20 heures
Il fait noir et humide, le parc du Botanique est surplombé par une imposante scène. Je n'ai jamais vu le lieu sous cet angle. Je connais peu la discographie Godspeed You! Black Emperor, comme tout le mouvement post-rock d'ailleurs. Mais en tant que future journaliste, j'apprends perpétuellement à sortir de ma zone de confort.
Le groupe avant-gardiste énigmatique a émergé à Québec en 1994. Prédécesseur de l'expérimentation et du « rock de chambre » (mélange entre rock et musique de chambre, rien de péjoratif dans ces lignes), le collectif compte neuf membres : Efrim Menuck (guitare), Mauro Pezzente (basse), Mike Moya (guitare), Sophie Trudeau (violon), Thierry Amar (basse, double basse), David Bryant (guitare), Aidan Girt (batterie), Tim Herzog (batterie) et Karl Lemieux (projection visuelle).

Crédit photo: Yannick Grandmont
Derrière l'ensemble, un film en 16mm est projeté. Le public semble porté par la même énergie, la performance audiovisuelle à laquelle nous assistons semble ne laisser personne de marbre.
Comme un coup de tonnerre, le concert de 1h30 est comparable à un tissu de velours : texturé et composé d'énormément de particules enchevêtrées les unes aux autres. Chaque morceau comporte un climax, ces montagnes russes énigmatiques semblent transporter toutes les personnes présentes.
Sans grande surprise mais avec satisfaction, je découvrirai que le groupe a un regard protestataire et critique de notre société, qui se ressent dans leur musique. Avec un militantisme clairement anticapitaliste, exemple: la version vinyle de leur album Allelujah! Don't Bend! Ascend! de 2012 était vendue avec un carré rouge muni d'une épingle, symbole de l'endettement étudiant et du combat contre l'augmentation des frais scolaires au Québec.
MOYA
Je reconnais «Moya», le seul morceau du groupe que j'ai écouté avant le concert. Je ne voulais pas en découvrir trop, ma curiosité obsessionnelle me poussant à laisser mon appétit auditif sur sa faim avant la performance de GY!BE. En même temps que les premières notes, des sons de sirènes venant de quelque part dans Bruxelles hurlent, comme des pleurs en réponse à la mélancolie du commencement de la mélodie. La track pourrait selon moi représenter une sorte de passage de la mort (le début) à la vie (le climax). Le phoenix renaît de ses cendres, puis y retourne à la fin de la chanson, les dernières secondes étant plus sombres.
BLAISE BAILEY FINNEGAN III
Des extraits audio comme base de départ à notre libre interprétation : un homme dont je ne distingue pas encore l'identité parle, c'est un long monologue mouvementé qui contraste bien avec la montée mélodique qui s'avère calme, pour commencer.
Un beau jour, les membres du groupe ont été approchés par un inconnu. Il avait un poème à leur partager, une satyre protestataire du système judiciaire et capitaliste américain. GY!BE l'a enregistré et interviewé...Sa soi-disant création personnelle était en fait un plagiat aberrant de «Virus» d'Iron Maiden. Godspeed You ! Black Emperor a par la suite ironiquement (je suppose) décidé de nommer le morceau comme un ancien chanteur d'Iron Maiden.
Les deux tracks proviennent de l'EP «Slow Riot for New Zero Kanada» sorti en 1999 sous le label Constellation Records. Le collectif est présent dans le paysage musical depuis 1994, ayant réalisé depuis 7 albums supplémentaires.

Une heure et demie plus tard, les musicien(ne)s s'éclipsent un(e) à un(e) de la scène. Il n'y aura pas de rappel, c'est peut-être mieux comme ça. Des questions qui planent, un mystère omniprésent qui émane depuis le départ. Cette performance me restera en tête pendant encore longtemps, ma voracité mélomaniaque me poussant à ''enquêter'' sur les side projects des 9 artistes.