Chronique

WHITE SUNS
Psychic Drift

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The Flenser

4 titres - 40min
Sorti le 16-06-2017


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Dimanche 16 juillet 2017

Cela fait bien longtemps maintenant que l'univers de la création sonore est divisé en deux. D'un côté, la musique harmonieuse, esthétiquement évidente et agréable pour l'oreille, qui peut s'apprécier simplement et ne nécessite parfois qu'une distraite audition pour livrer toute sa « beauté ». De l'autre, l'ensemble des expérimentations réalisées autour et dans les bruits ; autour et dans les effets qui les imitent ; autour et dans les détournements d'instruments et de machines qui en réalisent l'émission. Ces expériences ont opéré une authentique rétroversion de l'objet sonore, désormais voué non plus à la recherche harmonique mais à la réalisation d' « épreuves auditives » qui, reproduisant les « bruits » de l'univers, des plus inaudibles aux plus violents, placent le public volontaire dans l'obligation d'écouter, d'appréhender et de se réapproprier ces sons pour les transformer symboliquement au gré de ses capacités et de son background personnel. La noise-drone proposée par White Suns, duo new-yorkais, s'inscrit dans cette ambitieuse démarche depuis ses débuts en 2006.
Leur quatrième LP, Psychic Drift continue de déstructurer les sons et de les « désharmoniser » jusque dans leurs parties les plus congrues, donnant ainsi une suite plus désincarnée encore (absence de guitare et de batterie) au divin Totem sorti en 2014. En quatre longues plages d'une expérimentation acoustique invitant la crispation physique aux confins des dilatations psychiques les plus insoupçonnées, White Suns interroge perpétuellement l'auditeur quant à ses capacités ; capacités à accepter ; capacités à questionner ; capacités à comprendre et surtout à transfigurer ces « dérives psychiques » annoncées par le titre et l'artwork de l'album...
L'anxiété, la dépression et l'inquiétude sont ces « écarts » instillés par les longs tapis électro-drone de Korea, long titre d'ouverture accrochant progressivement les sons électroniques étirés, triturés et totalement saturés aux modulations acoustiques extrêmes qui évoquent les recherches de la fréquence psychique. Les vocaux trouvent lentement leur place dans ce chaos ordonné ; Kevin Barry les récite d'abord, avant de devoir les hurler (à partir de la onzième minute) pour passer au-dessus des bruits industriels férocement sales. Presque quinze minutes d'un cerveau en proie à la divergence (« Wandering under a foreign highway... The static roar of cars overhead is an abyss my mind must avoid »), perdu (« No one knows I am gone ») et pourtant en quête d'un « autrement » apaisé (« I can't sleep with all this trash »). Les recherches continuent sur Pilgrim, lieu sonore où se superposent de façon plus mécanique, drone, indus et harsh-noise, mais la dérive est grande : « Washed up on the shore of civilization... I have brought nothing to an empty place. »

La violence électroacoustique saturée de Year Without Summer et de Medecine Walk invite à plus d'audace. Dana Matthiessen multiplie les diffractions tandis que Kevin Barry supplie (« Lay your head down in a hole in the ground »), mais les lignes de tension demeurent vives ; il s'agit d'éprouver sa conscience et de faire preuve d'attention (« An old disfigured tree sprouts new buds, with my hands I read its lines and swells, it speaks of the body and transferred energy. I am listening. ») Il faudra néanmoins se résigner. L'on ne s'écarte pas impunément des longues lignes droites tracées par la conscience : « My voice dies ten feet from my mouth. A predator form enters my gaze. It knows my name. » L'autre moi va reprendre la main pour enfouir profondément ces « méta-chimiques » aventures divergentes. Il ne reste plus qu'à remercier White Suns de nous avoir révélé cet autre chemin et de nous avoir fait confiance.
Une géniale urgence !


Tags : Noise-drone.
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AUTEUR : Pascal
Liégeois de naissance, il connaît le Carré comme sa poche; c'est pourtant à Bruxelles qu'il subit le choc primal en assistant au concert de la tou...
Liégeois de naissance, il connaît le Carré comme sa poche; c'est pourtant à Bruxelles qu'il subit le choc primal en assistant au concert de la tournée ''...and justice for all'' de qui vous savez. Depuis, passionné de métal extrême mais aussi de jazz et classique d'avant garde, il continue inlassablement de découvrir des groupes et projets...
Liégeois de naissance, il connaît le Carré comme sa poche; c'est pourtant à Bruxelles qu'il subit le choc primal en assistant au concert de la tournée ''...and justice for all'' de qui vous savez. Depuis, passionné de métal extrême mais aussi de jazz et classique d'avant garde, il continue inlassablement de découvrir des groupes et projets divers qui lui déstabilisent les neurones. Infatigable bouquinocinéphile, son épigramme serait: ''Ce qui vient ...
Liégeois de naissance, il connaît le Carré comme sa poche; c'est pourtant à Bruxelles qu'il subit le choc primal en assistant au concert de la tournée ''...and justice for all'' de qui vous savez. Depuis, passionné de métal extrême mais aussi de jazz et classique d'avant garde, il continue inlassablement de découvrir des groupes et projets divers qui lui déstabilisent les neurones. Infatigable bouquinocinéphile, son épigramme serait: ''Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards, ni patience'' (René Char). ...
Liégeois de naissance, il connaît le Carré comme sa poche; c'est pourtant à Bruxelles qu'il subit le choc primal en assistant au concert de la tournée ''...and justice for all'' de qui vous savez. Depuis, passionné de métal extrême mais aussi de jazz et classique d'avant garde, il continue inlassablement de découvrir des groupes et projets divers qui lui déstabilisent les neurones. Infatigable bouquinocinéphile, son épigramme serait: ''Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards, ni patience'' (René Char). ...

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