Après la reformation de 2012 - plutôt inattendue après les nombreuses déclarations à base de « jamais » de Lyxzén et compagnie - qui vit le groupe participer à de nombreux festivals et assurer quelques dates en club, Refused s’est finalement attaqué à l’écriture de nouvelles chansons, résultant en ce Freedom. Un album qui contient des traces de ce qui avait rendu The Shape of Punk to Come si mythique, mais aussi un album qui semble vouloir démanteler la légende construite durant la longue absence du groupe.
En ouverture, Freedom fait un pas en avant avec ce morceau (Elektra) au riffing limite prog-rock, parcouru par un Lyxzén rajeuni qui hurle comme il y a vingt ans – bref un contenu qui ressemble à ce que pouvait être effectivement la prochaine étape pour Refused. Un pas en avant donc... mais aussi un pas en arrière quand Dawkins Christ emprunte allègrement la structure du hit ultime du groupe (New Noise) avec ses guitares haletantes et son roulement de batterie qui culmine jusqu’à une délivrance, où Lyxzén fait face à son passé. Durant cet album, il semble d’ailleurs en payer un lourd tribut, certaines chansons allant jusqu’à sonner davantage comme The (International) Noise Conspiracy : War On The Palaces et ses riffs 70s notamment, assez éloignées du Refused attendu.
En fait, Freedom ne semble jamais vraiment choisir sa direction, sans que l’on puisse dire si c’est bien ou mal. Frais et convainquant quand le groupe picore dans son passé Hardcore (le relativement enlevé 366), le résultat vacille quand Refused s’essaie à sonner moderne, à l’aide d’une prod lisse et sonique.
Ainsi, Françafrique pousse le groupe à la faute – le produit typique de ce que les fans pouvaient légitimement craindre lors de l’annonce de ce nouvel album : un slogan vide de sens, une tambouille rock, un désastre. De même, Old Friends / New War essaie de s’abreuver à plusieurs sources, entre vocaux trafiqués et tambouille folk, sans vraiment réussir. Même sur le plutôt direct Destroy The Man Refused fatigue avec ses samples trop nombreux qui ne servent pas le morceau, bien au contraire.
Freedom – ce titre bien choisi... Lyxzén le déclare clairement, il n’a aucunement l’intention d’assouvir les attentes de quiconque. Ainsi, Refused s’étend créativement parlant au risque de contrer certaines des forces qui l’avaient rendu si spécial il y a deux décennies. Qu’on le veuille ou non, le Refused ancien, et sa légende, est mort (Refused is fucking dead). Est-ce que ça en valait la peine ? C’est le groupe qui en décidera.

hardcore, Sweden, Dennis Lyxzén, Nick Launay
