Chronique

NOVELISTS
Noir

image
Arising Empire

12 titres - 52 minutes
Sorti le 08-09-2017


image
Jeudi 28 septembre 2017

Parfois, dans un webzine, les rédacteurs communiquent entre eux. Parfois, c’est constructif et productif. Des échanges d’idées où la créativité et l’inspiration explosent pour une vision de notre monde à la fois plus juste et plus épanouissante pour chacun. Mais c’est rare. En général, il s’agit plutôt de se répartir les différents albums à chroniquer, histoire qu’on ne planche pas sur une chro que le collègue va publier juste avant nous. C’est dans ce contexte que s’inscrit cette conversation d’anthologie entre Jean-Bernard (prénom d’emprunt), éminent rédacteur, et moi-même. Là, on rentre dans le vif du sujet avec Jean-Bernard qui se porte volontaire pour chroniquer deux sorties récentes.


- JB : Je suis preneur sur Comeback Kid et Novelists :)
- E : Tiens, t’en penses quoi du Novelists ?
- JB : J’avais écouté il y a genre 2 ans, puis j’ai pas trop suivi et là je constate les changements. Ils ont déjà bien monté vu les tournées, mais honnêtement pour moi ils parviennent mieux à se démarquer maintenant ! Après j’aurais poussé plus loin les coupures entre chant clair et scream quand même ! Les instrus sont pas trop mal à première vue, mais le chant aurait clairement pu mettre être plus poussé pour donner du peps.
- E : J’ai envie d’écrire un truc sur le Novelists aussi, ce serait bien qu’on fasse un truc ensemble… faut juste que je réfléchisse à une bonne façon de le faire !
- JB : Effectivement ça serait sympa ! Moi je suis assez partagé dessus au final, c’est très, voir trop, travaillé en studio et samplé et j’ai pas trop compris le délire de faire du djent de ballade…
- E: Quand tu dis que le chant aurait pu être poussé, tu voulais parler des screams ?
- JB : Oui, ils auraient pu alterner un peu plus ou voir carrément mélanger stream et chant clair, voir mettre le stream en back du chant clair. Là, l’album devient un peu « long » par moment :/



Il a raison Jean-Bernard ; ce nouveau Novelists commence calme, très calme même . L'Appel du Vide, le morceau qui ouvre ce nouvel opus, débute sur une arpège de guitare aux aspects légèrement aérien. La musique, rapidement complétée par les autres instruments, se montre musclée tout en évitant le standard du metalcore ou du djent - sans trop vouloir y mettre d'étiquette, on s'orienterait même plutôt vers du math-rock sur certains aspects. De toute évidence, Novelists a aujourd’hui choisi de jouer la carte de la mélodie. La voix de Matteo Gelsomino se montre très juste dès ses premières apparitions. Elle l’a toujours été, d’ailleurs. Posée avec sobriété, elle ne tombe pas, comme trop souvent dans le style, dans des dérives d’hyper-technicité sirupeuses et écoeurantes : voix soufflées, tremolos, vibratos, gerbatos. Non. Le chant est posé, la voix est douce est maîtrisée.

Il aurait pourtant été facile de tomber dans le piège sur Monochrome. Le morceau a de quoi décontenancer de prime abord : Novelists aborde ici une approche musicale beaucoup plus douce que ce qu’on connaissait d’eux jusqu’à présent. Soyons clairs : Monochrome prend le rôle de ballade de l’album. Et pour prouver qu’ils assument à 100% leur démarche, Novelists y ajoute un instrument auquel on n’est pas vraiment familiers dans notre famille musicale : le saxophone (par le Tennesséen John Heinrich). En soutien sur les parties instrumentales, il apporte une sensation de nostalgie et d’apaisement difficile descriptible. Il y a quelque chose de « post » dans cette approche. Post-djent ? On donne souvent le préfixe « post » à un style lorsqu’on en a fait le tour et qu’il se doit d’être réinventé. Est-ce le cas ici ? Est-ce la mission que s’est fixée Novelists en abordant Noir de cette façon ?

What The Fuck ? Des voix claires omniprésentes (on a juste eu à cinq ou six cris en backing sur l’Appel du Vide), une musique calme, mais c’est Souvenirs en pire alors ? Je dis ça parce que je n’aimais pas Souvenirs. J’ai toujours été frustré par la façon dont le groupe arrivait en puissance, gros metalcore bien carré et technique, grosse voix screamée, puis cassait complètement l’ambiance avec les clean vocals. Sur les morceaux plus agressifs, j’ai toujours trouvé que leur musique manquait de relief et de chaleur. Alors pourquoi suis-je toujours en train d’écouter Noir, tel que je le fais presque en boucle depuis une quinzaine de jours ? Eh bien parce que la tendance est inversée. Novelists prend ici une identité toute autre : le Novelists 2017 est un groupe de djent progressif dont la musique se laisse gonfler par des cris aux moments opportuns. Tu vois différence ? Tout est une question de contexte : quand tu bois une gorgée de bière, tu auras forcément une surprise désagréable si quelqu’un a remplacé le contenu de ta bouteille par du vin… même si tu adores le vin.

