Mixé par Julius Mauranen, et enregistré juste après Syntheosis (2019) (sous Waste of Space Orchestra, en collaboration avec Dark Buddha Rising), Mestarin Kynsi (2020) se veut un peu plus « électronique », avec une utilisation appuyée de samples et de nappes aux synthétiseurs.
Selon Jun-His (guitare, chant), que le groupe aurait voulu faire un album moins « frontal », un peu plus éloigné du black métal épuré.
Le résultat est aérien, incisif, comme un trip au milieu de nos entrailles.
L'album commence en douceur avec Ilmestys : La guitare instaure dès le début de la piste la signature de l'album. S'ensuit l'envolée psychédélique tant attendue, Oranssi Pazuzu est définitivement de retour, et ça fait du bien. Nous nous laissons volontiers emporter par cette montée, jusqu'à la fin cacophonique qui nous annonce un voyage sans précédent.
La basse prend le lead dans Tyhjyyden sakramentti. La guitare se fait tonitruante et la batterie folle. Le synthé s'impose, et la présence électronique est bien installée. Nous sommes plongés dans le nouvel univers du groupe, mixant samples, synthétiseurs et guitares, qui sont parfois dures à dissocier. Le riff bien lourd de fin me remplit d'extase.
Uusi teknokratia est le morceau le plus space rock de l'album. Nous sommes en pleine conscience, comme dans un trip sous acide. La voix se fait incantation, tentaculaire et nous enveloppe. Nous sommes comme pris au piège d'un sort hypnotique. Des samples faisant penser à des voix féminines se font entendre. C'est le chant des sirènes et je plongerais volontiers dans l'artwork surréaliste de l'album.
Si Uusi teknokratia est un trip sous acide, Oikemielisten sali est la redescente après une introspection ultime. Le morceau commence avec une lourdeur mortifère, avec une basse frappante, pour imiter une renaissance des abysses, une reconnexion avec son dieu intérieur dans une envolée kraut-rock jouissive. Les couches se mêlent dans une harmonie spectaculaire.
Vient ensuite Kuule ääniä naam alta qui nous renvoie à cette énième bataille interne, la musique est boule de feu, futuriste. Et finit sur une nuit étoilée.
Avec, Taaïva portti, nous retrouvons le black métal comme Oranssi Pazuzu sait le faire ; chaotique et cosmique, entre blast et kraut-rock. La fusion claviers – batterie – percussions est à son apogée. Le synthé qui vient nous toucher ponctuellement comme si l'on était installé sous un saule pleureur et qu'on laissait la rosée matinale peu à peu nous couvrir. Une fin qui nous laisse en lévitation.
Oranssi Pazuzu nous gâte une fois de plus avec Mestarin Kynsi (2020). Korjak (batterie) et EviL (claviers et percussions) déconstruisent et reconstruisent notre perception du son. Jun-His explore des sentiers vierges, tandis que Ontto (basse) et Ikon (guitare) nous enchantent comme il savent si bien le faire.
L'album est plus expérimental, plus space-rock, l'artwork n'aurait pu être mieux choisi.
Oranssi Pazuzu, c'est l'illustration du kosmos ; du désordre dans l'univers.
Merci.

Oranssi Pazuzu