tournée sans connaître personne, le côté réseau est capital. C'est un peu mon rôle en tant qu'organisateur, Mais beaucoup de groupes ont du mal à comprendre qu'ils doivent aussi y participer. Il s'étonnent qu'on ne les fait pas jouer dans de nouvelles salles, mais si tu ne t'investis pas socialement dans ce que tu aimes, ça ne sert à rien. » Vincent, chanteur dans le groupe de doom/sludge Lethvm le reconnaît, mais tient à nuancer : « Les relations peuvent primer jusqu'à un certain niveau. Mais à partir du moment où un groupe se trouve un public, il sort de sa sphère privée, et ce sont la musique et les prestations qui vont alimenter sa notoriété. Les pistons pour jouer fonctionnent un temps, mais s'essoufflent vite. »



Un nouveau groupe qui veut se tailler une place dans la scène belge doit donc prendre en compte trois grands facteurs de succès. Son propre talent, bien sûr, reste essentiel pour fidéliser un public. Mais il ne faut pas négliger l'investissement qu'exige tout projet musical, tant en temps qu'en argent : tout jeune musicien doit s'attendre à passer des heures à répéter son set et à chercher des salles avant d'espérer toucher un premier cachet, et il ne lui financera jamais la guitare de ses rêves. Le rôle des relations sociales est tout aussi capital pour qu'un groupe perce : faire connaissance avec des propriétaires de salles, des organisateurs et d'autres musiciens augmente les chances de se voir proposer une date. Talent, logistique et réseau forment une sorte de triangle du succès pour un nouveau groupe, mais il ne faut jamais perdre de vue que le facteur chance joue énormément. Et que la route sera longue et semée de déceptions : « Chaque étape dans la formation d'un groupe est importante et formatrice, insiste Max. Jouer devant deux mecs bourrés dans une salle de merde est un passage obligatoire. Il faut aussi s'attendre à ce qu'un organisateur vous dise qu'il ne peut pas vous payer parce qu'il pensait que vous alliez ramener plus de monde. Il y a plein d'étapes désagréables par lesquelles il faut passer pour se roder. » Ceci dit sans vouloir brider les vocations. N'oublions jamais que même nos têtes d'affiche préférées ont du gravir tous les échelons l'un après l'autre. It's a long way to the top, comme le chantait un obscur groupe australien.

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AUTEUR : Matthias Bertrand
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...
Journaliste fraîchement diplômé, et déjà désabusé, il a découvert la musique via de vieux vinyles de punk rock, avant de se convertir au metal extrême. Comme il aimerait écrire sur ses passions musicales, et que les dinosaures de Rock&Folk ne se décident pas à mourir pour faire place aux jeunes, il a rejoint Shoot Me Again. ...

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