Ils ont sillonné les routes et les salles de concert. La scène était leur deuxième maison (ou la première c’est selon). Le nom de leur groupe en haut de l’affiche, ils étaient adulés comme des dieux par des foules en délire. Puis, un jour, plus rien. Le groupe splitte ou ils le quittent. Et maintenant, qu’est-ce qu’ils font ? Est-il facile de passer à autre chose, plus dans l’ombre ? A une vie sans musique ?
Watcha
Watcha2 galeries, vous vous souvenez ? Butcho Vukovic, c’était le fondateur et le chanteur de ce groupe qui a tourné de 1994 à 2008. Il me raconte qu’officiellement, le groupe ne s’est pas arrêté. Chaque musicien a, au fur et à mesure du temps, laissé place à ses projets personnels. Butcho avait lui envie de retourner aux sources, au hard rock 80.
« Je garde des supers souvenirs de Watcha
Watcha2 galeries, dit-il,
plein de concerts, 5 albums, on a joué partout en France, en Europe, au Canada et même à Madagascar. J’aime les défis, recommencer à zéro. Du moment que je m’éclate dans ce que je fais, je suis heureux. » Et c’est ce qu’il continue à faire dans différents groupes et projets.
Un peu dans la même veine, il y avait aussi
The Semitones(1992-2008).
« Il n'y a pas vraiment eu de décision d’arrêter le groupe, explique Pierre Chambin, le batteur.
On s'est embourbé dans la production d'un nouvel album, l'enregistrement a connu galère après galère. Du coup, on a dû faire du bricolage pendant des mois et des mois pour le mixage. »
Là aussi, après avoir quitté la lumière, d’autres projets musicaux se sont mis en place pour Pierre qui ne peut pas envisager de ne plus jouer sur scène. Des grandes ou des petites, peu lui importe. Jouer juste dans un local avec des copains ça ne lui a jamais suffi. Son but est de retrouver l’adrénaline et d’échanger avec des gens sympas.
La musique à la maison
Xavier Carion garde un bon souvenir du temps où il était guitariste de
Channel Zéro
Channel Zero1 chronique · 14 galeries(1990-1997). Il parle d’une expérience luciférienne qui était nécessaire pour qu’il puisse passer à autre chose. Après
Channel Zéro
Channel Zero1 chronique · 14 galeries, il a participé à quelques projets comme
Sons of Jonathas ou
Master of Wahaet
Burning Time
Burning Time1 galerie.
« Maintenant, je travaille sur des fréquences mais à titre perso, poursuit Xavier.
Il faut savoir prendre du recul sur ce que l'industrie de la musique représente, sur l'emprise qu’elle peut avoir sur la liberté de création des musiciens et sur d’autres choses bien pire encore. Perso, je ne veux pas participer à cette boucherie qui va amener beaucoup de gens à leur perte. »
Ridfa, guitariste de
Lofofora
Lofofora4 chroniques · 5 galeries de 1994 à 2002, est parti parce qu’il ne trouvait plus sa place. Ce qu’il retient de cette expérience c’est un pur trip sur scène. Il me confie avoir quitté le monde de la musique mais il continue à jouer chez lui, tranquille, car il reste amoureux de sa guitare.
« Dans la vie il n’y a pas que ta passion, il y a la vie aussi, précise Ridfa.
Il n’y a pas que le monde dit « pro » pour vivre et kiffer la musique. C'est un monde d'artifice et de joie mais, d’après mon expérience, il y a aussi de sacrés parasites et faux-cul. Quand ça marche pour toi tu as des milliers d'amis. Alors oui, il y a des musiciens qui pensent qu'il faut toujours être sous les projecteurs ou adulés pour soit disant exister mais ce n’est pas mon cas. »
En 2010,
The Link
The Link2 chroniques · 4 galeries(2007-2012) assurait la première partie de
Channel Zero
Channel Zero1 chronique · 14 galeriesà l’AB. Au moment de la sortie du premier album, la personne qui devait s'occuper de la distribution a clairement merdé. Beaucoup d’investissement de la part des membres du groupe pour rien, donc.
