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Laul, l'homme qui murmurait à l'oreille des objets oubliés...

Ex bassiste des Lucrate milk, ex graphiste attitré des Béruriers noir, laul nous accorde du temps..


Lundi 8 mars 2010

Heureux! Oui j'étais heureux, lorsque Laul accepta de nous livrer ses impressions décalées sur lui, et sur le monde qui nous entoure. Comment d'ailleurs ne pas se rappeller, ses coups de basse dans les Lucrate Milk, comment ne pas se rappeller de cette frénésie qui nous animait lors de la sortie d'un album des Bérurier noir et de la découverte des dessins qui agrémentaient la pochette ??
Mais Laul, ne veut pas arrêter là, il nous dévoile ici ses scultures et ses projets futurs..
Pour que la rage ne soit pas perdue, pour que la rage continue..!!




1)Salut LauL, pour les plus jeunes, les moins jeunes et les très vieux, peux tu nous ré expliquer ton parcours?

Enfance petit bourgeois de banlieue, scolarité oisive,1975 boite à bachot, 1978, entré aux arts-déco avec brio( pour 3 semaines effectives), puis à la base (et à la basse) de Lucrate milk, avec masto, on trouve 2 acolytes pour 4 ans de delirium pas si mince que ça, 1983,on rempile chez les bérus, avec quelques rescapés de la raya Lucrate et quelques égarés des groupes contemporains « On fout le feu et on se casse ! ». A 29ans, marre de Paris, je fais l’école buissonnière, mon enfance continue à la campagne. Avec un pote,1992 on ouvre un dépôt vente associatif où tous les objets empilés m’inspirent maintes idées que je réaliserai quand je serai grand. En 98, j’ai un gamin. Devenu subitement adulte, je m’y mets et j’enfante dans la rouille et la bonne humeur des créatures qui me passe par la tête, selon les merdouilles qui me passent entre les mains. C’est sans prétention, j’aime le qualificatif d’Art Modeste pour définir ma production. Je bricole encore, comme à l’époque, quelques affiches, décors , accessoires, costumes et scénographies pour des troupes de théâtre locales, mais plus du tout acteur, comme si ça suffisait… En 2007, j’écope d’une gamine, putain, il serait temps d’arrêter les conneries, car mes véritables aspirations depuis que j’ai 15 ans étaient plutôt de traverser cette chienne de vie au plus vite, si possible sans laisser d’empreinte, sans investissement, sans implication, sans laisser ni trace, ni progéniture; n'être, tel l'autiste, que le témoin passif et désabusé d'un monde en chaos qui tarde à imploser. Dois-avouer mon échec sur toute la ligne?



2) Tu jouais de la basse chez Lucrate Milk, quels regards portes sur cette époque, et que penses tu de celle que nous vivons?

