Chronique

GALLOWS
Grey Britain

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Warner



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Jeudi 11 juin 2009

Même si ce n'était pas vraiment le cas, on aime penser que le punk vient du Royaume-Uni, tout ça parce qu'un manager assez malin a créé un des premiers boy bands il y a une bonne trentaine d'années. Bon, ok, je suis assez méchant avec les Sex Pistols, mais le drapeau briton percé d'épingles de nourrice, le no future et tout ça, c'est resté. Resté tellement fort pour influencer Gallows, qui vient apparemment de sortir l'album le plus important du punk anglais depuis Never Mind The Bollocks. Voyons voir.

Le premier album de Gallows, Orchestra of Wolves, était assez marquant par son absence de concession. On avait là un groupe brut, à la réputation live sulfureuse. Mais la suite fut assez surprenante : alors signé chez un des labels punk mythiques, Epitaph, ils se sont retrouvés chez Warner, suite à un contrat d'un million de livres. Difficile de réfuter les accusations de sellout, mais le groupe assume, et sort maintenant Grey Britain, forcément l'album de la consécration, du succès, des coupes de cheveux Toni&Guy et des refrains radio-friendly. No. Fucking. Way.

Parce que malgré son background étonnant, Grey Britain est un album puissant, qui tire la sonnette d'alarme sur un pays en déroute socio-économique, et qui a grand besoin d'un coup de pied au cul. Le futur nous dira si Gallows ara servi à quelque chose, mais musicalement, Grey Britain vaut le déplacement, dès son intro terrifante se terminant sur le manifeste du nouveau working class hero Frank Carter : We are ready to die.

Suit un enchainement rapide de morceaux punk à tendance hardcore (ajoutez la référence classique qui vous plaira le plus, Black Flag, Minor Threat, Hüsker Dü et autre grands noms pour critiques en manque d'inspiration) parfois prog (Leeches), parfois politisé (London is the Reason). Mais alors que le groupe pourrait juste se permettre de faire plein de bruit en cinquante minutes, ils ne s'arrêtent pas là : The Vulture est divisé en deux parties, dont la première voit Frank Carter chanter d'une voix posée et très mélodieuse, ce qu'on aurait vraiment eu du mal à imaginer, sur un lit de guitare acoustique et de violons. Mais cela fonctionne très bien, surtout entre deux décharges d'adrénaline. La seconde partie commence progressivement avec un glas, avant de verser dans la folie furieuse, toutes guitares dehors ("This!!! Is!!! The!!!! End!!!). Un peu plus loin, Carter fait des harmonies avec Simon Neil de Biffy Clyro, ce qui est encore plus effrayant que sur papier.

Tout n'est pas toujours aussi inspiré. L'apparition des chevaliers de l'apocalypse fait un peu grand guignol, et quelques backing vocals rappellent une ambiance stade de foot après défaite de l'équipe locale (et vengeance s'ensuivant). De même, musicalement, on reste souvent dans le même canevas. Efficace, certes, mais forcément limité. Même si Gallows pourra aussi servir de porte d'entrée vers d'autres groupes punk/hxc qui n'ont jamais signé de contrat mirobolant.

C'est la fin de l'album qui impressionne le plus. Misery, avant-dernier morceau, commence avec quelques accords de piano, avant qu'un feedback de guitare ne déchire l'air, laissant Carter entonner "Misery fucking loves me, and I love her too". Misanthrope, et voix d'une génération. Enfin, Crucifucks vaut mieux que son titre : c'est l'ultime clou dans le cercueil de la vieille Albion, qui vient d'envoyer des députés nazis, ouvertement racistes et négationnistes au parlement européen. Une citation vaut mieux qu'un long texte :

It's time for us to take a stand,
We are dying on our knees in this grey broken land.
And all the martyrs they have convinced themselves,
That death ain't a sin when you're living in hell.
There ain't no glory and there ain't no hope,
We will hang ourselves, just show us the rope.
There ain't no scapegoats left to blame.
We brought this on ourselves, and we could have been the change.
Great Britain is fucking dead so cut our throats,
End our lives, let's fucking start again.

Sous un fond de feedback et un rythme militaire. Ensuite, le morceau se termine en long fondu de quatre minutes, avec une sirène de funeste mémoire, et un magnifique passage de musique classique. Grey Britain se termine comme ces films à interprétation libre. Est-ce la lumière au bout du tunnel, ou une lourde porte qui se ferme, pour ne plus jamais s'ouvrir?

Certaines questions dépassent la portée d'un simple album, ou d'un gros chèque qui ne vaut finalement pas grand chose. Nous avons maintenant le choix : observateurs, acteurs, victimes consentantes ou non, nous avons tous un rôle à jouer dans la société, maintenant plus que jamais. Comme souvent, une époque très troublée produit des oeuvres artistiques de grande qualité, dont la portée sociétale transcente les simples considérations critiques. Grey Britain en fait partie.
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AUTEUR : Denis
UPDATE : Merci de ne plus me proposer d'albums à écouter, je n'ai malheureusement plus assez de temps à consacrer à cela :( Le reste de la team sa...
UPDATE : Merci de ne plus me proposer d'albums à écouter, je n'ai malheureusement plus assez de temps à consacrer à cela :( Le reste de la team saura certainement en faire meilleur usage... Je danse sur l'architecture depuis plus de dix ans, d'abord pour RifRaf en presse écrite, et puis pour quelques webzines, comme Pinkushion, Psychotoni...
UPDATE : Merci de ne plus me proposer d'albums à écouter, je n'ai malheureusement plus assez de temps à consacrer à cela :( Le reste de la team saura certainement en faire meilleur usage... Je danse sur l'architecture depuis plus de dix ans, d'abord pour RifRaf en presse écrite, et puis pour quelques webzines, comme Pinkushion, Psychotonique et VisualMusic. J'écris des chroniques rock n roll et autres choses sur Un seul critère : il faut que j'...
UPDATE : Merci de ne plus me proposer d'albums à écouter, je n'ai malheureusement plus assez de temps à consacrer à cela :( Le reste de la team saura certainement en faire meilleur usage... Je danse sur l'architecture depuis plus de dix ans, d'abord pour RifRaf en presse écrite, et puis pour quelques webzines, comme Pinkushion, Psychotonique et VisualMusic. J'écris des chroniques rock n roll et autres choses sur Un seul critère : il faut que j'ai envie d'écrire dessus, simplement. Ou encore : Twitter Facebook ...
UPDATE : Merci de ne plus me proposer d'albums à écouter, je n'ai malheureusement plus assez de temps à consacrer à cela :( Le reste de la team saura certainement en faire meilleur usage... Je danse sur l'architecture depuis plus de dix ans, d'abord pour RifRaf en presse écrite, et puis pour quelques webzines, comme Pinkushion, Psychotonique et VisualMusic. J'écris des chroniques rock n roll et autres choses sur Un seul critère : il faut que j'ai envie d'écrire dessus, simplement. Ou encore : Twitter Facebook ...

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