Chronique

THALASSA
Bonds Of Prosperity

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Sige Records

4 titres - 50 minutes
Sorti le 19-05-2017


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Lundi 19 juin 2017

En 1924, Sandor Ferenczi, l'un des élèves les plus doués de Freud, fit paraître Thalassa : Psychanalyse des origines de la vie sexuelle, ouvrage dans lequel il postule que le activités biologiques les plus primitives assurées par l'être humain (sommeil, sexualité) n'auraient d'autre but que de simuler un retour vers une position intra-utérine originelle. Le cocon fœtal, siège immémorial de l'impavide apaisement silencieux, Paradis perdu jamais connu, pour toujours dilacéré par le traumatisme de la naissance. L'utérus, lieu universel de tous les non-nés, serait l'inexpugnable fantasme de tous les vivants. Nul humain n'ayant le moindre souvenir de sa vie intra-utérine, la science, faisant montre de la plus grande des commisérations, vole à notre secours pour inspirer un peu cette reptilienne envie : le fœtus, noyé dans son liquide amniotique, développe progressivement ses sens et particulièrement l’ouïe. Ses tympans sont fixés dès le sixième mois de la grossesse mais, dès avant, il se montre capable d'entendre grâce à son oreille interne. Mais que diable entend-il ? Que diable avons-nous entendu ? Claquemurés ainsi dans cette poche visqueuse, plongés dans ce pellucide liquide biologique qui nourrit sans étouffer ; qui protège sans noyer... S'efface la science, place à la musique !
Lorsque Aaron Turner (Sumac, Mamiffer, Old Man Gloom, House Of Low Culture), l'homme capable de produire de l'art en soufflant dans un macaroni cru, en frottant un gressin sur une rappe à fromage ou en faisant tourner un hand spinner sur une fine feuille de papier aluminium, s'associe à son ami William Fowler Collins, auteur du bien nommé Tenebroso en 2012, c'est la naissance de Thalassa (le groupe) ; leur premier rejeton se prénomme Bonds Of Prosperity... et l'artwork est signé Faith Coloccia (tiens, tiens...).
Quatre longs titres de sombre ambient expérimental pour autant de phases de découvertes sonores vécues par « nous avant nous » dans l'océan primitif. Le « very soft noise wall » de la première partie de Pitted Aegis ou l'installation, abrasive et contestée, dans le cocon utérin. Puis le silence avant l'ambient léger du bonheur sans épreuve ni angoisse. La longue consomption de Secular Pyres renverse les valeurs ; l'étirement infini des guitares fait tournoyer sourdement les moteurs digestifs de l'organisme contenant. Angoisse. Mais la corrosion s'éternise (Face Obscure) dans un gigantesque vortex de contradictions sonores, ambient – noisy, qui viennent gratter, écorcher les frêles tympans tremblants. Tout cela finira. Revolting Corpus, séance introspective et répétitive de la conscience d'une partie congrue de soi-même lorsque la découverte de sa propre musicalité arrive trop tard... silence brutal de la naissance. Et Thalassa d'inventer un langage musical vernaculaire d'avant le langage.
Pour les fans des nombreuses digressions guitaristiques improvisées d'Aaron Turner sur scène, surtout avec Mamiffer, et pour tous les curieux de la musique anagogique. Brillant.
What are you triying to tell me ? This is not metal ! Who cares ? This is much more than metal ; this is Aaron Turner's music...


Tags : Ambient, expérimental
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