Interview

ARCHITECTS

L'interview qu'on a failli ne jamais publier


Lundi 16 mai 2016

Le 20 janvier 2011, je rencontrais les membres de Architects juste avant leur concert à l’Ancienne Belgique pendant leur tournée avec Bring Me The Horizon. Le Tour Manager, Sheep, vient me chercher comme prévu près du bar et m’emmène dans un salon de l’Ancienne Belgique, pas les loges des groupes plutôt un endroit commun à mon avis souvent utilisé pour les interviews comme aujourd’hui. Les gars sont déjà là à m’attendre, pour la plupart vautrés dans les divans. Je reconnais immédiatement Dan et Tom Searle, les jumeaux respectivement batteur et guitariste du groupe. Deux autres ne se présentent pas – et je ne les reconnais pas, gardent leur position et ne semblent pas vouloir se prêter à l’interview, ils avaient juste envie de venir parce que ça leur faisait au moins un truc à faire. Les journées en backstage, ça peut être long… C’est donc Dan qui se charge de tenir la conversation avec moi, avec un flegme typiquement anglais sur fond de conneries balancées par ses camarades toujours confortablement installés sur les fauteuils. Après coup, l'un des deux inconnus est identifié, il s'agit de Casey Lagos, l'ancien batteur de Stick To Your Guns. C'est lui qui tient la basse en l'absence de Ali Dean, qui a quitté le groupe quelques mois à cette période.

Vous relisez la première phrase, vous voyez « 20 janvier 2011 » et vous re-vérifiez, oui cette interview est publiée en mai 2016. Vous allez comprendre. Ce n’est pas ma première interview en anglais, loin de là. Mais l’accent anglais trèèèèèès poussé de Dan, mixé avec une qualité de son exécrable lors de l’enregistrement, m’ont placé pendant plus de cinq ans dans la position inconfortable du type qui sait qu’il a une interview potentiellement intéressante à publier et qui n’est juste pas en mesure de le faire.

C’est lors d’un appel désespéré il y a quelques semaines que j’ai trouvé mon bienfaiteur en la personne de Edward, chanteur de Castles et de Supergenius, pur anglais résidant en Belgique aujourd’hui. Lorsqu’il m’envoie sa retranscription (en anglais), il a même indiqué les noms des membres du groupe. Devant mon étonnement, il me répond, placide : « Oui hein c’est mes copains ». Bingo. Cinq ans plus tard ou pas, cette interview doit être publiée, surtout qu’elle a été réalisée pendant une période que le groupe a tendance à occulter aujourd’hui : l’époque de la sortie de The Here And Now.




Votre nouvel album, The Here And Now, sortira dans quatre jours. Qu’attendez-vous comme réaction de la part de vos fans ?

Dan : Ce que j’attends de la part des fans ? En fait ouais, c’est toujours assez partagé comme truc – on a déjà eu un peu de feedback des fans par internet, mais en fait on a juste fait ce qu’on avait envie de faire sur cet album et on n’a pas trop prêté attention à ce que les gens pensaient. On savait que cet album allait mécontenter quelques personnes mais on l’a fait pour nous, pas pour eux… et s’ils n’aiment pas ils peuvent aller se faire mettre !

Et vous lisez ça en général, les trucs que les gens écrivent sur vous, pas toujours gentiment d’ailleurs ?

Dan : Ceux d’entre nous qui ont la dent dure peuvent y jeter un œil pour rigoler. Tom n’aime pas lire les insultes par contre. Il y a des gens qui disent vouloir que toute ta famille meure juste parce que tu as changé de son !

Et du coup vous avez peut-être gagné de nouveaux fans aussi ?

Dan : Ouais voilà, si pour un fan perdu on en gagne cent nouveaux, ça me va !

Casey Lagos : Ou mille ! Ouais c’est ça…

Dan : Ignore-les… il a fait l’artwork de l’album et il a complètement merdé…

Casey : C’est digne d’un prix !