« Personnellement, explique Nicola Lomartire,
qui était le guitariste, j'ai préféré en rester là. J'avais mis un pied au Noise Factory et je me suis rendu compte que je préférais être derrière la console et faire de la production d'autres artistes plutôt que de passer du temps sur mes propres compositions. Donc au final, je suis toujours très actif dans le milieu mais sous un autre angle. Je gère aussi deux locaux de répétitions à Rhisnes. »
La guitare de Nicola n’est pas au grenier, à la cave non plus d’ailleurs. Il jamme encore de temps en temps pour se dérouiller les doigts et se décrasser les oreilles. Il n'exclut pas de recommencer un truc sérieusement un jour mais il faudrait une bonne opportunité.
Une partouze spirituelle
Il semblerait que Melissa Morales, qui a quitté
Moaning Cities
Moaning Cities1 chronique · 6 galeriesen 2017, a, elle, trouvé une bonne opportunité. Après deux années qu’elle me décrit comme très intenses, elle avait envie d'autre chose.
« J’espère qu’il y a une vie en dehors de la musique, dit-elle,
mais force est de constater que je n'arrive pas à faire sans. » En effet, la batteuse a repris un nouveau projet musical. Elle me confie qu’elle est revenue à la musique, oui, mais plus doucement qu’avec Moaning Cities où l’implication était quotidienne. Son nouveau groupe, c'est deux jours semaine.
Melissa, comment expliques-tu que vous, les musiciens, êtes si attachés à la musique, comme si elle était votre deuxième amoureuse ?
« La première, tu veux dire ? Ca procure un bien être, une exorcisation. Je compare souvent la batterie à de la méditation, un concert réussi est un concert duquel je sors dans un état second. Ça vaut aussi pour les répètes ou les jams, pour moi le but est d'atteindre la transe. »
Gilles Pemmers, guitariste de
Nervous Chillin’
Nervous Chillin3 chroniques · 14 galeries(1999-2006) confirme.
« C’est clair qu’on a la musique dans la peau. La première fois que tu montes sur scène, c’est le pied total, c’est comme une drogue, tu veux y remonter. J’ai besoin d’aller sur scène, de montrer ce que je vaux. »
Nervous Chillin’
Nervous Chillin3 chroniques · 14 galeriesc’était des centaines de concerts chaque année en Europe. Gilles éprouve de la fierté quand il repense à cette époque. Il a réalisé son rêve, comme il dit. Il a joué avec ses idoles
Misfits
The MisfitsVoir la fiche,
Ramones
The RamonesVoir la fiche, etc. Par contre, il a très mal vécu le fait de quitter le groupe et avoue s’être pris une méga claque.
« Je sais que je serai toujours frustré, poursuit-il.
Je suis un passionné de musique. J’ai toujours des nouveaux projets musicaux en cours (Dole, An Orange Car Crashed
An Orange Car Crashed1 galerie, etc.) avec l’envie que ça marche. Avec Nervous, on était pris en charge de A à Z, on ne se souciait de rien. Maintenant, c’est différent. »
Avant de terminer, je voulais avoir un avis extérieur sur le sujet et moins « dans l’émotion ». J’ai demandé à Arnaud Strobl, journaliste à Rock Hard France ce qu’il en pensait. Il me dit que pour certains musiciens, faire de la musique n’est pas un choix, c’est un besoin vital comme respirer, faire caca, manger. Il ajoute qu’on ne joue pas par hasard des musiques extrêmes. C’est assez cathartique, c’est une façon de sortir un mal être.
« La plupart des musiciens que je côtoie font ça pour sortir ce trop plein, ces choses dont on ne sait pas quoi faire, poursuit Arnaud. C’est un exutoire. Ça va au-delà de la musique, c’est une réelle prise sur la vie. La scène c’est une gigantesque partouze spirituelle, un échange d’énergies positives, d’amour. »
En résumé, on sent chez certains quelques regrets, amertumes et un manque. Ces témoignages lèvent aussi un coin du voile sur le monde de la musique pro ou semi-pro, ses exigences, sa dureté parfois. La musique, une passion, un besoin, une partie d’eux. Point commun, même si les lumières se sont éteintes et que les conditions ont changé, l’instrument et la musique ne sont jamais bien loin.