Interview

AS THEY BURN

"Nous avons décidé d'arrêter là afin de ne pas nous leurrer, ni même leurrer les fans."


Jeudi 16 avril 2015



Salut Milton ! Autant entrer directement dans le vif du sujet : l’annonce de votre split en a étonné plus d’un… Un nouveau full length était en préparation. Personne n’avait vu venir cela. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu’il s’est passé ? Et depuis quand cette idée vous trottait dans la tête ?

Pour être tout à fait honnête, on l'a senti venir les deux derniers mois avant de prendre cette décision. Pour revenir un peu en arrière, on avait déjà eu une discussion sérieuse ensemble début 2014 pour savoir si, oui, on se lançait dans l'écriture d'un nouvel album, avec l'investissement que cela requiert et les tournées qui auraient suivi ou si, au contraire, nous n'étions plus en phase artistique tous ensemble. Le plus important est de pouvoir constamment évoluer artistiquement. Stagner ou reproduire un schéma déjà construit et travaillé dans le passé ne nous intéressait pas. On a donc convenu qu'on était tous prêts à se lancer dans ce projet d'un nouvel album et de proposer une réelle évolution d'As They Burn. Hors, presque huit mois après avoir débuté la composition de ce nouvel opus, aux alentours du mois de novembre, nous avons vite compris que la barre était haute, trop haute pour certains membres du groupe qui ne pouvaient alors fournir les efforts nécessaires pour ainsi porter notre musique au-delà même de nos espérances. Avec ATB, nous avons toujours eu l'envie de nous élever artistiquement, de nous surprendre, nous dépasser. Dans notre cas, on a vite su que cette fois-ci ce n'était pas possible et plutôt que de produire un album qui n'était pas à la hauteur de nos envies, nous avons décidé d'arrêter là afin de ne pas nous leurrer, ni même leurrer les fans, en défendant un album dont nous n'aurions pas été fiers à 110%.
Tu sais, composer un album puis l'enregistrer ça prend des mois, sans compter le mix, mastering, le processus visuel (artwork, clips) ou bien même la mise en marché par le label. S'en suivent des dizaines voire des centaines de dates sur un laps de temps assez court donc, si tu n'es pas complètement confiant quant à l’œuvre que tu défends, c'est compliqué de se projeter sur un tel projet qui te prend au moins deux années de ta vie. Surtout quand tu n'as plus vingt ans.

Je me souviens avoir vu une publication de toi sur Instagram où tu jammais sur des morceaux qui ne verront jamais le jour… peut-ton dire jamais ?! Aucune chance que l’on entende un jour ces chansons ?

Il ne faut jamais dire jamais. Même si un jour nous décidions de reproduire quelque chose tous ensemble, ce ne sera pas pour repartir sur les mêmes bases. Dans quelques années, on aura certainement d'autres envies musicales qui ne correspondront plus à ce qu'on a composé l'année dernière. Et puis nous n'avions pas encore maquetter les voix ce qui répond à ta question, à savoir que non nous ne sortirons jamais rien de ce qui avait été composé l'année dernière pour ce qui devait être notre troisième album. Rien sous le nom d'As They Burn du moins... Car la seule chose que je peux te dire c'est qu'avec Fabio, guitariste, nous avons en tête de récupérer quelques tracks que nous aimons particulièrement pour les intégrer aux compositions d'un nouveau projet qu'on est en train de monter avec notre pote Luigi, guitariste d'Upheaval. Le CV peut être trompeur car il ne s'agit pas d'un projet à proprement dit « Metal ». Il n'y a aucune limite artistique et à vrai dire, on a tous envie d'aller vers de nouveaux horizons musicaux après tout ce temps passer à faire du metal.

Lorsque l’on s’était rencontré lors du Bonecrusher Fest en 2013, vous m’aviez dit avoir signé un long contrat pour 3 albums avec Victory Records. Comment ont-ils réagi sur la fin du groupe ?

Et bien, ils ne peuvent pas nous interdire de splitter. Et puis ce n'est pas la mentalité de Victory qui, à travers la vision de son boss Tony Brummel, a toujours gardé un esprit « hardcore » depuis son succès des années 90 à savoir ne rien imposer artistiquement à ces artistes, respecter leur volonté et leurs désirs. On a eu 100% de liberté pour « Will, Love, Life », cela aurait été également le cas pour ce troisième album. Quand on leur a annoncé qu'on n'arriverait pas à produire l'album qu'on voulait et qu'on préférait donc en rester là, Tony nous a simplement répondu par mail qu'il était désolé de l 'apprendre et « it sucks... ». Tu sais, le mec, il a pas le temps. Il doit gérer un business qui a cumulé des millions de ventes en vingt ans. Pour lui, As They Burn, c'est pas l'amour de sa vie. Il ne va pas nous pleurer et je ne sais même pas si on va lui manquer.

Nombreux sont les groupes qui ont splitté et sont revenus quelques années plus tard. Je suppose qu’actuellement non mais pensez-vous qu’un comeback serait possible ? En 2017 pour fêter les 10 ans d’existence de la formation par exemple...

