Pour moi le Blues est la forme de musique la plus pure qui existe.


Mercredi 1 juin 2016



Jeune, mais aussi à l’aise sur scène que les vieux routiers du circuit, Jared James Nichols a déjà joué avec pléthore des grands de ce monde (ZZ Top, Lynyrd Skynyrd, Joe Bonamassa,...), et s’est fait un nom aussi rapidement que défilent ses notes jouées sans médiator. Après une année 2015 déjà marquée par de nombreux shows en Europe (évoqués dans cette interview d’ailleurs), Jared James Nichols revient sur le vieux continent en cette fin de printemps, cette fois en compagnie de Zakk Wylde. C’est avant leur date commune à l’Atelier de Luxembourg que nous rencontrons le néo-Californien.


Contrairement à ce qu’il m’avouera un peu plus tard, Jared semble détendu ce soir. Les blagues fusent, j’ai droit à un super accueil et à la présentation complète du trio. Puis Jared se saisit d’une basse (« je ne suis pas bassiste ! » préfère-t-il préciser) qu’il ne lâchera pas durant toute l’interview, essayant de me faire deviner certains riffs à l’occasion.





Salut Jared, et merci de me consacrer un peu de temps juste avant ton concert (Jared doit monter sur scène dans une heure à peine). Vous êtes de retour en Europe après toutes ces dates effectuées chez nous l’année dernière. J’ai lu que ces dates ont été ta principale source d’inspiration dans l’écriture de l’EP Highwayman. C’est correct ?

Oui c’est vrai. L’année dernière on était constamment sur la route. En tout je pense qu’on a dû faire dans les (il réfléchit) je dirais 150 dates environ. Avant de rejoindre Glenn Hughes en septembre dernier en Europe j’ai pensé à un faire un EP, parce que j’aime bien cette idée de pouvoir sortir du nouveau contenu quand on le peut. J’y ai donc intégré ces chansons sur lesquelles on travaillait sur la route, des reprises,... du fun quoi ! Je suis ensuite allé voir mon ami Anthony Perry Jr. pour produire le tout. Il est merveilleux, ça a plutôt bien fonctionné et je crois que le public a apprécié également. C’est vraiment quelque chose que j’ai envie de refaire ! Sortir de la nouvelle musique c’est important pour moi.

Oui surtout de nos jours, le format EP est revenu très fort. J’imagine que ça permet à des artistes comme toi de rester au contact du public, de lui faire savoir que tu as des nouveaux titres. Surtout dans ton cas, quand l’expérience live semble être ta vraie expérience. La scène c’est vraiment ce que tu apprécies le plus ?

Oh que oui ! Absolument ! Je suis un grand fan de Blues et de Rock, et toutes les chansons que je préfère prennent toute leur dimension en live. Ca résonne en moi !



L’année dernière tu as donc ouvert en Europe pour Lynyrd Skynyrd ou Glenn Hugues, et tu as également donné quelques concerts en tête d’affiche dans des petits clubs qui devaient bien suinter la sueur (il approuve bruyamment !). Quel sentiment cela t’a procuré de passer de ces grosses dates à ces concerts presque plus intimistes ?

C’est marrant car sur les gros concerts comme ceux donnés avec Skynyrd ou ici avec Zakk il y a forcément beaucoup plus de monde, et pour nous c’est une bonne chose car ça peut leur ouvrir la voie vers notre musique. Mais en même temps ça me rend très nerveux. L’idée de jammer avec ces mecs m’angoissait terriblement !
Concernant les club shows je pense que c’est important pour nous d’en faire car ça nous permet de nous étirer et de nous salir un peu. Tu vois ce que je veux dire ? On peut y aller à fond.

OK tu es encore jeune mais à te voir comme ça j’ai du mal à croire que tu sois vraiment stressé avant un concert. C’est vraiment le cas ?

Absolument ! Quand Skynyrd m’a demandé de jouer avec eux j’en tremblais !