Dan : Le seul prix qu’il a reçu, il l’a fait lui-même… quand tu retranscriras l’interview tu peux l’appeler “crétin” ou “l’idiot du coin”.

Ah, il ne mérite pas de nom du tout ?

Dan : Non, mets juste “fuckhead”.

(rires)



Sur cet album justement, vous semblez avoir perdu votre rage, pour laisser place à des émotions beaucoup plus positives… vous vous êtes mis d’accord pour partir dans cette direction ?

Dan : C’est venu un peu naturellement. Ce sont toujours les paroles de Sam mais je pense que nous sommes tous sur le même point au niveau de la positivité. Toute cette négativité, la mort, le sang et toutes ces conneries, ce n’est simplement pas ce que nous sommes en tant que personne. On voulait juste mettre une griffe un peu plus positive sur l’album et on espère que les gens vont apprécieront que nous fassions quelque chose d’un peu différent, dans le respect. Je pourrais dire encore plein de trucs cul-cul à ce propos mais non, il est beaucoup plus positif tout simplement. On a passé des moments difficiles en tournée ces quelques dernières années et nous n’en sommes pas toujours contents, c’est dur de se séparer des amis et de la famille qui restent sur place. Parfois ça nous mine le moral mais on sait qu’on a de la chance de faire ce qu’on fait, et on essaie d’apprécier ça et de vivre notre vie. C’est à tout ça que fait référence le titre de l’album et de là que vient la plupart des paroles de The Here And Now.

Et vous ne pouviez pas juste changer les paroles pour avoir un message plus positive, ça ne collait pas sur une musique agressive ?

Dan : Tu sais, il y a toujours de l’agressivité, il y a toujours de la puissance dans cet album. Nous sommes un groupe heavy avec des influences plus calmes et nous n’avons pas vraiment prêté d’importance quand nous avons écrit la musique mais je pense que tout l’album met la patate. Tom écrivait beaucoup de musique plus méchante mais tu sais, on aime beaucoup la musique qui met de bonne humeur comme Coldplay ou Sigur Ros et des trucs comme ça… ce qui fait simplement de nous un groupe heavy avec ce genre d’influences.

(à Tom) : Donc t’es le mec sombre ?

Tom : Je fais plein de trucs un peu glauques…

Je ne veux pas savoir !

Dan : Non tu ne veux pas, ça te ferait pleurer. Il se mutile mais seulement sur la bite pour que cela ne se voie pas.

(rires)


Les gars vous êtes tous plutôt jeunes, 21, 22 ans…

Dan : 23, on est vieux maintenant !

J’en ai 29, c’est ça être vieux !

Tom : Non non toi tu es jeune, c’est nous qui sommes vieux !

(rires)

Et comme vous avez commencé ce groupe quand vous étiez VRAIMENT jeunes, vous vous voyez encore y être dans dix ans par exemple ?

Dan : Je n’en ai aucune idée, je serais surpris si je faisais toujours ça à 33 ans mais j’espère que les choses se passeront assez bien pour que l’on puisse continuer ! Je serais un peu triste à 33 ans de jouer dans un groupe dont le fanbase qui a entre 12 et 20 ans…

Tom : Une fille nous a tweeté hier, une petite fille qui doit avoir environ 13 ans, elle nous disait qu’on était des vendus !

Peut-être que vos fans les plus jeunes ne peuvent même pas venir à vos concerts ? Peut-être qu’ils sont juste à la maison ?

Dan : de 5 à 7 ans ouais, c’est le public cible. Ce sont eux qui téléchargent les albums ! Notre nouvel album est un croisement entre Justin Bieber et Nickelback. Si David Gilmour nous disait qu’on était des vendus, je serais genre « Ok Dave, tu sais de quoi tu parles » mais si tu m’apportes ce Michael là, ou peu importe comment il s’appelle, le petit con avec les cheveux là, on s’en tape. (rires)



Tu as dit que The Here And Now est l’album le plus « vrai » que vous ayez fait… mais qu’est-ce que vous pensez maintenant des anciens albums, ou même de Hollow Crown, qui n’est pas si vieux ?

