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Grand-Duché de Luxembourg : quand le metal s’exporte (beaucoup) (trop) peu

Avec la Kulturfabrik, la Rockhal, David Wagner de l’émission ''Metal Meltdown'', Retrace My Fragments, Lost in Pain, Desdemonia, An Apple A Day, Miles to Perdition, Cosmogon et Everwaiting Serenade.


Mardi 19 septembre 2017

Si j’en crois Wikipédia, le Grand-Duché de Luxembourg compte 576.249 habitants et s'étend sur une superficie de 2.586 km². C’est l’un des plus petits pays d’Europe. L’encyclopédie collaborative m’apprend aussi qu’au niveau musical « plus de 50 groupes existent au Luxembourg ». Bon, elle ne précise pas combien sont des groupes de metal mais les différentes personnes que j’ai rencontrées pour construire cet article sont bien plus éclairées sur le sujet ! On tourne autour d’une trentaine de groupes.
Parmi eux: Retrace My Fragments, Miles to Perdition
Miles to Perdition


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Si vous avez déjà écouté et/ou vu ces groupes sur scène, vous serez sans doute d’accord avec moi: la scène metal luxembourgeoise, c’est de la toute bonne ! Mais elle sort assez peu de ses frontières. C’est en tout cas mon sentiment. Et j’ai envie de savoir pourquoi.



« Le constat est correct, malheureusement, me confie Romuald Collard, programmateur musical à la Kulturfabrik. Ceci étant principalement dû à la taille du pays. Il y a très peu d’endroits où les groupes de metal peuvent jouer et les médias alternatifs sont trop petits pour avoir une quelconque influence. Mais la qualité des musiciens, elle, est là, c’est évident ! » Romuald poursuit en me disant qu’au niveau des politiques, il y a peu d’investissement dans le metal.

Claude Ewert de Retrace My Fragments apporte quelques précisions sur les lieux de concerts au Grand-Duché et explique que la Rockhal, la Kulturfabrik ou d'autres endroits semblables offrent de bonnes conditions mais sont trop grands pour des shows d’artistes du pays. « L'accès à leurs plus petites salles est extrêmement limité pour des raisons administratives ou logistiques, poursuit-il. D'autres lieux plus petits et plus adaptés d’une capacité de 60-100 personnes existent mais il y en a peu. Les groupes ont tendance à abuser de ces endroits. Ce qui donne trop de concerts au même endroit avec les mêmes groupes qui, de ce fait, se donnent la mort eux-mêmes. »

Donc, si je comprends bien, les musiciens luxembourgeois se sentent enfermés dans leur pays. J’ai posé la question à Hugo Centeno de Lost in Pain, qui me répond par l’affirmative. « On a joué dans presque toutes les salles de concert du pays ainsi que dans les grands festivals, plusieurs fois depuis 2008. On ne se fait pas beaucoup connaître dans un petit pays comme le Luxembourg mais après il y a toujours l'avantage d'avoir trois grands pays comme la France, l'Allemagne et la Belgique juste à côté. On essaye de se faire une petite tournée au Portugal en 2018 pour la sortie du nouvel album. »

Peu d’intérêt des labels et orgas

Tom Dosser est musicien au sein d’un des premiers groupes de metal au Luxembourg, Desdemonia
Desdemonia


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(formé en 1994). « J’ai pu observer le développement de cette scène. A l’époque, on n’était que 3 groupes dans ce genre et c’était difficile d’être accepté et de trouver des possibilités de jouer en live au Grand-Duché. »
Du coup, ces groupes ont cherché à jouer dans les pays limitrophes. À l’époque, pas d’Internet et la recherche de contact est compliquée. Avec les réseaux sociaux, une scène globale s’est développée et avec elle quelques échanges en dehors des frontières grand-ducales.
Tom constate que le Luxembourg n’a jamais eu de maison de disque ou de bookeur sur son territoire et qu’aucun groupe metal luxembourgeois n’a réussi à l’échelle internationale. « Il nous manque des exemples et les musiciens luxembourgeois ont tendance à se sous-estimer, ajoute-t-il, bien que leur niveau musical soit très élevé. »




Ken Pletschet d’An Apple A Day et Miles to perdition
Miles to perdition


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regrette aussi qu’aucun groupe luxembourgeois ne passe pro ou semi-pro. Il avoue que ces groupes n’arrivent pas à attirer l’attention sur eux et cite l’exemple des fanbases qu’il est difficile d’alimenter en dehors du pays. Les labels et organisateurs extérieurs ne s’intéressent pas du tout au Grand-Duché du Luxembourg.
Les musiciens sont de qualité, on l’a déjà dit, et pour Ken, cette situation engendre une certaine concurrence et un manque d’échange entre les groupes.
« Les groupes gardent jalousement leurs contacts pour eux et se cachent pour ne pas donner des infos aux autres, explique Ken. Les meilleurs musiciens devraient mettre de côté leur ego pour bosser ensemble sur un bon produit. Je pense que l’attitude devrait changer au Luxembourg. »

Fabrice Mennuni de Cosmogon
Cosmogon


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regrette qu’au Luxembourg le metal n'ait jamais vraiment été privilégié. « On sait bien que le metal est assez agressif en lui-même, poursuit Fabrice, et que pour la plupart des gens ce n'est que du bruit et des chanteurs qui gueulent. Il est vrai qu'en Allemagne et en Belgique le public est plus ouvert et réceptif. J'ai pu jouer en Espagne et au Portugal et là je peux te dire que ça a été le meilleur public que j'ai eu en 20 ans de carrière ! Ces gens-là donnent toutes leurs tripes en concert même s'ils ne te connaissent pas, à en avoir la chair de poule. »

Soyons positifs !

