Très vite, un nom attire l'attention au générique de cet album : celui de Thorsten Quaeschning, membre du légendaire groupe TANGERINE DREAM. Une participation qui n'est sans doute pas étrangère à la coloration particulière du disque.
Solaris a monopolisé une bonne partie de mon temps d'écoute. Aujourd'hui encore, en toute honnêteté, je peine à trancher définitivement sur mon appréciation personnelle de l'album.
Commençons par le concept. Avec Solaris, THE OCEAN explore une nouvelle thématique. Inspiré du chef-d'œuvre de science-fiction du même nom d'Andreï Tarkovski, le projet plonge dans l'univers de l'exploration et de la découverte.
Dans Solaris, des scientifiques étudient, à bord d'une station spatiale, un océan extraterrestre capable de sonder, mais surtout de matérialiser, les profondeurs de l'esprit humain. Le disque choisit d'explorer l'humanité à travers ce besoin irrépressible de découvrir de nouveaux territoires, tout en posant une question existentielle en toile de fond : cette quête de l'inconnu répond-elle à une soif de connaissance ou à un désir d'expansion et de domination ? Une interrogation qui trouve évidemment un écho très actuel à l'heure de l'essor de l'intelligence artificielle.
Solaris est un album aérien et lumineux, où l'approche progressive de THE OCEAN, déjà de plus en plus affirmée au fil des sorties, franchit un nouveau cap. Le disque demeure pourtant difficile à appréhender. Malgré, ou peut-être à cause de, cette apparente légèreté, les directions musicales se multiplient au gré des breaks et des transitions. Les détails s'empilent, les idées se superposent, formant un ensemble aussi foisonnant qu'insaisissable.
Côté chant, THE OCEAN ouvre également une nouvelle voie. Les parties vocales sont désormais confiées à Enrico Tiberi et Lane Shi pour un duo masculin-féminin. Aux guitares, Emmanuel Jessua (HYPNO5E) vient épauler Marco Gennaro et Robin Staps. Mattias Hägerstrand s'impose quant à lui comme bassiste attitré, tandis que Jordi Farré (CRIPPLED BLACK PHOENIX) reprend la batterie. Orestis Zafiriou (PLAYGROUNDED) enrichit l'ensemble de textures électroniques et Simen Eifring (SPURV) apporte les couleurs discrètes de son trombone.
Si l'on peut parfois se heurter à un certain hermétisme musical et à un manque de fluidité dans l'enchaînement des idées, la conception de la tracklist n'aide pas davantage à clarifier le propos. Le cœur de l'album repose sur Simulacra, Belligerence et Ultima Esperanza, trois compositions elles-mêmes divisées en plusieurs parties, auxquelles viennent s'ajouter trois morceaux indépendants ainsi qu'une introduction et une conclusion.
Ce trop-plein d'informations finit par desservir le disque, surtout lorsqu'il cherche à innover et à se réinventer. On sent que le projet est en pleine reconstruction et que cette réécriture se veut profondément exploratoire. D'ailleurs, l'album s'ouvre et se referme sur des coordonnées géographiques. Si les premières désignent un point de départ évident, les locaux de Pelagic Records à Berlin, les secondes conduisent quelque part à l'extrémité du Chili, laissant une part de mystère et d'interprétation.
Face à ce tourbillon d'interrogations et d'analyses, on finit par se réfugier dans ce que THE OCEAN maîtrise le mieux : les passages les plus directs, les plus frontaux et les plus lourds. Belligerence Part I et Part II constituent ainsi les sommets de l'album. Une conclusion presque paradoxale tant le reste du disque semble précisément chercher à s'éloigner de cette forme de dureté qui a longtemps fait la force du groupe.
Ultima Esperanza Part I aurait pu compléter cette appréciation mais clairement le titre est carrément en manque d’inspiration pour arriver à ce hisser au-dessus de la mêlée.
À l'image de son sujet, Solaris est un album qui explore davantage qu'il n'affirme. Entre fascination et frustration, THE OCEAN s'engage sur un territoire nouveau dont les contours demeurent encore flous. Si le groupe semble parfois se perdre dans l'immensité de ses ambitions, cette errance fait aussi partie intégrante du voyage. Une chose est certaine : Solaris ne laisse jamais l'auditrice·teur indifférent·e, même lorsqu’on peine encore à savoir ce qu’il faut en penser réellement.
Tangerine Dream

Hypno5e
Crippled Black Phoenix
Playgrounded
Spurv