Interview

KNUT

Vendredi 9 juillet 2010

1_La première partie de Wonder me semble plus primale, notamment au niveau du chant, est-ce l’effet recherché ? Une conséquence de la paternité sur Didier ?

Didier: Le côté plus basique du chant est une volonté consciente de ne pas vouloir trop en rajouter, les riffs et les compos étant déjà assez alambiqués comme ça. Ma paternité imminente a seulement précipité le planning de Knut.



2_On sait que l’enregistrement a eu lieu dans l’urgence. Avec le recul, n’était-ce pas en quelques sortes comme un retour aux sources ? Un retour au coté primal de Knut ? A cette énergie positive quasi cathartique que vous développez depuis le tout début ? Même si dans le cas présent cette urgence n’avait pas du tous les mêmes motivations...

Roderic : Tous nos albums possèdent une forme d'énergie brute, mais motivée par un état d'esprit différent selon les périodes. Bastardiser posait les bases d'un son qui mélangeait nos influences noise/punk-hardcore/metal selon un procédé assez expérimental, une sorte de saut dans l'inconnu (on est en 1997). Challenger marque l'apogée de cette recherche, avec une urgence due à la somme des expériences engrangées, l'envie de se projeter au niveau international et de se pousser à l'extrême, avec là-dessus des influences intenses dans nos vies personnelles et à l'intérieur du groupe, pour le meilleur et pour le pire. Terraformer, c'est l'album de transition d'un groupe en train de se déliter. Avec en même temps l'envie d'expérimenter du côté des textures, de l'électronique, sans mode d'emploi. Alter, le disque de remixes, s'en est chargé de manière assez radicale. Enfin Wonder c'est presque un nouveau groupe, mais avec une histoire et la possibilité de laisser à nouveau exploser cette énergie brute tout en ménageant, j'espère, des espaces de recherche sonore.

3_Pour ce nouvel album, vous êtes retourné chez le sorcier aux doigts de fée, l’orfèvre du gros son des Alpes, l’incontournable Serge Morattel. Etait-ce une évidence, une envie, un besoin, tout à la fois et pourquoi lui avoir été infidèle ?

Une évidence, oui.

4_Est-ce là le retour de celui que vous définissiez comme le 6ième membre du groupe ?

On avait besoin de retrouver Serge, remettre les compteurs à zéro, oublier le poids de Challenger, ce chantier insensé (techniquement et humainement) et retravailler ensemble sur une base plus mûre et sereine. On n'était pas retourné chez lui depuis près de dix ans, ça paraît fou. Entre-temps Serge a eu deux fils, il a enchainé les enregistrements et de notre côté on a été bien occupés donc finalement on s'était perdus de vue ces dernières années. Si Terraformer n'avait pas été fait chez lui, c'est parce que la démo réalisée chez Jéjé (Mumakil) nous avait parue suffisamment bonne pour en faire un album. Rétrospectivement je me demande ce que serait devenu ce disque si on l'avait fait autrement. Mais je n'ai aucun regret, car il a ce côté spontané et éparpillé dont on avait besoin à ce moment-là.



5_Quel regard portez-vous sur la scène actuelle tant en Suisse qu’en Europe vous qui maintenant, désolé pour les susceptibilités, faites parties des références voire des pères du sludge européens puisque vous en avez posez de nombreux jalons ?

La Suisse s'est vraiment réveillée. Avant, ça se résumait à quelques pôles comme Genève et Lausanne en Suisse romande (francophone) et pas grand-chose autour à quelques exceptions près (je ne vais pas faire d'affront au Valais de Samael). Mais aujourd'hui n'importe quel patelin a son groupe avec du bon matériel et un bon niveau, qui se débrouille via le Net et revendique les mêmes influences que n'importe qui d'autre sur la planète. Je me souviens d'un concert à Delémont il y a quelques années où le groupe de première partie jouait une sorte de fusion hyper datée, alors qu'on avait semble-t-il un peu effrayé le public local. Maintenant la région Jura/Neuchâtel possède quelques uns des meilleurs groupes de Suisse (Shelving, Forceed, Kehlvin, Yog, etc). A Neuchâtel il y a ce groupe Autopsy – rien à voir avec le groupe de death ricain – des vétérans qui se sont reformés pour réenregistrer leurs morceaux de 1991. Ils ont bien fait parce que A fondre la graisse à fond la caisse est un pur joyau de math-rock-noise à l'esprit punk et chanté en français. Ça ne ressemble à rien d'autre et c'est foutrement bon.

