Interview

ALCEST

Mardi 29 novembre 2016

Avant d'assister au magnifique concert d'Alcest au VK, j'ai eu la chance de rencontrer Stéphane Paut, alias Neige, pour discuter entre autres du dernier opus Kodama. Entretien avec l'homme derrière la musique onirique d'Alcest!

Avant d'aborder Kodama, je voudrais revenir avec toi sur le précédent album, Shelter, qui a été reçu de façon partagée par le public, notamment par les vieux fans d'Alcest. Avec maintenant un peu de recul, qu'est-ce que tu en penses?

Oui, Shelter a vraiment divisé : il y en a qui ont adoré, d'autres qui ont moins accroché et ce qui est marrant, c'est que ce ne sont pas forcément les plus vieux fans, ça dépend des goûts des gens ; ceux qui préféraient le côté metal d'Alcest, évidemment, n'ont pas été conquis... mais ceux qui préféraient le côté éthéré l'ont même préféré à d'autres albums. C'est toujours intéressant de voir des réactions aussi contrastées. Au final, Shelter a beaucoup plus fait parler de lui que Kodama, qui a été très bien accueilli mais qui, du coup, n'a pas le même impact qu'un album qui divise. On peut même se demander si ce n'est pas mieux de déplaire à certains (sourire).

Pourtant, quand on écoute Shelter, aucun doute possible sur le fait que c'est Alcest : tout ce qui fait Alcest y est.

Oui, les mélodies n'ont pas changé. Mais donc, avec le recul, on en est toujours très fiers. C'est juste une formule qu'on ne se sentait pas de répéter parce qu'il manquait quand même une composante de la musique d'Alcest. Le côté un peu plus agressif.

Plus sombre, un peu, peut-être?

Non, parce qu'Alcest n'a jamais été sombre, je trouve ! Le côté plus rentre-dedans. Dès que Shelter a été fait, j'ai su que je ne ferais plus d'album semblable – c'est fait, voilà, la page a été tournée et ensuite il faut passer à autre chose. Il faut se renouveler à chaque fois, c'est pas évident.

Tu crois que ça vous a ouvert à un autre public?

Ouais, carrément. Un public plus indie, rock alternatif, tout ça... et c'est vachement intéressant. D'autant que je ne pense pas qu'ils soient partis avec Kodama, parce qu'il y a aussi des échos de Shelter dedans.

Justement, parlons de Kodama. Un album clairement influencé par le Japon, dans l'esthétique, le titre d'album mais même certaines mélodies...

Oui, absolument, des arpèges de guitare discrets font directement référence au Japon, à la musique japonaise, comme sur Eclosion.

C'est une culture dont tu t'es toujours senti proche, qui t'attirait?

J'ai une passion pour le Japon depuis que je suis enfant. J'ai grandi avec toutes ces séries télévisées... T'es plus jeune que moi, t'as peut-être pas grandi avec ça qui passait à la télé toute la journée...

Je regardais beaucoup les Chevaliers du Zodiaque, notamment! (rires)

Ouais, voilà, ce genre de trucs. C'est évidemment pas la finalité, mais ça nous a permis de découvrir une culture que nos parents ne connaissaient pas, une culture un peu extraterrestre, qu'on ne connaît pas chez nous, en France, en Belgique... Et c'est fascinant, quand t'es gamin, de découvrir ça, des architectures étranges, les trucs qu'ils mangent dans les mangas et qui ont toujours l'air si bons... Des choses qu'on avait jamais vu, quoi ! Même au niveau de la spiritualité, ces pays d'Asie ont une religion dominante différente de la nôtre, ça change les mentalités, la façon de voir la vie, la mort... C'est tellement différent que ça en devient vite fascinant. Ensuite, par après, quand on a eu l'occasion de jouer au Japon avec Alcest, deux fois – au Japon et en Chine, j'ai vraiment eu envie de faire quelque chose de ça, de tout mon background, cet amour pour le Japon.
Sur Kodama, c'est très léger : comme tu dis quelques mélodies sur Eclosion ou sur le morceau-titre, sur les illustrations, il y a quelques clins d'oeil à des illustrateurs japonais... on ne voulait pas faire quelque chose de 100% japonais, on n'est pas japonais, ça aurait été kitsch. L'idée de tourner avec Mono, ça part de la même volonté, ce n'est pas un hasard, bien sûr.



Shelter était un album très lumineux, très positif (Stéphane acquiesce). Kodama me paraît plus sombre, notamment au niveau des textes ; c'est voulu, conscient?

