Iron Maiden, c'est LE leader incontesté et incontestable du mouvement heavy metal. Créé en 1976 sous la houlette du bassiste Steve Harris, le groupe comptabilise à ce jour pas moins de 15 albums studio.
Le groupe s'est démarqué des autres formations grâce à sa loyauté. Car même si la machine est bien rodée grâce au charisme de sa mascotte Eddie présente sur chacune des pochettes du groupe, les Britanniques n'ont jamais cédé à l'envie mercantile d'atteindre un aussi large public que les Metallica ou autre Guns 'n Roses, champions de la perversion pour une poignée de dollars.
Non, Iron Maiden est, sans aucun doute, le dernier groupe de rock encore en vie comme l'a très bien titré la revue Rock n' Folk en une de son dernier magazine...
Pour la sortie de son 15e album studio, The Final Frontier, Iron Maiden n'a rien laissé au hasard. Les Anglais sont revenus au Compass Studio de Nassau dans les Bahamas, là précisément où ils avaient enregistré les légendaires albums que sont devenus Piece Of Mind ou Powerslave. Ils se sont, à nouveau, attachés les services de Kevin Shirley qui est devenu, au fil du temps, le producteur attitré du groupe après Martin Birch.
C'est que Maiden n'a jamais filé à l'anglaise et s'est toujours montré aussi fidèle dans sa musique que vis-à-vis de ses fans. Et pourtant, ce Final Frontier parvient à rompre avec les bonnes vieilles habitudes du passé tout en ne dénaturant pas complètement l'identité maidenienne.
En effet, plutôt que de surfer, à nouveau, sur la vague classique du heavy metal traditionnel, les six musiciens ont, cette fois, privilégié l'aspect mélodieux et harmonique de leur musique. Attention, n'en tirez pas la conclusion hâtive qu'Iron Maiden a perdu de sa puissance. Ce serait une grossière erreur.
The Final Frontier recèle dix brûlots d'une remarquable efficacité mais plusieurs écoutes seront nécessaires pour en percevoir leur subtilité.
"Satellite 15... The Final Frontier" ouvre le bal avec une intro futuriste qu'Adrian Smith avait composée dans les années 90 avec son groupe a.s.a.p. qu'il avait lancé lors de son départ d'Iron Maiden. La suite ne manque pas de caractère...
Le single "El Dorado" arrive ensuite et montre un Bruce Dickinson particulièrement en verve. Le chanteur n'hésite pas à monter dans les aigus et à pousser sa voix à un niveau que seul lui peut atteindre. A l'heure actuelle, il est tout bonnement incroyable d'entendre un chanteur de heavy metal conserver un tel timbre de voix à 52 ans, après plus de trente ans d'activité sur une scène aussi exigente que celle-là...
Cette impression est encore renforcée sur "The Talisman" ou sur "When The Wild Wind Blows", véritable bijou de 11 minutes qui ponctue l'oeuvre. Car si l'album ne compte que dix titres, la durée de la plupart de ceux-ci dépasse allègrement les six minutes.
Les textes sont, eux aussi, beaucoup plus recherchés et les références la littérature philosophique anglaise sont très nombreuses. Mais cette approche se fait un peu au détriment du côté "catchy" des compositions qui ont naguère fait la gloire d'Iron Maiden.
Et s'il y a un seul reproche à formuler, c'est au niveau des guitares qu'il faut le faire. Oui, elles sont toujours aussi belles et très harmoniques. On pense aux intros de "Isle Of Furlon" ou aux breaks typiquement maideniens de "The Talisman". Malheureusement, les riffs carrés pourtant présents sur l'excellent "Coming Home", se font trop rares et leur son est plutôt étouffé sur l'ensemble de l'album. Ce qui peut paraître assez inouï quand on sait que la Vierge de Fer compte en ses rangs trois guitaristes de grande qualité. Mais tant Adrian Smith, que Dave Murray ou Janick Gers ont plutôt privilégié les lignes harmoniques au détriment du bon gros son de leur distorsion.
La section rythmique, pour sa part, ne manque pas d'arguments. Nicko McBrain frappe ses fûts comme jamais. Et les gimmicks de Steve Harris déroulent telle une avalanche au sommet du Mont Blanc. On ne s'étonnera, dès lors pas, d'entendre régulièrement le mix de la basse au même niveau que les ...trois guitares. Steve Harris is the boss et cela s'entend...
C'est sans doute pour cette raison que les plus anciens fans risquent d'être quelque peu déroutés par cette orientation musicale qui se veut beaucoup plus fine, plus recherchée et un peu moins spontanée que par le passé.
C'est aussi sans doute pour cela qu'il leur faudra plusieurs écoutes avant d'apprivoiser, de dompter puis de vénérer The Final Frontier, un album qui s'avère être, au final, une des oeuvres les plus abouties du groupe sur le plan de la performance musicale...
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