Bien sûr, celles et ceux qui ont connu The Drones, l’excellent combo au son bien appuyé qui a œuvré de 1997 à 2016, noteront une étonnante similitude au niveau des vocaux. Rien de bien surprenant, puisque le chanteur de The Droneset celui de Tropical Fuck Stormne font qu’un, en la personne de Gareth Liddiard, dont le timbre furieusement Rock, un rien nasillard, est de ceux qu’on n’oublie pas de sitôt. Pour le reste, en revanche, ça ne ressemble à rien sauf à du Tropical Fuck Storm! Entendez que ça envoie tous azimuts, en mode free-style, on ouvre les cages et on jette les clés, ça passe ou ça casse.
Disons-le franchement : à l’écoute de ce nouvel opus, le troisième en trois ans d’activité, on a envie de dire d’emblée que ça passe ! Et sans forcer.
Lancé au son épais de guitares nonchalantes qui s’étirent paresseusement sur des notes (très) saturées et volontiers dissonantes, The Greatest Story Ever Told donne le ton. C’est Rock mais pas binaire, c’est bruitiste mais pas brouillon, c’est déstructuré mais pas décousu, et le pseudo-solo tout en discordance taquine le tympan autant qu’il fait grincer des dents (et souffrir les amplis aussi probablement). Esprit Punk es-tu là ?
Délibérément crossover, Deep States voit le quatuor touche-à-tout de Melbourne expliquer par l’exemple ce que c’est que le Blues en 2021 (The Donkey) et célébrer l’union très improbable mais ô combien heureuse entre influences Noise, Jazz et Afro-Latino (Bumma Sanger). Sur la durée, les Australien.ne.s jouent avec les humeurs et les émotions, les leurs comme les nôtres, et évoquent aussi bien l’insouciance (New Romeo Agent) que la désespérance (The Donkey), en passant par la désillusion douce-amère (Legal Ghost), l’esprit de contestation (Suburbiopia) ou l’euphorie un rien déjantée (G.A.F.F.), et ce toujours avec la même justesse.
Si les Tropical Fuck Stormvoulaient nous livrer leur représentation du monde actuel et des sentiments qu’il inspire, ils ne pouvaient pas mieux s’y prendre qu’avec ce Deep States terriblement bien ficelé et incroyablement addictif, qui arrive en août et se pose déjà comme un des albums de la rentrée.