Le groupe garde quand même l’identité qu’on lui connaissait avec une approche plus agressive et sombre sur Les Nuits Noires et Grey Souls. Les refrains en voix claires, pourtant devenus une source de pièges fatals pour nombre de groupes du style, passent crème. Pourquoi ? Parce que le groupe fait preuve ici d’un songwriting absolument imparable pour les lignes de chant. La construction de Grey Souls, malgré un pre-refrain très basique, en fait un des meilleurs morceaux de l’album.

The Light The Fire est un autre morceau-phare de Noir. Le groupe nous y offre un groove qui se transforme en véritable bouffée d'oxygène. Le refrain met en évidence un élément-clef qui de la digestibilité de cet album : le mixage plaçant la voix légèrement en retrait pour mettre l'accent sur les autres instruments. Je précise les ''autres'' instruments car avec cette approche, la voix de Mattéo Gelsomino est clairement utilisée comme instrument ce qui confère à ce moment, ainsi qu'à ceux clôtureront l'album, une dimension de nouveau très aérien.

Joie de Vivre parviendra quand même à me faire décrocher de l'album. Le morceau joue à fond la carte de la mélodie avec en guest vocals Zachary Britt (Dream On, Dreamer) et Jesse Cash (Erra). La voix de ce dernier, aux accents de Kellin Quinn (Sleeping With Sirens) pousse un cran trop loin jusqu'à donner un côté cheesy à cet album qui n'avait pas failli jusqu'à maintenant. Qu’à cela ne tienne, un seul faux pas (qui n’en est sans doute un qu’à mes yeux, car un faux pas pour moi peut être un coup de génie pour toi) sur un album c’est une performance plutôt admirable.

Avec une approche mature et assumée, le concept-album Noir touche définitivement au but et me laissera clairement plus de souvenirs que l'album du même nom. Avec une identité musicale qui leur est propre, les Français de Novelists confirment leur statut par un album qui surpasse allègrement la qualité de son prédécesseur. Mais n’oublions pas la nuance, d’ailleurs il en pense quoi Jean-Bernard ?


- E: Mais pour terminer avec le Novelists Jean-Bernard, tu préférais le premier alors ?
- JB : Justement je ne sais pas trop, un mix des 2 serait top en fait !





Tags : djent melodic france
TU AS AIME ? PARTAGE !
Google +
Twitter
Facebook
Whatsapp
E-mail
E-mail
Google +
Twitter
Facebook
3
AUTEUR : Erik
Rescapé de la scène hardcore underground de la fin des années 90, Erik a lancé Shoot Me Again en 2004 avec Julien, un autre gamin hyperactif de l'...
Rescapé de la scène hardcore underground de la fin des années 90, Erik a lancé Shoot Me Again en 2004 avec Julien, un autre gamin hyperactif de l'époque. Ecumant à eux deux les salles les plus improbables lors du lancement de ce webzine, ils se sont rapidement entourés d'autres camarades de jeu pour renforcer l'équipe. Aujourd'hui concentr...
Rescapé de la scène hardcore underground de la fin des années 90, Erik a lancé Shoot Me Again en 2004 avec Julien, un autre gamin hyperactif de l'époque. Ecumant à eux deux les salles les plus improbables lors du lancement de ce webzine, ils se sont rapidement entourés d'autres camarades de jeu pour renforcer l'équipe. Aujourd'hui concentré sur le développement du site, il est moins présent sur le front. ...
Rescapé de la scène hardcore underground de la fin des années 90, Erik a lancé Shoot Me Again en 2004 avec Julien, un autre gamin hyperactif de l'époque. Ecumant à eux deux les salles les plus improbables lors du lancement de ce webzine, ils se sont rapidement entourés d'autres camarades de jeu pour renforcer l'équipe. Aujourd'hui concentré sur le développement du site, il est moins présent sur le front. ...
Rescapé de la scène hardcore underground de la fin des années 90, Erik a lancé Shoot Me Again en 2004 avec Julien, un autre gamin hyperactif de l'époque. Ecumant à eux deux les salles les plus improbables lors du lancement de ce webzine, ils se sont rapidement entourés d'autres camarades de jeu pour renforcer l'équipe. Aujourd'hui concentré sur le développement du site, il est moins présent sur le front. ...

► COMMENTAIRES

Tu dois être connecté pour pouvoir commenter !

Soit en deux clics via Facebook :

image

Soit via l'inscription classique (mais efficace) :

image

► A VOIR ENSUITE