On s’avance dans la pénombre de la salle disposée en format Box pour assister au set de la première partie : Benefactors. Ce quatuor originaire du Limbourg propose un condensé de sonorités 90’s et balance un rock coloré et accrocheur. La polyvalence des deux guitaristes et du bassiste au chant en fait une force non négligeable et les premiers spectateurs présents ne s’y trompent d’ailleurs pas en réservant un accueil respectueux à ces jeunes du coin dont le dynamisme et le côté sympathique font plaisir à voir. Pris sous les ailes d’Alessio Di Turi, le batteur de The Sore Losers, le groupe a sorti l’an passé un premier EP intitulé « Wish You Knew Better » et peut dès lors se targuer d’être un opening act de qualité en attendant la venue du gang féminin de Los Angeles.

L’audience augmente considérablement au fil des minutes nous séparant de l’arrivée sur scène de nos quatre superwomen. Séparées depuis 2001, elles sont revenues aux affaires en 2014 et entament donc une tournée des clubs européens sans pour autant sortir de nouveau son. La leader Donita Sparks ouvre le concert par un puissant : « Alright, let’s party ! » et c’est bien ce à quoi nous allons avoir droit. Cette dernière a des allures de déesse du rock. Les ornements d'or sur ses bras renforcent d’ailleurs cette impression. Le set débute par Deathwish et déjà la bassiste Jennifer Finch danse et saute avec une énergie débordante tel un tourbillon endiablé. Elle prend alors la parole : « Nous sommes très heureuses d’être de retour en Belgique » ! Et nous, donc ! C’est ensuite à la guitariste Suzi Gardner, casquette de cuir sur la tête, chaîne en métal géante sur la hanche gauche, d’entonner Andres de sa voix rocailleuse tandis que Sparks et Finch effectuent plusieurs mouvements de tête synchronisés rapidement suivis par l’ensemble du public. L’ambiance explose littéralement lors du troisième morceau Everglade où Jennifer prend à son tour la partie vocale et où les premiers pogos entrent dans la danse. On peut dès lors constater qu’on a affaire à un mur de son massif et le très punk Monster voit Sparks se délecter d’un solo d’envergure avant un tour de chant magistral sur Scrap. À partir de là, les classiques vont s’enchaîner à un rythme effréné si bien qu’en l’espace d’une heure et quart de show, nous aurons droit à pas moins de 19 hits dont un énergique et furieux Fuel My Fire laissant planer l’ombre de Joan Jett et un Freak Magnet explosif, aux riffs tranchants comme des lames de rasoir, véritable démonstration de rock’n’roll endiablé pour lequel la foule reprend le refrain à l’unisson. Admiration et excitation se lisent sur les visages et dans la frénésie du moment, Sparks en arrive même à oublier un changement de guitares !

Le morceau Shove plaide la cause du moshpit avant que le groupe n’attaque leur ode triomphale au féminisme : Shirley. Ce morceau construit à l’aide d’extraits sonores (on y entend les vrombissements du dragster de la pilote Shirley Muldowney ainsi que les allusions d’un commentateur sexiste) est joué avec ferveur et la batteuse Demetra Plakas martèle ses fûts avec une telle agressivité qu’elle botterait le cul de n’importe quelle personne présente dans la salle ! Moment cocasse : un spectateur quelque peu éméché tente à plusieurs reprises de grimper sur scène mais est rapidement stoppé net par le roadie du groupe. Ce dernier lui adresse tout de même de larges sourires. L’ambiance est tellement bon enfant que Plakas, sachant pertinemment bien où elle se trouve ce soir, lâche un amusant « Ça plane pour moi ! ». Après un court rappel, revoilà nos ladies sur scène ! Elles entament la dernière partie du show par leur reprise du American Society d’Eddie & The Subtitles avant d’envoyer à nouveau la sauce avec le gigantesque tube Pretend We're Dead et de terminer par Fast and Frightening que l’on pourrait qualifier d’hymne et acte fondateur du mouvement ‘riot grrrl’.

Contrairement à beaucoup de groupes de la même époque, L7 avait non seulement un son distinct et inimitable mais maîtrisait parfaitement l'art de chansons vives et accrocheuses. Aujourd’hui rien n’a changé ! L7 a prouvé que le rock n’a pas besoin de grands tralalas pour être efficace ! Exit les solos excessifs et riffs complexes, place au primal, au libidineux, au brut ! Ne vous méprenez pas : L7 vaut le détour pour de bien meilleures raisons que la nostalgie. Leurs chansons sont intemporelles et paraissent toujours pertinentes. Lorsque leur mélange punk-metal-grunge frappa l’Amérique en pleine poire dans les années 80 et au début des années 90, elles ont balayé d’un revers de la main certaines idées préconçues à savoir : 1) Le rock n’est qu’une affaire de mecs et 2) Le meilleur du grunge vient de Seattle.
Mais tout est-il parfait 25 ans plus tard ? Bien sûr que non, mais qui s’en soucie ? Bien sûr que les années ont passé et que nos hôtes du jour ont dépassé la cinquantaine, bien sûr que la fougue et le côté rebelle se sont légèrement évaporés, bien sûr nous n’avons pas eu droit à un lancer de tampon usagé (c’était le bon temps !), mais elles nous ont offert un show vicieux, vital et plus énervé que jamais ! Et pour tout cela, leur retour valait la peine ! Merci mesdames ! À quand un retour par la case studio désormais ? Mais quoiqu’il arrive, Hell’s Heaven… !

Remerciements au Muziekodroom
Photos : Luc Luyten (Bedankt !)
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L7
The Sore Losers