Lorsque j’ai vu passer l’annonce de cette tournée avec Zakk j’ai immédiatement pensé que vous deux sur la même affiche c’est presque l’accord parfait. Vous n’avez fait que 3 ou 4 dates depuis le début de la tournée, mais peux-tu me dire comment cela se passe jusqu’à présent ?

Oui, Zakk est épatant. Ce mec est tellement cool. J’étais nerveux, je me suis même évanoui quelque fois... Si si sérieux ! Il est l’un de mes héros, je l’écoute depuis que j’ai commencé, et c’est incroyable pour moi de faire sa première partie maintenant. J’ai tellement de respect pour lui, comme guitariste, comme leader... Et maintenant c’est vraiment éprouvant car personne ne nous connait, personne ne sais qui je suis. Je me pointe à un concert de Zakk Wylde je joue de la guitare, juste avant lui, sur la même scène, et ça insuffle vraiment une énergie nerveuse à tout ça.

Parmi toutes les légendes avec lesquelles tu as jouées, qui t’a le plus impressionné ?

Ted Nugent ! Lynyrd Skynyrd, bien sûr. Glen Hughes, il peut chanter comme personne. Et Zakk c’est Zakk évidemment. Je suis un mélomane de tout mon coeur et donc en ce sens ils m’ont tous impressionné !



Tu sais bien sûr que Zakk a joué avec Ozzy Osbourne. Si on te proposait un jour de jouer pour lui ou une autre légende du même acabit, tu accepterais ? Ou tu préférerais garder ton propre groupe ?

J’adorerais faire ça ... à condition de pouvoir garder mon groupe justement ! Tu vois ce que je veux dire ? Je pense même que je serais dingue de refuser une telle opportunité. Ce serait une super expérience. Mais au fond de moi, et surtout depuis les 5-6 dernières années, ce que je veux c’est avoir mon propre groupe. Ce que je peux faire maintenant c’est exceptionnel.

Tu penses que cette tournée peut t’ouvrir à un nouveau public ? Je pense aux fans de Black Label Society et aux metalheads présents ce soir par exemple.

Oh oui ! C’est un nouvel auditoire pour moi ! Pas mal de ces fans sont aussi fans de Ozzy, de Black Sabbath,... Ce que je fais n’est pas du tout Metal. Mais j’y mets de l’énergie, et quiconque aime le Hard Rock, le Classic Rock peut ressentir ce qu’on joue, notre énergie quand on est sur scène



Tu as toujours aimé jouer des reprises, et je crois que sur cette tournée c’est encore le cas. Tu as même demandé des idées à tes fans via ta page Facebook. As-tu reçu des propositions intéressantes ou au contraire un peu décalées ?

J’aime bien jouer des reprises car j’aime bien m’amuser ! J’aime bien faire des jams, prendre du bon temps mais c’est curieux car plein de gens m’ont répondu de ne plus jouer de reprises et de garder mon temps de jeu pour mes propres chansons ! Ne devient par un groupe de bar disent-ils ! Pour moi c’est OK, mais pourquoi être aussi sérieux ? Si j’ai envie de jouer un peu de Skynyrd, de The Allman Brothers Band je vais jouer ça ! Mais bien sûr, je veux jouer d’abord ma propre musique.
Sur cette tournée, on va jouer seulement une reprise par soirée. Mais notre objectif c’est de ne jamais jouer deux fois la même durant cette tournée. On va en essayer une nouvelle tous les soirs. C’est assez excitant à vrai dire.

Vous avez interprété laquelle hier ?

Hier on a joué ... attends que je réfléchisse ... Robin Trower ! Oui c’est ça, on a joué Daydream, et la nuit avant Cat Scratch Fever (Ted Nugent). Ce soir je crois qu’on jouera Rock ‘n’roll Hoochie Koo (Johnny Winter - cela sera effectivement le cas). Chaque soir on en essaiera une nouvelle !



