Dès son intro, You Will Never Be One of Us fait évidemment honneur à son héritage et décape sec. Todd Jones (guitare, chant) a un peu rangé sa râpe hurlante au profit d’un growl ravalé et vicieux, lui permettant de se montrer encore plus en colère que sur Abandon All Life. Comme quoi c’était possible. Le riffing entre Jones et John Gianelli (basse) est assez mortel, à la fois suffisamment serré et suffisamment relâché pour rester groovy et humain, surtout ainsi mis en rythme par la batterie meurtrière de Taylor Young.
Une entame brutale et réussie mais qui cache un sentiment plus mitigé à mesure que s’écoule l’album. Young a déclaré par le passé (merci le dossier de presse...) qu’il était capable de s’enfiler une chanson de 11 minutes juste pour cet unique riff bon à s’en taper le cul par terre, et que Nails rechercherait ce type de riffs pour You Will Never Be One of Us. Une approche au bénéfice de l’album, mais qui quelque part cause aussi sa perte. Alors qu’Abandon all Life savait accumuler ces riffs renversants et créer des moments explosifs tendant à la pure créativité, les chansons de cet album s’avèrent assez interchangeables, avec quelques exceptions comme ce final éléphantesque de 8 minutes (They Come Crawling Back) ou le breakdown insensé de Savage Intolerance. Autrement, le manque de moments véritablement épiques se fait clairement ressentir.
On pourrait parler de la superbe prod de Kurt Ballou, mais le Powerviolence réclame-t-il nécessairement autant d’espace ? Nails a besoin de moments forts, de points culminants. Trop de breakdown tue le breakdown. Impossible de mettre en cause la sincérité et le niveau de rage enfanté par You Will Never Be One of Us. Nails n’a réalisé aucun compromis et les fans du groupe seront sûrement ravis de cet album, mais il n’atteint aucunement la suprématie que certains voudraient lui conférer.

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