Interview

DEATHCODE SOCIETY

"En France, il existe une sensibilité à l'expression musicale extrême"


Lundi 1 février 2016

Dès les débuts du groupe, vous aviez attisé la curiosité du public français avec une communication un peu mystérieuse, une musique directement très personnelle et soignée. Là, l'essai est visiblement transformé avec Eschatonizer, qui a notamment reçu une chronique dithyrambique dans le Rock Hard récemment. Tout se passe "comme prévu"?

Arnhwald : Oui, en effet, tout se passe comme prévu, attendu qu'ayant tous un peu d'expérience dans ce milieu, nous ne nous attendons pas à grand chose, si ce n'est à écrire une musique comme tu le dis « personnelle et soignée ». Avant tout, Deathcode Society est le moyen le plus satisfaisant que nous ayons trouvé d'exprimer notre créativité, le reste, c'est du bonus.

- La France s'est longtemps cherché un successeur à Anorexia Nervosa, et c'est évidemment le nom qui revient dans toutes les chroniques et reviews de votre album. Emperor et les travaux solos d'Ihsahn, aussi. J'y ajouterais personnellement le Devin Townsend de l'album Deconstruction (plutôt que Strapping Young Lad)... Toutes ces influences, ça vous parle, ou ça vous surprend de les voir citées?

Ahahah. Nous ne faisons pas partie de ces groupes qui trouvent offensant qu'on découvre l'ampleur du pillage auquel ils se sont livrés ! Anorexia Nervosa, Emperor et Strapping Young Lad sont en tête des influences que nous revendiquons sans aucune honte. Dissection aussi, par exemple. L'avantage de tous ces groupes, c'est qu'ils ont disparu et que seuls leurs fantômes prestigieux peuvent nous faire de l'ombre (rires) ! Des spectres assez terrifiants, il faut tout de même bien le dire, qui justifient la révérence que nous nourrissons à leur égard. Chaque groupe part de quelque part. Tous ceux qui ont monté un groupe l'ont fait pour imiter quelqu'un qui lui même avait monté un groupe pour imiter, etc.

Depuis maintenant un petit temps, la France sort de sacrés groupes de metal extrême ou en tout cas très sombre (Gorod, Gojira, Otargos, Ataraxie, Alcest, plus récemment Regarde les Hommes Tomber ou Ixion...). Pour vous, il y a une sensibilité particulièrement française, une "école", un son - comme c'est le cas avec la scène death suédoise ou black norvégienne?

Je ne crois pas. Ce qui caractérise tous les groupes que tu as cités, c'est que pas un ne ressemble à un autre. Je dirais en revanche qu'il existe un « black metal parisien », avec une identité très forte – et aussi beaucoup d'endogamie, puisque les musiciens jouent les uns avec les autres au sein de plusieurs formations, ce qui donne à toute cette scène une saveur très particulière.
D'ailleurs, c'est davantage la présence d'un studio d'où sortent plusieurs productions qui est à l'origine d'une « école » ou d'un « son » - que l'on se rappelle la seconde vague du BM scandinave où tous les groupes norvégiens allaient enregistrer au Grieghallen et les groupes suédois chez Swanö (Dan Swanö, producteur et musicien suédois légendaire et véritable stakhanoviste du metal extrême, NdA) ...
Je crois qu'en France il existe en revanche une sensibilité à l'expression musicale extrême, et notre pays a participé à établir de nombreux jalons du genre. Nous n'avons pas à rougir.

La pochette - superbe, soit dit en passant - d'Eschatonizer a été... censurée à sa sortie par la plate-forme d'écoute sur laquelle vous l'aviez postée. Vous pouvez revenir vite fait sur cet épisode un peu aberrant?

