L’histoire est connue : au milieu des années 2000, après la dissolution de Sneaker Pimps, illustre représentant de la scène trip hop britannique, Chris Corner décide de voler de ses propres ailes en se tournant vers une pop beaucoup plus sombre alliant électro hypnotique à consonance eighties, paroles à la morosité évidente et guitares croustillantes ajoutées çà et là. Glam, darkwave, gothique et un peu de tout à la fois. Comme le dira la presse musicale, l’essence d’IAMX et sa direction sonore sont à trouver dans ses références que sont Depeche Mode, Placebo ou encore Radiohead. Ayant vécu à Berlin pendant de nombreuses années, Corner a toujours utilisé la musique comme une sorte de thérapie afin de lutter contre ses démons intérieurs en explorant des sujets aussi sensibles que la maladie, le rejet, la mort, les relations obsessionnelles ou la sexualité. Cela est d’autant plus vrai que son sixième album (« Metanoia » en 2015) relatait sa guérison après une forte dépression se traduisant par des insomnies récurrentes et autres joyeusetés du genre. Le nouveau venu « Alive In A New Light » semble être le point final de sa transformation psychologique personnelle et le départ vers des horizons moins ombragés, une lumière au milieu des ténèbres caractérisée par des sonorités synth-pop invitant à danser pour mieux vaincre son mal être. Le projet en est donc à sa quinzième année d’existence et force est de constater qu’IAMX jouit toujours d’un véritable culte en Europe grâce à ses performances live d’excellente facture et un succès grandissant également aux Etats-Unis grâce à la B.O. de la série « How to Get Away with Murder ».

La Madeleine n’est certes pas remplie à foison mais fait déjà un joli bruit quand les lumières s’éteignent et que retentit l’intro d’un premier morceau, l’éponyme Alive In A New Light aux synthétiseurs trippants et pour lequel l’ami Chris, affublé d’un haut chapeau à plumes, pousse déjà sa voix dans des retranchements aigus. « Bonsoir les amis ! Je vous aime ». Comme déjà évoqué, le côté visuel de la performance est d’une grande importance et embarque le spectateur dans un univers glauque et sexy à la fois. Les lights, malgré leur complexité extrême, sont parfaitement adaptés à cette musique écorchée, bien aidés en cela par ces projections vidéo inquiétantes qui se chargent de planter le décor. C’est d’autant plus frappant sur le brutal et déchirant No Maker Made Me ou Bring Me Back A Dog illustré par des extraits de films ayant pour thème les loups garous. Hyperactif et portant une grande attention au langage du corps, Chris Corner se démène comme un beau diable à l’instar de ses comparses aux claviers Janine Gezang (crâne rasé et tenue provocante) et Sammi Doll (gothique revendiquée et mascara à outrance). Le batteur Jon Siren n’est également pas en reste pour ce qui est de se donner corps et âme à son instrument. Si le métronomique Happiness n’a rien de bien original, I Come With Knives est éructée de manière urgente par un Corner à la voix déchirante qui, tel un gladiateur muni d’un bouclier, joue avec les lights disposés sur le côté de la scène à l’aide de miroirs réfléchissants. L’ambiance atteint déjà un niveau plus qu’élevé et les cris de la foule sont alors dignes des meilleurs rappels. Et dire que nous n’en sommes encore qu’au début du show. Le rythme va pourtant considérablement baisser en intensité par la suite avec notamment le trio Exit, I Am Terrified et Sorrow sans pour autant dénaturer le contenu du show. Le maître de cérémonie en profite pour expliquer la présence de caméramans sur scène ; ces derniers s’attèlent à la réalisation d’un documentaire sur le groupe. Du discret et introspectif, on repart de plus belle vers la tumultueuse folie avec North Star, condensé de bizarreries bruitistes, de beats frais et de larsens électro. Les fêtards en auront pour leur argent lors d’After Party I Die et du génialement grandiose Spit It Out rappelant une ambiance sonore aussi fascinante que diversifiée.


C’est déjà l’heure pour le groupe de quitter une première fois la scène. Au bout d’un rappel particulièrement bruyant, il nous revient afin d’entamer le très beau Mile Deep Hollow aux synthés mélancoliques avant d’enchaîner sur Your Joy Is My Low aux claquements rythmiques répétés. Et que dire de l’agressif The Alternative, électro-pop rétro-futuriste aussi percutante qu’envoûtante. Bis repetita pour un deuxième rappel ponctué par un émouvant Mercy haut en couleurs et à la douce euphorie avant que le groupe ne tire sa révérence pour ce soir avec The Power and The Glory.
On a assisté à une toute grosse performance aussi bien scénique que musicale. À l’aide de mélodies à la touche émotionnelle forte, IAMX a proposé un kaléidoscope diversifié et extrêmement coloré composé de visuels, danses et même costumes scéniques pittoresques, le tout agrémenté d’une sacrée dose de musique électro-indus’. Expérimentant sons, lumières et production érotico-androgyne, Chris Corner continue son petit bonhomme de chemin sans trop regarder en arrière. Le Glam Noir a encore de beaux jours devant lui…

Remerciements à Live Nation
Photos live : Luc Luyten (Bedankt !)
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