Pour ceux qui l'ignoreraient, Heathen existe depuis 1984 même s'il ne s'est guère montré très prolifique depuis lors. En effet, le groupe américain de thrash n'a pas été épargné par les malheurs. Randy Laire, son premier bassiste, est en effet décédé à la suite d'un tragique accident de la route en 1991. Jason Viebrooks, qui lui succéda, prit la poudre d'escampette peu de temps plus tard pour rejoindre Dave Lombardo (Slayer) dans son groupe Grip Inc. (cfr interview Slayer). Et à tout cela, il faut aussi ajouter les disparitions de Sam Kress (chant) et du batteur Carl Sacco, décédé d'une crise cardiaque voici tout juste 5 ans.
N'en jetez plus. Cela fait effectivement beaucoup pour un seul groupe. La survie d'Heathen aura été rendue possible que par le mauvais état de santé de Chuck Billy (Testament). Le groupe a effectivement rassemblé toutes ses forces pour accompagner une tournée Clash Of The Titans organisée en 2005 afin de récolter quelques fonds pour financer le traitement du leader de Testament, victime du cancer.
Côté discographie, le groupe s'est montré plutôt discret puisqu'en l'espace de 26 ans, les thrashers californiens n'ont pondu que deux albums originaux, un album de reprises et quelques démos dont certaines avec le regretté Paul Baloff (ex-Exodus)... On a déjà vu plus actifs que ceux-là, vous en conviendrez...
C'est donc avec une certaine crainte légitime que l'on aborde l'écoute de The Evolution Of Chaos, album d'une énième reformation d'un groupe des eighties en quête de reconnaissance.
Mais, fort heureusement, le doute se dissipe immédiatement. Dès l'intro aux parfums orientaux passée, les 'Ricains rentrent dans le vif du sujet avec un "Dying Season" de derrière les fagots qui prend l'auditeur à la gorge.
Les amateurs de thrash old-school en prennent pour leurs grades tant les riffs acérés et les soli imparables se succèdent à une vitesse qui ébranlerait le mur du son.
Même la production quelque peu étouffée de l'album ne parvient pas à ralentir l'élan des cinq musiciens. Il ne faut d'ailleurs pas être un grand devin pour s'apercevoir que les guitares de Lee Altus se sont fameusement aiguisées depuis son intronisation dans Exodus... Il suffit d'écouter "Fade Away" ou "Bloodkult" pour se rendre compte combien son jeu de guitare a évolué.
Gary Holt, le leader d'Exodus, se fend même d'un solo imparable sur l'énorme "Control By Chaos". Histoire de rendre la pareille au guitariste qui l'accompagne sur scène.
La caractéristique d'Heathen, c'est de pouvoir insérer ci et là des passages plus mélodiques et mid-tempos qui font regretter le bon vieux Metallica d'antan. Les passages clairement inspirés de The Unforgiven et de For Whom The Bell Tolls montrent la direction qu'auraient dû prendre les Four Horsemen s'ils avaient voulu rester intègres et loyaux d'un bout à l'autre de leur carrière.
Le chant plus heavy de David White contribue aussi à cette sensation de grande maîtrise musicale. Car Heathen ne se contente pas de mettre ses riffs les uns derrière les autres. Non: le groupe construit sa musique sur des structures plus alambiquées à l'image du somptueux "No Stone Unturned", titre de onze minutes sur lequel les passages acoustiques côtoient les riffs bien distortionnés.
C'est une véritable jouissance musicale que nous offrent les thrashers américains. Et "A Hero's Welcome", compo dédiée aux soldats américains ne freinera pas notre élan. Le bassiste Steve DiGiorgio n'est d'ailleurs pas en reste non plus en assénant ses coups de basse puissant et en se permettan aussi de jouer du sitar sur "No Stone Unturned", décidément pièce-maîtresse d'un album magistral.
On comprend, dès lors, mieux la raison pour laquelle Gary Holt a accepté de retarder la tournée d'Exodus afin de laisser son compère et ses potes s'exprimer en dehors de son groupe.
Cet album est à consommer d'urgence et sans modération aucune pour les amateurs de thrash old-school... Et les autres aussi d'ailleurs...
Heathen