Tu parlais du Blues tout à l’heure. J’ai lu une description de toi que j’ai trouvé assez pertinente : tu es jeune, mais tu as déjà l’âme d’un vieux Bluesman.

(rires) Quelque part c’est amusant car j’ai grandi en écoutant et en jouant du Blues. Bien sûr j’aime le Rock. Les premiers riffs dont je me rappelle sont issus de Black Sabbath ou Led Zeppelin. Mais là où j’ai grandi (près de Chicago) se trouvait une grosse communauté Blues, et de 15 à 19 ans je ne jouais que du Blues !

Tu as commencé à jouer dès que tu as découvert ce style musical ?

Oui ! Quand j’ai entendu des mecs comme Stevie Ray Vaughan... ça m’a ouvert la porte. Comme d’autres après, ça m’a montré quoi creuser, comment jouer, y mettre tout son âme. Au fur et à mesure j’ai pu prendre le Blues que j’aimais, celui des anciens, prendre le Rock que j’aimais, le Classic Rock, et fusionner tout ça à ma manière pour fabriquer mon son.

Et tu as appris à jouer sans médiator, comme tu le fais aujourd’hui ?

Non pas du tout ! J’ai appris avec un médiator et j’ai joué ainsi pendant environ cinq ans. Quand j’ai changé… en fait je voulais essayer quelque chose de différent. Alors je jouais un peu sans le médiator, puis je le reprenais, puis le reposais... Après un moment je me suis dit que je pouvais faire tout ce que je voulais sans médiator, que ce n’était pas si difficile. Ça doit faire 6 ans que je joue sans médiator maintenant, ça me procure un son différent et je ne changerai plus, c’est clair !

C’était ma prochaine question justement !

(rires) Je suis toujours capable de jouer avec un médiator, mais pas forcément plus vite ou quoi que ce soit.

Et concernant le chant : tu t’y es mis directement aussi ?

Non ! Je me suis vraiment mis à chanter quand j’ai commencé les répèt’. A la base je me considère comme un guitariste, pas comme un chanteur. Mais quand j’ai commencé avec ces gars je me suis dit que soit je devais chanter, soit que l’un d’eux allait le faire. Et puis on a vraiment cru qu’on allait devoir trouver un chanteur. Enfin, j’ai finalement décidé de me mettre à chanter.




Je cite ta page Facebook : « you cannot teach the Blues ». C’est une affaire de feeling avant tout ? Tu crois que ça explique aussi pourquoi autant de jeunes groupes reviennent aux racines comme Blues Pills, Kadavar etc ?

Pour moi le Blues est la forme de musique la plus pure qui existe, parce que tu n’as pas besoin d’être super sophistiqué. Tout est question de ... je ne sais même pas comment l’exprimer ... d’émotions. Je pense que nous avons tous ici notre part de Blues. Même si on déteste ce style ! Tu peux te sentir connecté à une chanson Blues. Le Blues peut t’emmener en voyage, toujours. Des chansons écrites il y a 30 ans paraissent parfois plus pertinentes de nos jours que des chansons d’il y a quelques années à peine. Je crois que cela sera toujours le cas.



Justement, ton album, Old Glory, et ton EP, Highwayman, proposent des variations différentes : heavy Blues, tempos ralentis, morceaux plus « pop ». le tout restant ancré dans le Blues. C’est important pour toi de montrer que le Blues c’est aussi ça ?

Absolument ! La dernière chose que je voudrais, même si je crois que c’est trop tard maintenant, c’est me retrouver étiqueté comme ne sachant faire qu’une seule chose. C’est important pour moi de montrer une certaine versatilité, et je veux pouvoir faire tout ce que je suis capable de faire. C’est un peu comme Zakk. Il peut jouer des trucs assez heavy, ou plus doux. Je veux le faire à ma manière. C’est important pour moi de montrer tous ces styles parce que sinon les gens vont dire « oh ce mec il fait juste ça et ça ». Et en fait non, je peux faire plein de trucs différents.