Dan : En terme de sonorités, quand nous jouons des morceaux de Hollow Crown, Ruin ou Nightmares en live, ils ne sonnent plus pareil. Le nouvel album est une meilleure représentation de ce que nous sommes sur scène. Les anciens albums sont très mécaniques et ne reflètent pas vraiment la façon dont ils ont été enregistrés. Beaucoup de groupes sonnent comme ça aujourd’hui, et quand tu les vois en live ça ne donne pas bien. Quand tu nous vois en live, tu te dis « fucking hell, c’est plutôt bon » ! (rires)

En fait quand on joue des morceaux des anciens albums j’ai presque l’impression de jouer des reprises, je les vois comme des morceaux écrits par d’autres personnes.

Maintenant que vous êtes à fond dans cette vie faite de tournées autour du monde, ça ne vous fait pas de l’œil, cette vie « normale » avec des enfants, des chiens et une grosse maison ?

Dan : J’aimerais bien avoir des enfants, des chiens et une grosse maison, mais je n’en suis pas là aujourd’hui. On aime tourner mais parfois c’est difficile… je pourrais faire ça longtemps et être heureux, on aime ça et on s’y applique. Tourner est indispensable pour n’importe quel groupe aujourd’hui, si tu veux rentrer un peu d’argent et faire grandir ton groupe tu n’as pas le choix, il faut tourner. Tu ne peux pas rester assis à la maison et espère que tout te tombe tout cuit dans le bec. On a tourné intensivement les quelques dernières années et maintenant que nous avons un nouvel album, je m’attends à passer encore quelques années loin de la maison mais c’est ce qu’on voulait, ça fait partie du job.

Bon et il y a un truc qu’on ne peut pas nier, et vous avez ça en commun avec Bring Me The Horizon, c’est que les fans aiment votre look. Comme vous gérez ça, c’est travaillé de votre côté ?

Dan : C’est clair que ça aide sur un certain point, ça a toujours été comme ça dans l’histoire de la musique, les chanteurs et les groupes ont toujours été des icônes sexuelles ou un truc comme ça. Cette image joue un rôle là-dedans et cela aide évidemment ton groupe si tu n’es pas trop moche. On a tourné avec des groupes vraiment moches et ça s’est bien passé aussi. Je ne donnerai pas de noms.

(rires)

On n’a pas de problèmes avec ça ! Les kids veulent rencontrer Sam, l’assaillent, et parfois on discute un peu et boire un verre avec eux. Cela aide, clairement. 30 Seconds To Mars ne serait pas un si gros groupe s’ils n’avaient une belle gueule de star de cinéma en tant que chanteur !
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AUTEUR : Erik
Rescapé de la scène hardcore underground de la fin des années 90, Erik a lancé Shoot Me Again en 2004 avec Julien, un autre gamin hyperactif de l'...
Rescapé de la scène hardcore underground de la fin des années 90, Erik a lancé Shoot Me Again en 2004 avec Julien, un autre gamin hyperactif de l'époque. Ecumant à eux deux les salles les plus improbables lors du lancement de ce webzine, ils se sont rapidement entourés d'autres camarades de jeu pour renforcer l'équipe. Aujourd'hui concentr...
Rescapé de la scène hardcore underground de la fin des années 90, Erik a lancé Shoot Me Again en 2004 avec Julien, un autre gamin hyperactif de l'époque. Ecumant à eux deux les salles les plus improbables lors du lancement de ce webzine, ils se sont rapidement entourés d'autres camarades de jeu pour renforcer l'équipe. Aujourd'hui concentré sur le développement du site, il est moins présent sur le front. ...
Rescapé de la scène hardcore underground de la fin des années 90, Erik a lancé Shoot Me Again en 2004 avec Julien, un autre gamin hyperactif de l'époque. Ecumant à eux deux les salles les plus improbables lors du lancement de ce webzine, ils se sont rapidement entourés d'autres camarades de jeu pour renforcer l'équipe. Aujourd'hui concentré sur le développement du site, il est moins présent sur le front. ...
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