Si d'un jeune groupe, on attend rarement quelque chose d'un album éponyme qui arrive en début de carrière puisque l'on ne le connait pas encore, le pari de Dream Theater, dont la musique est sans cesse décortiquée par de nombreux fans à travers le monde, pourrait s'avérer dangereux. En effet, n'est-on pas tenté d'attendre encore plus de ce douzième effort vu qu'il porte le nom d'un des groupes les plus adulés de la planète metal?
D'autre part, le groupe n'aurait-il pas souhaité donner un symbole fort en sortant à cet instant un album éponyme? Trois ans après le départ de Mike Portnoy à la suite d'un différent entre les membres du combo concernant une possible pause du groupe, Dream Theater se devait peut-être de remettre l'église au milieu du village.
Toujours est-il que ce deuxième album à paraître sans le mythique batteur et formateur du groupe derrière les fûts était sans doute l'un des plus attendus par les fans du combo new yorkais.
S'il y a deux ans le groupe sortait A dramatic Turn of Events avec Mike Mangini à la batterie, cet album éponyme est le premier sur lequel le nouveau cogneur du groupe a pu participer à la composition. En effet, sur l'album précédent, c'était John Petrucci himself qui s'était chargé de programmer les parties de batterie.
Si on laissera le soin aux fans les plus pointus de la cylindrée progressive de décortiquer cet album dans tous les sens, un constat s'impose cependant dès les premières notes: Dream Theater laisse ici la part belle aux instruments et notamment à la batterie. Que celles et ceux qui s'attendent à une nouvelle aventure de la part du combo emmené par son guitariste de génie, John Petrucci, ravalent immédiatement leur salive. Ici Dream Theater nous propose en quelque sorte un résumé de sa carrière et n'insère pas vraiment de nouveauté dans sa musique comme ce fût le cas précédemment.
Fait marquant de l'album, le groupe s'atèle à l’exercice purement instrumental pour la première fois depuis la sortie de l'album Train of Thought en 2003. "Enigma Machine", le quatrième morceau de l'album, renvoie James LaBrie en coulisse et laisse le reste du groupe s'exprimer à travers de folles envolées. Un pur moment de nostalgie et de haute voltige qui ravira sans nul doute les fans spécialistes du décorticage musical.
LaBrie, que l'on retrouve directement après sur "The Bigger Picture", la ballade à l'eau de rose de l'album, reste pour sa part fidèle à lui-même. Son chant, s'il était plus perçant dans le passé, reste bien évidemment correct, mais nous laisse dubitatif tant on aurait aimé l'avoir un peu plus en avant.
Si le milieu de l'album en laissera plus d'un sur le côté, le Dream Theater plus complexe que beaucoup recherchent, tel le graal que recherchait Lancelot, revient en fin d'album avec deux titres qui (re)capteront l'attention des auditeurs.
"Illumination Theory", le neuvième et dernier morceau du disque, qui dure près de 25 minutes, résume à lui tout seul les 28 ans de carrière du groupe. Si sur l'ensemble de l'album la batterie occupe une place importante, ce dernier titre laisse s’exprimer tous les musiciens. On y retrouvera un John Petrucci plus présent et plus accrocheur, un LaBrie repoussant un peu plus sur ses cordes vocales et surtout un Jordan Rudess au sommet de son art derrière ses claviers.
Dream Theater, l'album, ressemble donc à un condensé de la carrière du groupe. Comme d'habitude Dream Theater, le groupe, animera les discussions sur les forums des fan clubs, mais il est une chose qui est sûre après quelques écoutes de ce nouvel album: Dream Theater, malgré le fait de vouloir garder le rythme effréné d'une sortie tous les deux ans, remet ici les points sur les i et semble avoir définitivement clôt l’épisode Mike Portnoy.
Dream Theater