C'est un de ceux-ci qui ouvre l'album. Frank Turner, ex-hurleur de Million Dead s'est depuis reconverti dans le folk à coeur ouvert, et s'approprie Sally, extrait du dernier album du groupe culte irlandais Kerbdog. Turner réussit une fois de plus à illuminer le morceau sans verser dans le pathos incongru. Un peu plus loin, on retrouve Walter Schreifels, ex-Quicksand et actuel Rival Schools, dont on attend avec impatience le second album. Schreifels livre ce qui est peut-être le meilleur morceau de l'album, une version fantastique de When You Sleep de My Bloody Valentine, dont il met en évidence la mélodie (avec un guitare acoustique) tout en y ajoutant l'évident caractère éthéré, grâce à une électrique tout en retenue. Schreifels est d'ailleurs lui-même repris, Powell livrant joliment une version de Head To Wall de Quicksand.
De même, une autre signature de Yr Letter Records, Jonah Matranga, se retrouve deux fois sur le disque. D'abord, repris avec Farpar Luis Francisco Arena (I Like It) et ensuite avec sa version minimaliste et murmurée de Be Quiet And Drive (Far Away) des Deftones. Reprise qui, contrairement aux autres morceaux de la compile, date de quelques années, car c'est une démo réalisée par Jonah en 98, qui a inspiré la version des Deftones qu'on peut trouver sur leur B-Sides and Rarities.
Mais ce sont logiquement des groupes français qui composent la majeure partie de la compilation. Et là, le niveau peut être assez inégal. On a du bon, comme Dead Pop Club qui maîtrise une reprise des Thugs, Billy Gaz Station et une version punkfuzz de Grant Hart (Posies) ou encore le très fun Dust Cake Boy (Babes in Toyland, par Mr Moustache). On a aussi des morceaux tellement bons qu'on saurait difficilement les rater, comme Getchoo (Weezer) ou Let Me Drown (Soundgarden). DevonMileset Down to Earth s'en chargent donc très bien, même si les morceaux sont très proches des originaux. Par contre, Novelss'approprie Aneurysm (Nirvana) avec beaucoup d'âme, ce qui en fait un des meilleurs morceaux ici. On notera aussi l'excellente prestation des Néerlandais Cooper(Static, de Jawbox).
Dans la catégorie pas terrible, d'abord un petit coup de gueule : on a eu pas mal de chanteuses excellentes lors de la décennie, et la seule voix féminine entendue ici, c'est pour une très bonne reprise de Chokebore, par Run Ronie Run. Mais le gros défaut se trouve souvent au niveaux des voix. Gâtechienfait un très bon boulot en s'appropriant Bombtrack (Rage Against The Machine) sans guitare, mais l'accent du chanteur frôle le ridicule ("one two srie"?). Dans le même genre (mais en pire), Lead Orphans photocopie Corduroy (Pearl Jam) mais en y appliquant une voix à l'accent tout aussi pitoyable.
Ces quelques détails ne doivent pas cacher le fait que le niveau de la compilation est élevé, ce qui fait qu'elle fonctionne à plusieurs niveaux. D'abord, elle sert à se souvenir d'une décennie peut-être sous-évaluée, grâce à une sélection de morceaux pas toujours évidente. Ensuite, elle dresse un panorama forcément incomplet de chouettes groupes peu connus hors de leur cercle habituel. Enfin, elle réhabilite un concept qui pourrait revenir en force à l'époque des applications de streaming à la Spotify : la mixtape. Tous ceux qui ont, un jour, créé une compilation avec amour et soin savent ce que c'est, et finalement, c'est exactement ce qu'est Memoria : une mixtape qui fait passer un très bon moment.
Infos et commande : http://www.yrletter.tk

Frank Turner
Quicksand
My Bloody Valentine
Fär
Gâtechien