A la Rockhal, par exemple, le Rocklab aide les groupes locaux à mettre en place leur release de EP ou album et propose un suivi au niveau de leur développement. Paul Bradshaw, bookeur à la Rockhal, précise qu’en plus de la situation du pays, il faut énormément de travail, de concerts et de persévérance pour arriver à un certain niveau de reconnaissance. « Cela peut prendre plusieurs années, ajoute Paul. Tout cela doit se faire en parallèle d’un marché musical très variable et d’une réalité financière qui n’est pas toujours si facile. On produit régulièrement des concerts metal chez nous ou on essaye toujours de placer des groupes locaux. »

Depuis quelques années, le bureau export Music:lx assure la promotion des musiciens luxembourgeois à l’étranger mais visiblement, il n’est pas assez branché sur la musique metal (ndlr : j’ai essayé de les contacter, en vain).

Très concrètement, le fait d’être musicien au Luxembourg peut avoir certains avantages. Julien Primout d' Everwaiting Serenade
Everwaiting Serenade


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cite, par exemple, le Wacken Metal Battle, le concours pour gagner un ticket pour le Wacken Open Air. Au Luxembourg, il n’y a qu’une seule étape. Exit donc les étapes locales et régionales. Ça, c’est fait !
Autre exemple : la situation géographique du Luxembourg dans la Grande Région qui facilite les contacts et échanges avec l'étranger. Par exemple, le tremplin pour le Durbuy Rock Festival s'adresse également aux groupes luxembourgeois.



Un niveau de vie trop élevé ?

Julien parle aussi d’un autre fait typiquement luxembourgeois. « Ne nous voilons pas la face. On sait qu'ici il fait bon vivre, et qu'il est difficile d'imaginer renoncer à un certain niveau de vie, tout plaquer et s'investir à 100% dans son groupe. Je parle en connaissance de cause car mon groupe, Everwaiting Serenade, existe depuis bientôt 13 ans. Nous le considérons comme une grosse passion qui a toujours été à côté de notre vie professionnelle. Notre idée c'est de nous concentrer sur la scène locale où les opportunités sont nombreuses et diverses. Nous avons donc la vocation d'être un groupe local, mais nous nous produisons à l'étranger avec beaucoup de plaisir, si l'occasion se présente. Je pense qu'il existe des endroits bien pires que le Luxembourg pour évoluer en tant que groupe de metal. »

Pour David Wagner, journaliste sur la radio nationale Radio 100,7 et présentateur de l’émission ''Metal Meltdown'', si les groupes luxembourgeois ne se produisent pas assez sur les grandes scènes internationales, c’est parce que la plupart d’entre eux ont un boulot qu’ils ne veulent pas quitter pour pouvoir conserver une certaine stabilité financière. « Donc, poursuit David, il est très difficile de faire des tournées. Et faire des tournées est indispensable pour se faire un nom dans la scène internationale et par la suite attirer l'attention des bookeurs des festivals. Je pense aussi que les musiciens luxembourgeois n’ont pas encore compris qu'il est indispensable de travailler avec des labels et avec des agences de booking et de promotion. »



« J'ai récemment dit à notre batteur que nous avions probablement un meilleur local de répétition que Metallica qui répète dans une vieille usine transformée en pièce de répétition, explique Claude Ewert de Retrace My Fragments. Nous, nous en avons un à la Rockhal ! Les bons locaux de repet pullulent au Luxembourg à des prix très bas. Mais il y a toujours des gens qui se plaignent sur les salles de repet, les salles de concerts, les payements insuffisants pour un concert local, etc. Après tout, un groupe au Luxembourg doit parcourir tellement de kilomètres dans un pays qui s’étend sur 90 km du sud jusqu’au nord et à peu près 50 km de l’ouest à l’est… Ceci m’attriste. Les conditions ne sont pas parfaites, elles ne le sont nulle part.»


Voilà ce qui ressort de mes échanges avec quelques représentants de la scène metal luxembourgeoise. Des réponses intéressantes, parfois surprenantes. Perso, ce qui m’a étonnée c’est la concurrence qu’il pourrait y avoir entre les groupes et le fait que le Grand-Duché semble inexistant sur la carte du monde des organisateurs de concerts et festivals metal.
Tous les musiciens rencontrés (ou presque) m’ont dit que le do it yourself était très prisé et que beaucoup organisent eux-mêmes des concerts, des échanges, des tournées, etc.
Il apparait aussi que le secteur se professionnalise de plus en plus.
On peut donc supposer que la scène metal luxembourgeoise n’a pas dit son dernier mot !
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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

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