6_C’est une question plus que rituelle que j’essaye pourtant d’éviter mais le groupe ayant subit moulte turbulences avec entre autre le départ de Taverne... alors qui compose Knut en 2010 ?

Ça c'est pas trop dur à trouver sur Myspace, etc. Comme je suis un mec sympa je vais quand même présenter les nouveaux. Didier (chant) et moi sommes donc les seuls membres d'origine. Jerome Doudet (basse) est arrivé il y a un peu plus de 4 ans – il a joué dans une tonne de groupes dont Edison, Buz et Prejudice et il fait aussi Intercostal avec Philippe et Jeremy (ex-Knut); les guitaristes Tim Robert-Charrue et Christian Valleise sont passés aussi par Prejudice et jouent respectivement dans Commodor (excellent nouveau EP à paraître en vinyle) et impure Wilhelmina, qu'on ne présente plus et qui vaut bien mieux que sa réputation, haha.

7_Didier et toi Roderic êtes donc les deux piliers sur lesquels repose Knut. Ce rapport qui pourrait rapidement devenir un rapport de force, n’est-il pas trop difficile a gérer au quotidiens ? N’est-ce pas trop difficile lors de la composition des titres ou des décisions à prendre pour le groupe ?

Aucun rapport de force, Satan nous en préserve ! Didier et moi menons la barque depuis maintenant 16 ans, notamment sur le plan logistique, stratégique (eh ouais ça fait aussi partie de la vie d'un groupe, suffit pas de pondre de bons riffs) donc on continue tout naturellement. Par contre chaque nouveau membre apporte ses précieuses compétences au-delà de son instrument: home studio, graphisme, vidéo, webmastering, etc. Toutes les décisions importantes sont prises collectivement, cela va de soi.



8_La composition de Wonder s’est fait dans quel état esprit ? Etait-ce comme pour l’enregistrement, dans une certaine urgence ?

L'urgence de l'enregistrement est venue de la nouvelle de la paternité future de Didier, et de toute façon il fallait qu'on mette un sérieux coup d'accélérateur. On a traîné pas mal de temps avec les squelettes de certains morceaux («Leet», «If we can't fly there...») mais dès que certains chantiers ont été bouclés tout s'est accéléré et certains titres ont même été complétés au tout dernier moment. On est passé par une longue période d'attentisme, étant donné qu'on devait se familiariser les uns avec les autres, apprendre à composer ensemble, et parce que l'arrivée des nouveaux membres offrait la possibilité de rejouer live, du coup la composition prenait du retard. C'est vraiment dans les tous derniers mois de 2009 qu'on a senti l'album prendre forme. La période des fêtes a consisté à répéter tous les jours et peaufiner les ultimes arrangements. A peine le temps de se bourrer la gueule le 31 et le 3 janvier on était en studio.

9_Didier peut-il nous parler un peu du titre « Lemmings » ?

Didier: C’est de notoriété publique que les Lemmings ne se jettent pas d’une falaise à moins qu’il y ait une équipe de tournage de Walt Disney dans les parages, mais l’image reste quand même assez frappante. Je n’ai pas grand-chose à dire sur ce titre sinon que j’attends avec impatience que le monde entier se jette du haut de la falaise Peak Oil.

10_Lors de la tournée de Terraformer, je me souviens que sur certains titres du set, Didier prenait du recul. Posant le micro pour se mettre en retrait de la scène, qu’en est il? Knut va-t-il opérer un revirement vers l’instrumental ?

J’aime ces morceaux instrumentaux qui me laissent souffler et profiter un peu de Knut en concert ! Mes potes kickent leur putain de race!

11_Une fois encore le visuel de l’album a été confié à Aaron Turner ? Vous n’aimez pas le changement? Vous n’êtes jamais déçus ?

Roderic: On a une très bonne collaboration avec Aaron. C'est un vrai artiste, pas juste un mec qui maîtrise photoshop. Il est lui-même un musicien accompli qui accorde une grande importance aux idées et aux visuels des albums. A l'arrivée, on obtient un échange dynamique autour de chaque album. Particulièrement depuis Terraformer qui marque son retour au dessin et sa prise en compte très précise des idées, titres, notes qu'on lui soumet en vrac.

