Le groupe de Kharkiv commence tous ses albums par un étrange son de corne de brume, et Verity n'échappe donc pas à ce gimmick que certains fans surnomment, avec tout le raffinement qu'on peut attendre de la scène black/pagan, ''The elephant's fart''. Je laisse l'auditeur juger de la pertinence de cette métaphore. Reste que si j'ai toujours eu du mal avec les longues intro', je trouve que celle-ci prépare efficacement le terrain pour Molfa, qui nous berce de son violon balkanique avant que Knjaz Varggoth ne hurle le signal des hostilités. Le morceau alterne entre d'efficaces riffs guerriers et des passages aériens enrichis de très beaux chœurs, qui constituent d'ailleurs une des grandes particularités de l'ensemble de l'album. Nokturnal Mortum enchaine ensuite avec un With Chort in My Bosom, taillé pour provoquer chez l'auditeur une véritable transe païenne, et nul doute que le refrain, enrichi d'un air de flûte, sera repris en chœur (et en ukrainien !) par la totalité du public lors des prochains concerts. Le chant de cosaque fou de Varggoth nous met en transe avant la bataille, comme il l'avait déjà si bien fait sur The Voice of Steel avec le titre Oukraïna . Spruce Elder nous incite ensuite à un certain recueillement en évoquant la sagesse ancienne enfouie dans les forêts impénétrables et les traîtres marais. A ce premier morceau contemplatif succède Song of the Snowstorm, qui combine une instrumentalisation calme avec un chant sans pitié, comme pour nous rappeler que derrière la beauté de l'hiver se cache un danger redoutable pour le voyageur égaré. Ces deux morceaux prouvent que Nokturnal Mortum est capable de s'inspirer du black atmosphérique tout en transcendant le genre avec un succès certain. Des hurlements de loups marquent une très belle transition vers Wolfish Berries, qui, avec son chant de gorge, prend une sonorité plus steppique que slave. Cette influence orientale inattendue, et bienvenue, en fait pour moi l'un des morceaux emblématiques de l'album, bien que Wild Weregild est un autre candidat sérieux à ce titre, avec ses chœurs païens qui rappellent les chansons les plus accrocheuses d'Arkona. Je trouve que Verity perd un peu en intensité sur la fin, mais il faut quand même souligner que Nokturnal Mortum est un des rares groupes qui arrive à me faire écouter d'une traite des albums longs de plus d'une heure ! Les Ukrainiens s'approprient d'ailleurs avec succès Lira, une reprise de leurs compatriotes du groupe de rock gothique Komu Vnyz, dont je n'avais jamais entendu parler, et qui mérite bien qu'on lui prête une oreille. Le final Night of the Gods termine l’œuvre sur un joli moment contemplatif, même si cette fois, le chœur me plait beaucoup moins.

De ce côté du Dniepr, la majorité des fans de Nokturnal Mortum a probablement découvert le groupe avec The Voice of Steel, un album inoubliable auquel Verity sera inévitablement comparé. Et bien je crois que leurs attentes seront comblées: ce nouvel opus est fidèle à l'esprit du précédent, tout en proposant des sonorités moins mythologiques mais plutôt folkloriques, dans le bon sens du terme, ce qui donne à Verity, un peu paradoxalement, une saveur plus slave. Les véritables instruments traditionnels utilisés par le groupe y sont pour beaucoup, et on se surprend à espérer que Nokturnal Mortum arrivera à les amener sur scène. Une tâche ardue, à moins, on peut rêver, de faire tourner un super-band en collaboration avec un bon groupe de folk/medieval tel que Faun!

Nokturnal Mortum, Black Metal, Pagan Metal, Ukraine