Une époque épique et punk et colle et gram' propice à tous les excès. L'euphorie sous tous ses aspects, on s’autorisait tout, la preuve, écoutez Lucrate Milk. « ludicité »(et non pas lucidité) était notre maître mot. Nous jouions au sens propre du terme, et pas seulement dans la « musique ». Notre vocabulaire de l’époque en témoigne : tarpouèj : jouer au pétard ; zickouèj : jouer à la musique, glandouèj : jouer à zoner… pas une once de sérieux dans tout ça.
C’est presque inimaginable le nombre de jeux qu’on a pu inventer rien que pour l’extase, l’aventure, le risque, l’adrénaline, l’endomorphine …Du sommet des grues de chantier, par –10°, où on se procurait les bombes de graisse, aux sous-sols des carriers parisiens pour pique-niquer, des couloirs des hôpitaux militaires, avec tambours et trompettes, aux jardins des instituts de sourd-muets, sur la pointe des pieds, du rocher du zoo de Vincennes, jouant à chat perché avec les singes, au père La chaise qu’on traversait sans toucher le sol, de commissariat de quartier, où nous étions leur hôtes perpétuels, à notre squat, ex hôpital Curie où ils étaient nos invités ponctuels, faire des descentes de skate dans les parking souterrains de Montparnasse, passer à l’abordage des bateaux-mouches, uniquement pour tromper l’oisiveté et donner un sens au mot « zoner » ; Et je ne parle pas les autres terrains de jeux qu’offre aussi la banlieue, et la province donc…
Avec les Béru, l’engagement, les messages, les prises de positions offraient moins de frivolité, moins d’insouciance, mais, en revanche, des doses d’adrénaline qui compensaient amplement notre gourmandise d’émotion. De grosses années de merdier subversif, de chaos fendard, de mascarade hallucinée, de voyage (en Hollande, Belgique Suisse, Irlande, Québec et la France dans tous les sens) avec un cheptel variable de doux cinglés dans une bétaillère bondée, déambulant de squatt sordides en hôtels borgnes, de gymnase nazes en salle des fêtes fétides, de poste de douanes en … (ce serait trop long à raconter). Des conditions qui n’ont jamais évoluées, alors que BXN, eux prenaient de l’ampleur. Syndicaliste du groupe, j’ai tâché, de mouvements de grève intempestifs en démissions occasionnelles, d’instaurer un semblant de réciprocité dans le respect.( les disques pas chers, les concerts accessibles à tous, des sets de trois heures… ok, mais, en contrepartie des conditions d’hébergement et de nourriture décentes, avec, si c’est pas trop demander assez d’électricité pour le son et les lumière, en même temps, de préférence…mon côté, petit bourgeois, sans doute. J’espérais que la belle utopie bérurière devienne réalité, qu’on enfourche nos roulottes, et qu’on tourne en autonomie, sans cette sale impression qu’on nous pompait l’énergie pour la revendre.
Cependant, j’ai joui intensément de ces 10 ans, lesquels furent enrichissants à tous les nivaux (culturel, ethnique, géographique, sociologique, philosophique, sportif, expérimental, mental… sauf, peut-être musical, mais bon…),et je ne pense pas qu’aucun enseignement puisse être aussi formateur ( et destructeur en même temps).



3)Tu as rejoins la famille des Béruriers noirs, qu'elle en était ta mission?

Historiquement, « bérurier noir » était le titre d’un concert d’adieu, de deuil des Bérurier, à Pali Kao, avec François (comme seul survivant des Bérurier), et Loran (alors membre de Guernica) comme partenaire particulier. Devant une telle émulsion, nous nous sommes opposé à cette autodestruction, quitte à faire don d’organes à cette dépouille encore fumante ; ce que nous fîmes. Le Milk de Lucrate venait de tourner et l’occasion de foncer, tête première, dans le mur avec ces décérébrés était trop belle. Pas de mission, à proprement parlé. Scéniquement, avec Sieur Elno, nous avions plus vocation à proposer du recul, de la nuance, voire de l’autodérision sur les propos très bruts, sur des messages carrés, sur des positions campées. Graphiquement, j’essayais d’être au plus près des textes, partageant avec l’auteur, une noirceur inspirée par un même dégoût de l’humanité. Très inspiré, voire impliqué par les paroles des premiers disques : « la mort au choix, noir les horreurs, j’ai peur, bûcherons… » j’ai eu plus de difficultés, ensuite, avec des textes plus optimistes…mais avec un flingue pointé sur la tempe, on obtempère.



4)Tu as travaillé sur le visuel des Lucrate Milk, mais aussi sur tout le visuel des Bérus, quels étaient les spécifités visuelles de chaque groupe?

Pour Lucrate, nous faisions tout ensemble et dans une osmose rare, dans un esprit de provoc joviale, de puérilité cynique et de punkitude esthétisante (nous avions adopté le concept d’un pote artiste : « Où il n’y a ni bite , ni croix gammée, c’est fade ! » .
Pour les Béru, ce fut évolutif, comme le groupe lui-même, mais on a bien fini, grâce à un travail de sape, par y introduire quelques bites et y agrafer quelques méga croix….et puis, je viens de répondre un peu dans l’antépénultième question



5)T'es tu rendu compte de l'impact des bérus, mais surtout de l'impact visuels, je parle ici des pochettes, et de ton fameux clown? En tant que Fan je peux te dire qu'on attendait tous de voir la nouvelle pochette?

