On sait depuis The Artist Is The Ambulance que Thricesera toujours là où on ne les attend pas, et effectivement, Beggars montre un visage nouveau, de plus en plus éloigné du hardcore (post ou pas) et parfois limite classic rock. All The World Is Mad entame les affaires avec un bon gros riff, mais on est clairement averti qu'on n'aurait pas d'explosion sonore ni de décharge de violence. Thriceversion Beggars est mélodique, plus lent, plus atmosphérique, avec une comparaison assez rapide et évidente avec un autre caméléon, Radiohead. Circles, en particulier, fait penser au combo d'Oxford, alors que Doublespeak comprend des éléments de piano tout à fait cohérents. Il faut même attendre la seconde moitié de l'album pour retrouver un morceau plus puissant, le dense At The Last. Mais comme le reste de l'album, il garde un sentiment assez organique, assez roots.
Bizarrement, Talking Through Glass nous rappelle au bon vieux souvenir d'Old Thrice, avec un Dustin Kensrue qui hurle comme il n'avait plus hurlé depuis un bout de temps. Cela fait (beaucoup) de bien, mais ce n'est qu'un exemple isolé dans un album très varié, mais tout de même assez calme et posé. Le morceau-titre est long, engagé et se termine avec le bon vieux truc de la guitare qui sonne comme un aspirateur.
C'est assez symbolique de la situation actuelle de Thrice. Ils sont toujours capables de surprendre, mais ils se trouvent maintenant dans une zone de confort où ils peuvent tranquillement se retrancher derrière la qualité de leur jeu et de leurs compositions. On pourra toujours se demander pourquoi ils ont effectué telle ou telle action, mais ils continuent à évoluer (même si c'est plus un pas de côté qu'un saut en avant, cette fois) avec cette fois, un quasi exercice de style en classicisme posé. Reste une question majeure : est-ce qu'un exercice de style, aussi réussi soit-il, fait un bon album?

Thrice
Radiohead