Tu es signé chez Listenable, qui a un roster axé sur le Metal. A quel point c’est bon, ou mauvais, pour toi de te retrouver ainsi un peu à part chez eux ?


Beaucoup de gens m’ont demandé pourquoi j’ai signé chez eux. Je comprends ce qu’ils veulent dire, mais pour moi, quand j’ai parlé au Président Laurent pour notre deal, il a vu ce que je voulais faire et où je voulais emmener cette musique. Honnêtement, je préférerais me retrouver sur le label le plus heavy du monde et rester capable de continuer à faire mon truc, que me retrouver enfermé dans un autre label et être obligé de crouler sous 20 autres gars à essayer de jouer du Blues. Parce que je crois que ça serait facile de m’oublier, de me jeter au sommet d’une pile d’autres guitaristes. Or justement je ne veux pas être confondu avec une pile d’autres guitaristes. Je veux être moi.

Cela signife qu’ils ne te mettent pas la pression pour sortir quelque chose de plus commercial par exemple ?

Exactement ! Enfin si par « commercial » tu veux dire quand le songwriting est pris en charge par quelqu’un d’autre ou un peu forcé. Je veux écrire les meilleures chansons dont je suis capable, mais avec mes propres moyens.



Tu as travaillé avec Eddie Kramer pour ton album Old Glory. Il a lui-même produit beaucoup de légendes. Concrètement qu’a-t-il réussi à t’apporter ? Dans ton jeu ou ton songwriting

Avec Eddie j’ai appris plus en une journée avec lui en studio que les cinq année précédentes. Il est le meilleur quand il s’agit du studio. J’en reviens toujours pas d’avoir travaillé avec lui ! C’est une vraie légende ! On a enregistré cet album sur bande, comme on le faisait à la grande époque. C’est la vraie manière d’enregistrer des disques. J’étais super nerveux mais il m’a permis d’atteindre la meilleure qualité. Il m’a montré comment m’améliorer, en particulier comme guitariste. On s’asseyait pour discuter de l’importance de certains éléments, comme mon jeu de guitare. Il me racontait des histoires sur Jimmy Hendrix, sur tous ces mecs avec qui il a travaillé. Juste le fait de pouvoir travailler avec lui... je crois que je me suis amélioré d’un jour sur l’autre !



Tu as récemment sorti un nouveau single, accompagné d’une vidéo. Tu peux m’expliquer cette histoire de bikers ?

C’est un peu une blague en fait. Je n’avais pas encore de clip et comme on avait sorti l’EP avant la tournée précédente j’ai proposé de faire une vidéo d’une nouvelle chanson. Avec Anthony Perry on voulait juste s’amuser un peu, on a commencé à jouer un peu puis une chose en entraînant une autre on s’est dit « allez faisons en une video ». Et donc j’avais cette idée un peu folle de soit être dans un groupe de bikers, soit être poursuivi ou tabassé par des bikers. Ca s’est terminé en video un peu parodique de moi conduisant, poursuivi par des bikers Pour moi c’est du fin avant tout, ce n’est pas sérieux. J’essaie de ne pas être trop sérieux sur ce genre de choses.

Cette chanson figurera-t-elle sur ton prochain album ?

Tu sais quoi, on la mettra peut-être sur le prochain album. Mais à vrai dire j’ai écrit une tonne de chansons. Je crois disposer de mon meilleur matériel , et je suis super excité à la perspective de ce prochain album !

Merci pour cette interview Jared. Tu reviendras en Europe après cette tournée ?

Oui, je serai de retour en octobre en ouverture de Walter Trout. Mais comme cela se passera uniquement au UK, on est en train d’essayer de faire coïncider ça avec une tournée européenne, cette fois-ci en tête d’affiche.



Remerciements : Listenable & Steffie, Toke, Jared James Nichols, Erik Sandin, Dennis Holm
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