Je répondrai ce que je réponds ordinairement à cette question. Le fait semble avoir marqué les esprits (rires) Au moment de remettre Eschatonizer à l'agrégateur, qui dispatche ensuite le produit sur les différents serveurs, ce dernier nous a informé que nous aurions sans doute des problèmes avec certains sites américains, que le gros cul de Niki Minaj en gros plan ou les acrobaties soft-porn de Miley Cirus dérangent assez peu, mais qui s'offusquent de la présence d'un nu artistique – il doit y avoir une demi fesse et un demi téton sur la pochette.

Nous avons donc, en concertation avec le label, décidé d'offrir un visuel plus conforme aux standards artistiques ayant cours actuellement dans le business. Il est visible sur tous les sites de téléchargement légal.

Sur votre site, l'imagerie est très soignée et fait référence à la religion, comme le nom de votre album. Toute cette actualité, qui replace le religieux au centre du débat public, qu'est-ce que ça vous inspire?

Le retour du religieux est un mythe. On ne supprime pas le religieux, on le déplace. Du coup, je ne sais pas quoi répondre à cette question. Ca ne m'inspire rien parce que je crois que le religieux n'a jamais quitté le débat public. Il revient peut-être sous des formes que l'on pensait avoir mises au vide-ordures de l'histoire, et encore ! Qu'est-ce que l'islamisme radical, sinon une forme mutante d'un islam déguisé en traditionalisme, alors qu'il ne fait que parodier et fantasmer une tradition imaginaire tout en se coupant méthodiquement de ses racines historiques ? On pourrait discuter très longtemps de cela, mais peut-être pour faire diversion, je dirai que l'importance des thématiques religieuses dans notre musique tient au fait qu'une œuvre ne peut se développer pleinement sans un arrière plan métaphysique, des « grands récits ». Et j'ai la faiblesse de m'intéresser davantage aux récits qui posent les vraies questions (il n'y en a qu'une au fond : sommes nous ordonnés à l'Être ou au Néant?) qu'aux histoires de pizzas et de télé au lit de nos atterrants histrions de la chanson française officielle.

Niveau concerts, premièrement, est-ce que vous mettez en place une scénographie particulière, qui accentuerait encore la personnalité du groupe? Ensuite, pour le moment, vous tournez un peu en France. L'objectif, c'est de décrocher une première partie intéressante, pour passer à l'échelon supérieur? Voire de jouer au Hellfest? L'affiche n'est pas complète, après tout...

Oui, nous avons travaillé notre mise en scène. Nous voulons vraiment que nos concerts soient immersifs. Je n'en dis pas plus : les gens doivent se déplacer pour se faire une véritable idée. Nous jouons le 4 mars à Paris, le 5 mars à Lille, le 7 mai à Chambéry, et nous avons un ou deux festivals prévus à l'étranger. Nous visons principalement les festivals. Les premières parties, pourquoi pas, mais les règles du jeu se sont un peu durcies, et la coutume veut qu'il faille beaucoup d'argent si l'on souhaite pouvoir tourner dans ce cadre là. Les histoires de « tour support », ce ne sont pas des légendes, et le retour sur investissement n'est pas toujours très intéressant.

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AUTEUR : Florent
Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on é...
Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on écoute du metal est aussi simple que percer dans le journalisme sportif quand on est fan de cricket, mais l'envie d'écrire et de partager sa passion l'a poussé à rejoindre les rangs de Shoot Me Agai...
Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on écoute du metal est aussi simple que percer dans le journalisme sportif quand on est fan de cricket, mais l'envie d'écrire et de partager sa passion l'a poussé à rejoindre les rangs de Shoot Me Again!...
Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on écoute du metal est aussi simple que percer dans le journalisme sportif quand on est fan de cricket, mais l'envie d'écrire et de partager sa passion l'a poussé à rejoindre les rangs de Shoot Me Again!...
Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on écoute du metal est aussi simple que percer dans le journalisme sportif quand on est fan de cricket, mais l'envie d'écrire et de partager sa passion l'a poussé à rejoindre les rangs de Shoot Me Again!...

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