Aucune idée. Honnêtement je pense qu'avant de lire ta question, aucun de nous n'y avait pensé. On ne se projette pas du tout là-dedans. Notre but n'est pas de faire « saliver » les gens à qui cette idée pourrait plaire, mais de leur faire comprendre que, malgré notre split-t, notre musique, elle, reste intemporelle. Si un jour ATB te manque, sors ton CD ou va sur internet et fais-toi notre discographie...

Votre dernier concert aura lieu le 15 mai chez vous, à Paris, en compagnie de vos potes de Checkmate et d’un special guest (annoncé le 1 mai). Celui-ci sera à entrée libre. Un deal spécial avec la salle ? Et sinon, quelques surprises sont prévues ? Peut-être filmer le concert ?

Ça nous tenait à cœur de faire jouer des vieux potes comme Checkmate. On a partagé un studio ensemble pendant des années mais avant ça on se côtoyait déjà dans les années 2000 avant même que nos groupes existent. Normal qu'ils soient de la partie ! On est vraiment content de pouvoir proposer ce deal au public, à savoir une entrée libre. On a un deal quasi normal avec la salle, on a injecté les fonds du groupe pour prendre en charge une partie de la location et des frais de production et on sait que les gens joueront le jeu. Ils peuvent ne rien donner, c'est leur droit puisqu'on leur en donne l'occasion, mais beaucoup participeront à hauteur de 5€, 10€ ou voir même plus ce qui nous permettra derrière de rentrer dans nos frais. On joue le jeu, le public jouera le jeu. Tout le monde sera heureux à la fin de cette soirée. Ce sera clairement un moment hors du temps pour nous cinq et notre staff, Bastien au son, Tommy aux lights.

Une chose m’a marqué sur votre dernière photo promo et tu viens de le dire: vous n’êtes que 5 dessus. Qui manque ? Pourquoi ?

Bien vu. Les gens l'ont remarqué sur scène dans un premier temps puisque Bastien n'était plus à nos côtés pour la partie samples du show. Il était notre ingé-son depuis 2010. Quand on a signé sur Victory à l'été 2012, il avait pris une place importante dans la composition de « Will, Love, Life » et on trouvait légitime qu'il soit sur scène à nos côtés. On a réussi à le convaincre que l'expérience serait vraiment super et qu'il apporterait un vrai plus à notre set. Mais à la fin de la promo de WLL, il s'est rendu compte qu'il préférerait être de nouveau au son plutôt que sur scène. On a compris sa décision et à vrai dire pour nous, ça ne changerait pas grand chose à partir du moment où il continuerait de s'impliquer dans le groupe en tant qu'ingé-son pour la composition et parfois même plus encore. N'étant plus sur scène à nos côtés depuis 2014, on a trouvé logique qu'il n'apparaisse plus sur les photos promo du groupe. Quoi qu'il advienne, il est et restera le sixième membre du groupe.



Maintenant que l’histoire est presque finie, il est temps de regarder derrière soi. Parmi tout ce que vous avez accompli, de quoi êtes-vous le plus fier ? Etre un des rares groupes français signés sur un gros label étranger ( Victory Records ) ? Votre tournée avec Despised Icon en 2010 ? Avoir joué au Hellfest ? Avoir enregistré un morceau avec Frankie d’Emmure ?

En toute honnêteté, tout ce que tu viens de citer est le résultat de notre travail. Notre plus grande fierté est donc le travail que l'on a effectué ensemble pendant des années. C'était une aventure hors du commun. Moralement, psychologiquement, physiquement... Tous les niveaux et sens de notre humanité ont et resteront à jamais affectés par ces années de boulot, de création et de partage que l'on a vécus tous ensemble. On partait d'une cave en banlieue parisienne, dans un mois on donnera notre concert d'adieu devant 500 personnes dans une sublime salle parisienne. On est fier les uns des autres.

Il y a eu énormément de concerts depuis 2007 évidemment mais il y en a sûrement un voire deux qui vont ont marqué plus que d’autres, je me trompe ?

Le Hellfest 2012, c'était quelque chose... A l'époque, la Warzone était encore sous un chapiteau, aujourd'hui c'est en plein air. Je me rappelle qu'avec Fabio, vingt minutes avant de monter sur scène, on est allé voir si il y avait ne serait-ce que 2000 personnes... C'était plein à craquer. Le stage manager nous a dit ce jour-là qu'on a eu autant de monde que pour la tête d'affiche de la Warzone, Refused, soit plus de 6000 personnes. On rêvait de vivre ça un jour dans notre vie. Rien que d'y repenser, j'en ai des frissons. Il y a d'autres dates où on a joué devant beaucoup de monde, mais ce jour-là était particulier. Sans doute parce que le Hellfest est un festival français, on se sentait donc respecté par la scène metal française dans son ensemble. On sentait aussi qu'on faisait parti de quelque chose de spécial. Cette année-là nos potes de Betraying The Martyrs y jouaient aussi. On se sentait forts tous ensemble, on savait qu'on construisait quelque chose d'intéressant et surtout d'important pour nous-mêmes. Et puis le camping ATB/BTM pendant 4 jours c'était quelque chose !