12_En 16 ans de route (tournées/enregistrements) quel a été votre rencontre la plus marquante ? Isis? Justin Broadrick ? Aaron Turner ?

Tu cites des groupes et des personnes qui ont de toute évidence beaucoup compté (il faurait y ajouter une tonnes d'autres noms tels que Tantrum, Overcome, Chrome Saintmagnus, Conspiracy, Fabien Thévenot, Ananda, Keelhaul, Taint, Spigator, Startruck, etc.) Aaron évidemment parce qu'il est qui il est, quelqu'un qui ne se résume pas à ISIS et avec qui les échanges sont trop rares mais précieux. Il a toujours cru à Knut pour des raisons mystérieuses. Justin, c'est à la fois l'une de mes plus grandes influences contemporaines – je n'aurais aucune peine à classer Godflesh ou Techno Animal dans les 10 groupes qui m'ont le plus marqué, sur disque comme en live – et l'une de ces personnes que j'ai eu l'impression d'avoir toujours connu lorsque j'ai passé du temps avec lui. Ce sentiment me conforte dans l'idée que les musiciens qui me touchent ne peuvent de toute évidence pas être des connards.

13_En 2010, qu’est-ce qui fait encore avancer Knut ? Le fouet ? Désolé, trop tentant comme jeux de mot bien naze, mais où Knut trouve sa motivation, son envie ?

Bonne question. Je pense que si la transition entre l'ancien line-up et l'actuel n'avait pas si bien fonctionné, on aurait jeté l'éponge. La frustration d'avoir subi un long break peu après la sortie de Terraformer, à cause du départ de Jeremy, a largement contribué à la motivation de ne pas en rester là. Et il y a les nouveaux arrivants, trois personnes qu'on connaissait de longue date (pour certains de vue, à peine plus) et qui ont appris le répertoire en un temps record, se sont fondu dans l'univers de Knut et ont apporté du sang neuf. Du coup on a pu rapidement repartir en tournée. Et comme ils contribuent tous à l'écriture, le groupe a retrouvé une dynamique. Je pense qu'on a envie de voir ce que cette alchimie peut donner, sans tirer de gros plans sur l'avenir. Après 16 ans, pas mal de chaos et des vies qui se compliquent au niveau responsabilités, on évite de trop se projeter.

14_En 16 ans, y’a t-il un pays, un festival où vous aimeriez passer afin d’y mettre le public à genoux ? Je sais qu’à une époque vous auriez voulu jouer à Dour, est-ce toujours dans vos désirs ?

Dour serait cool, mais le rêve se situe plutôt du côté du Japon! Il y a la Scandinavie et pourquoi pas l'Amérique latine, bien sûr les States où il faut qu'on retourne pour des raisons évidentes. Je doute qu'on accomplisse tout ça, mais qui sait?

15_Wonder vient juste de sortir, une tournée est-elle prévue ?

Oui en octobre-novembre dans plusieurs pays d'Europe. Peut-être la Russie, c'est en discussion. Ça serait incroyable. J'ignore totalement comment ça se passe là-bas pour ce type de musique.

16_On sait que toi, Roderic, étais parti en tournée avec Jesu. Tu n’as jamais eu d’autres propositions ou envie d’aller prêcher la bonne musique au sein d’une autre confrérie ? (jesu, prêcher... désolé)

Ecoute, en théorie oui, mais je constate que le temps dont je dispose à côté de Knut, de mon vrai job et de ma vie privée ne me permet pas de m'impliquer sérieusement dans des projets parallèles. J'ai quelques extras comme ce trio drone/black/noise avec Antoine Chessex (sax/Monno) et Jerome (basse/Knut) avec lequel on a donné deux perfos et qui pourrait bien enregistrer dans la foulée; ou des beats pour Aidan Baiker de Nadja, qui bosse sur un projet avec plusieurs batteurs à travers le monde. J'ai toujours joué beaucoup de guitare de mon côté et hormis les riffs pour Knut, j'ai accumulé pas mal de matière mais je doute que ça sorte un jour.

17_A vous le mot de la fin, si vous voulez poussez un coup de gueule, mettre en lumière un coup de coeur…

Didier: Never forget death. Now is the time.
Roderic: Mais ouais, seize the day et tout ça.

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