Pour son troisième album, les Belges n'ont pas fondamentalement changé la formule. KEIKI propose toujours autant une variation Pop étrange et minimaliste qui frise avec la Noise fragile. Toutefois, malgré l'évocation légère du Popcorn, ce deuxième album résonne avec plus de sérieux que son prédécesseur. On pourrait même le qualifier de sombre et dépressif.
Côté composants, KEIKI conserve l'utilisation de ses instruments fétiches : guitare, programmation, basse à l'occasion et thérémine. Le duo s'est toutefois fait aidé et n'a pas hésité à appeler en renfort ses deux mentors. Eugène Robinson (OXBOW) vient poser sa voix sur The Killing Cure et Pete Simonelli (ENABLERS) sur Full Body Wolf.
Cette orientation moins bricolée est également audible dans une programmation plus étoffée. On n'échappe pas au son de la boîte à rythmes, contribution volontairement identitaire au duo, mais les sonorités annexes sont quant à elles plus modernes et technologiques.
Cette évolution peut s'interpréter comme une maturation. Un accès à un âge moins enfantin et plus adulte. Mais il déroute sur les premières écoutes lorsque l'on connait l'album précédent. Ce ressenti cafardeux met mal à l'aise aussi. Et là où KEIKI amusait par son décalage, il suscite maintenant des émotions bien tangibles. L'heure serait moins à la dérision et à l'insouciance.
Attention toutefois que KEIKI aime se jouer des apparences. On savait déjà que derrière cet simplicité extérieure se cachait des agencements calibrés. Façonnés dans la réflexion plutôt que dans l'évidence. Le ton quant à lui peut également se révéler trompeur. On peut d'ailleurs faire confiance à Eugène et Pete pour déceler en nos deux compatriotes l'espièglerie.
Ce détournement incontestable, un brin abracadabrant porte un nom : la perversité. Dans son sens étymologique, celui de la falsification et de la corruption plutôt que son sens usuel, qui tend à faire du mal pour en retirer du plaisir. Le plaisir justement, si on le doit à la malice de KEIKI, il n'est pas exclusivement réservé au duo. Accessible à tout qui voudra bien s'investir au-delà des faux-semblants présentés.
En conséquence Popcorn From The Grave possède plusieurs degrés de lecture brouillant agréablement les sens. Un constat synonyme de maturation et d'affinage de son univers. Un accroissement de sa crédibilité en somme pour ceux qui n'auraient vu en KEIKI qu'un groupe de fortune.
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