On savait que la Belgique était le pays du surréalisme… Mais à ce point-là… ! Ce qui nous attend quelques minutes après notre entrée dans la salle va en déconcerter plus d’un. Vom Grill, le projet de l’Anversois Dennis Tyfus, investit les lieux et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il va marquer les esprits. Le problème : on ne sait pas dire si cela tient du génie ou du pitoyable… Pendant une vingtaine de minutes, assis devant une table composée d’engins électroniques et transformateurs vocaux, deux gaillards vont « s’amuser » à triturer leurs voix et bidouiller toutes sortes de sons peu singuliers (gargouillis après avoir ingurgité une bonne bière bien de chez nous, cris de bébés en pleurs, voix ralentie ou accélérée, chants d’opéra et j’en passe). Un concept assez désarçonnant en première partie d’un groupe comme Dinosaur Jr.. Le genre de chose à écouter complètement bourré pour y comprendre quelque chose. Une femme véritablement éméchée dans le public nous prendra d’ailleurs au mot en montant sur scène et en apostrophant un pauvre spectateur le poussant même à en venir aux mains avant que la sécurité n'intervienne (!). On se demande vraiment à ce moment précis où l’on est tombé ! La performance se termine par un énième instant What The F**k avec la diffusion d’un petit film dans lequel l’ami Tyfus entre dans une classe anversoise afin de conjuguer le verbe « mosselen »… Voilà voilà voilà… Une expérience à la fois amusante, teintée de ridicule et quelque peu douloureuse par moment.
C’est enfin au tour des gars d’Amherst (Massachussetts) de fouler la scène de notre mythique salle bruxelloise. De retour sur les routes en 2005 avec sa formation originale (J Mascis à la guitare et au chant, Lou Barlow -membre de Sebadoh- à la basse et enfin Murph à la batterie), Dinosaur Jr. n’en finit plus de parcourir les routes du monde entier et de composer de nouveaux albums avec acharnement et enthousiasme. Le trio entame son show avec Bulbs of Passion et ses fabuleux changements de tempo à la « Sonic Youth Attitude » avant que l’on se prenne une première claque sur le morceau The Lung dont l’intro magistrale nous file la chair de poule. « C’est le moment de vous présenter quelques nouveaux titres issus de notre dernier disque ! » annonce alors J Mascis avant d’aborder Goin Down, morceau accrocheur et violent juste ce qu’il faut. Lou Barlow fracasse sa basse comme si celle-ci était son pire ennemi et ne tient pas une seconde en place au contraire de son leader qui, lui, reste de marbre. Pour I Told Everyone, qui reprend les codes typiques du son « Dinosaur Jr. », Mascis nous gratifie d’un excellent solo teinté de mélancolie et Barlow peut ensuite démontrer qu’il est aussi à l’aise au chant qu’à la basse sur Love Is. Place ensuite à une envolée de classiques plus irrésistibles les uns que les autres : un The Wagon pop sur les bords, un Watch The Corners psychédélique à souhait et rappelant le bon vieux Built to Spill ou un Pieces vintage mélangeant riffs transcendantaux et chœurs aigres-doux. La nouvelle chanson Tiny démontre à merveille la façon dont le groupe peut alterner à la fois riffs lourds et soli soignés. Le batteur Murph est littéralement en transe à chaque morceau et Barlow n’en finit pas de jouer son rôle de Lapin Duracell dérangé. On assiste alors à un fabuleux retour au cœur des années 90 avec Feel The Pain : changements de tempo saisissants à nouveau pour trois accords joués à un volume assourdissant. Le hit Start Choppin qui ravit un grand nombre de fans est pris en sandwich entre deux nouveaux morceaux de « Give a Glimpse… » dont la ballade Knocked Around où l’on peut admirer la voix de J Mascis, digne héritier de Neil Young. Le band quitte une première fois l’assemblée avec Freak Scene et Forget The Swan. Nous aurons encore droit en rappel à la fantastique reprise du Just Like Heaven de The Cure et le combo termine son set par le puissant In A Jar.
L’Ancienne Belgique est conquise… Il n’y a pas d’autre mot ! Dinosaur Jr. a proposé le meilleur de son répertoire et reste un des live acts les plus bruyants mais aussi les plus généreux qui soient ! Les mastodontes du rock indé sont loin d’être démodés !
Remerciements à l'Ancienne Belgique
Dinosaur Jr.
The Cure