C'est sombre mais disons que ce n'est pas... glauque, pas malsain. Il y a une part de ténèbres, mais qui ne met pas mal à l'aise, je pense. C'est toujours en contrastes. En fait, il y a une thématique un peu écologique dans l'album, qui fait que ça ne peut pas être lumineux ; il y a un manque de respect par rapport à la nature qui ne fait que s'empirer depuis des années et c'est vrai que ce thème du monde des hommes en opposition à la nature fait que c'est sombre. C'est aussi quelque chose qui m'a été inspiré par le film Princesse Mononoke. Il n'y a pas de textes vraiment écolos, bien sûr, mais c'est l'idée derrière tout ça.

Toujours de façon fort métaphorique. C'est une façon de garder une distance, le fait d'écrire des textes qui ne vont pas directement parler à l'auditeur?

Oui, puis c'est aussi la difficulté d'écrire en français, t'es obligé d'être métaphorique. Tu ne peux pas écrire « Ouais, il faut protéger la forêt », etc, sinon, bon...

Sinon, tu fais du punk!

Ouais, voilà, puis même... ce n'est pas très beau, je trouve. On est toujours un peu dans le mystère dans les textes d'Alcest, il y a toujours plusieurs interprétations possibles. Donc voilà, je crois que c'est ce thème qui explique le côté plus agressif, plus vengeur de Kodama. Comme une espèce de BO d'un film qui raconte la vengeance de la nature sur l'humain – d'où aussi le lien avec Princesse Mononoke.

Sur Kodama, il y a un titre intitulé « Untouched », en anglais donc ; pourquoi?

Il n'y a jamais de texte sur les titres en anglais – comme sur plusieurs titres depuis les débuts d'Alcest où ce sont plutôt des vocalises. Et là, ce titre, Untouched, il évoque justement ce thème de la nature : une nature qui serait « intouchée », immaculée. Le mot anglais était juste plus proche de l'idée que je voulais transmettre.

Je change un peu de sujet ; quand j'écoute des groupes français, j'ai réellement cette impression qu'il y a un esprit commun, un feeling, que ce soit des groupes proches comme Alcest, Les Discrets ou Amesoeurs ou même des groupes plus extrêmes comme Anorexia Nervosa... Comment tu expliques ça?

Oui, je suis d'accord, il y a une touche française, et ce dans toutes les scènes, même la scène électro par exemple, ou la scène rock...Bon, je ne trouve pas qu'il y ait encore une scène rock française actuellement, mais dans les années 80-90 avec un groupe comme Noir Désir, on retrouvait aussi cette touche. C'est un côté un peu sophistiqué, très esthétique, mélancolique aussi... Il y a toujours une espèce d'amertume, je dirais, dans les groupes français. Je pense que le public français, aussi, aime la musique assez sombre. Par exemple, Shelter n'a pas du tout marché en France, on s'est fait détruire ! Alors que ça a bien marché dans d'autres pays, en Allemagne, en Scandinavie... Kodama, par contre, marche très bien en France.

C'est peut-être en France qu'il y a le noyau de fans qui aiment le plus le vieux Alcest, aussi.

Oui, probablement aussi, oui.

Tu as récemment participé à l'album de Glaciation, Sur les Falaises de Marbre, qui est un projet plus extrême. Tu peux nous en parler un peu?

Tout le monde me parle de Glaciation, mais y'a pas grand chose à en dire (rires). J'ai juste fait ça pour aider les potes, qui m'ont demandé de poser des voix et voilà, je l'ai fait... Ca n'a véritablement eu aucune influence sur la musique d'Alcest.

Hé bien, merci beaucoup pour le temps que tu nous as accordés, Stéphane!

Merci à toi avant tout. A la prochaine peut-être!

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AUTEUR : Florent
Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on é...
Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on écoute du metal est aussi simple que percer dans le journalisme sportif quand on est fan de cricket, mais l'envie d'écrire et de partager sa passion l'a poussé à rejoindre les rangs de Shoot Me Agai...
Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on écoute du metal est aussi simple que percer dans le journalisme sportif quand on est fan de cricket, mais l'envie d'écrire et de partager sa passion l'a poussé à rejoindre les rangs de Shoot Me Again!...
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Chroniqueur depuis ses 16 ans, il a voulu se relancer après un break... et des études de journalisme. Percer dans le journalisme musical quand on écoute du metal est aussi simple que percer dans le journalisme sportif quand on est fan de cricket, mais l'envie d'écrire et de partager sa passion l'a poussé à rejoindre les rangs de Shoot Me Again!...

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