Avec notamment votre signature sur Ultimhate Records en 2009 pour votre premier EP, vous avez eu la chance de jouer plus d’une fois en Belgique. Un souvenir particulier dans notre petit pays ?

Tellement ! On a d'ailleurs eu la chance de croiser Richard qui était un des deux fondateurs d' Ultimhate Records le 10 Avril dernier au BetizFest à Cambrai, Nord de la France. On l'a remercié d'avoir cru en nous à l'époque et d'avoir fait partie de l'aventure As They Burn. C'était vraiment cool de le revoir après tout ce temps ! D'ailleurs, son fils Cédric était là. Il nous avait vus à l'époque pour notre tout premier show en Belgique. Impossible de me souvenir quand et où mais je sais qu'il était très jeune à l'époque! Le 15 mai, quand on sera sur scène pour donner notre dernier concert, lui sera sur scène avec son groupe pour donner ce qui sera leur tout premier concert ! On passe le flambeau.

Vous étiez parmi les fers de lance de la nouvelle scène metal / hardcore française avec notamment Betraying The Martyrs et Rise Of The Northstar. Est-ce que tu vois d’autres groupes émerger actuellement et qui pourraient suivre votre voie ?

En toute honnêteté, je n'ai plus le même intérêt pour la scène metalcore dans son ensemble qu'auparavant. Je sais qu'il y a des bons groupes, avec de bonnes influences, de bonnes idées, qui se donnent les moyens de faire de bonnes choses. Mais c'est compliqué. Ça l'était déjà début des années 2010, ça l'est encore plus aujourd'hui. La seule chose que je me permettrais de leur dire est qu'ils doivent rester honnêtes vis à vis de leur musique et d'eux-mêmes. C'est le seul moyen de ne jamais avoir de regrets.

Est-ce que vous avez des regrets sur votre carrière au sein d’ATB ? Des concerts que vous auriez voulu faire ? Avec quels groupes vous auriez aimé jouer mais avec lesquels vous n’avez pas eu l’occasion ?

Des regrets, pas vraiment. Des rêves plein la tête, oui. Notre rêve était de tourner avec KoRn. Peut-être que ça arrivera pour certains d'entre nous mais ce ne sera pas sous le nom As They Burn, c'est la seule chose de sûre. Peut-être que les projets x ou y dans nos futurs aboutiront à ce rêve, qui sait.

Quels sont vos projets respectifs maintenant ? Milton, tu as lancé une nouvelle soirée sur Paris, Phantom, qui a l’air de bien marcher ! Qu’en est-il des autres ? De nouvelles expériences musicales à venir ?

Oui j'ai monté cette soirée avec mon frère et un ami. Ce n'est pas du tout metal, c'est axé Hip Hop / Electro. J'écoute de tout donc je n'ai aucune raison de m'en priver, surtout que la soirée fonctionne très bien ! A côté de ça, je fais de la batterie avec JESUISTHEO, un artiste Hip Hop français très particulier avec un style et des prods assez uniques en leur genre. J'adore ! Je le connais depuis longtemps, c'était l'ingé-son de Betraying The Martyrs. Quant aux autres, Fabio bosse beaucoup en tant que régisseur, technicien son et on fait de la musique ensemble pour notre nouveau projet. Ronald va intégrer une école de cinéma pour se spécialiser en musiques de films. Il a un niveau de piano assez bluffant le grand voyou ! Hoby travaille beaucoup mais je sais qu'il se laisse du temps pour faire du son, il compose pas mal de morceaux entre Electro et Hip Hop, j'espère qu'on pourra écouter ça bientôt ! Quand à Kévin, il prend un autre chemin puisqu'il est devenu Steward. On l'a longuement encouragé à se lancer là-dedans car il en rêve depuis très jeune.

Au fait, je sais que vous êtes des grands fans d’Emmure et KoRn, qu’est-ce que vous pensez de leurs nouveaux albums respectifs ?

Je n'ai pas écouté le dernier Emmure. Le dernier KoRn est un très bon album de rock, j'aime beaucoup. Je suis nostalgique des cinq premiers, forcément, mais j'aime comment leur son évolue. J'ai infiniment de respect pour ces gars. Sans eux je ne serais sans doute pas en train de répondre à tes questions.

Un dernier mot pour vos fans belges ?

MERCI LES AMIS ! Ce fut un plaisir de vous visiter au plat pays plus d'un fois ! Beaucoup de souvenirs en Belgique pour nous. Merci à vous tous d'avoir partagé cette aventure avec nous. Merci à tous les organisateurs. Aux magazines, webzines, fanzines. Une spéciale dédicace pour Ultimhate Records , Cedric et Seb TFU !


Photo prise au Trix, Anvers, lors du Bonecrusher Tour avec Milton (batterie) & Hoby (guitare) en mars 2013.
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