….A vrai dire, non, mais pour les amateurs dont tu a l’air de faire partie, une bonne nouvelle :
A l’instigation de Paria, (La distro, ex FZM) et avec un pote, le K, on a ficelé un recueil avec tous mes meilleurs dessins (250 environ) de l’époque, de Lucrate aux endimanchés en passant par les négresses vertes, les Ludwig, les nonnes Troppo et aussi, bien sûr, les Béru, originaux ou inédits ainsi que, pour vous récréer des rébus bérus. Je vous en mets un p’tit pour l’appétence…. Et le tout en couleur, S’il vous plait !!!
Un album qu’il faut absolument se procurer…Dès, bien sûr, que j’aurai trouvé un éditeur, un mécène, un imprimeur, un donateur, que sais-je, un moyen pratique et concret de vous le rendre procurable.
Tiens, vous qui vivez dans le pays de la BD et du bon goût, vous devez bien connaître quelqu’un ???



6)Quels sont les thèmes que tu aimes aborder, ou ceux que tu affectionnes le plus?

La mort, en général ; le suicide, en particulier.
Avec l’absurde en teinte de fond.



7)Tu ne t'arrêtes pas là en plus, tu touches à la sculpture et à la réalisation de vidéo clips, peux tu nous éclairer là dessus?

La sculpture, c’est juste une troisième dimension ajoutée à mon univers graphique. J’y vois comme une continuité évidente, avec le tétanos, comme épée de Damoclès, en plus.
Quant aux vidéo-clips, ce ne fut qu’une courte récréation, avec la complicité, déjà ancienne, de Lefdup et Larry Flash(réalisateur de nos premiers clips en 1980), de replonger dans nos enfantillages, pour étoffer le DVD de Lucrate.



8)Tu organises des stages pour enfants, quels en sont leurs buts?

Juste de leur permettre de quitter, un instant, les œillères qu’on leur a greffées, pour pouvoir sortir des ornières tracées et s’aventurer hors champs, hors cadre, sans les entraves qu’impose la scolarité : le sujet, la méthode, le cadre, le format, le support, le thème… jusqu'à la note ou l’appréciation.
Entière liberté de faire (ou de ne pas faire) ce que l’on veut (ou peut) sans attente précise d’un quelconque résultat. Ce qui déconcerte les élèves déjà formatés et exalte les cancres .



8bis) Quels sont tes meilleurs souvenirs de cette époque Bérurière et Lucrate Milk?

Les moments furtifs, mais heureusement nombreux, où j’ai cru mourir, exprimant le meilleur de ma spontanéité scénique.



9)Passes tu parfois chez nous en Belgique? As tu d'ailleurs des anecdotes lors de tes passages au Royaume de la bière?

Je raconte, dans « conte cruel de la jeunesse » de Camion blanc éditeur, un épisode tragique : « Il était en Belgique, une fois…»
Mais, pour c qui est de mes autres périples chez vous, c’est sans conteste le pays européen pour lequel j’ai le plus d’affinité et de sympathie, s’il n’y avait cette Drache qui me donne la quique bich (vieux bruxellois) , mais si propice à entrer s’abriter quelque part, goûter à l’hospitalité légendaire, en visitant la géographie (pas si plate que ça) de la Belgique, par ses bières, dont certaine ont une altitude qui me donne le vertige. Mon complice Jojo, alias Doktor Napalm, qui loge à BXL, me reçoit quand l’exotisme belge m’inspire l’escapade.



10)Tes coups gueule pour 2010?

I love you, fuck off, for ever!

http://laul.facthedral.com/





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