Si The Mindsweep sorti en 2015 montrait un Enter Shikari presque débarrassé de ses origines hardcore et axé principalement sur le jeu d’ambiance et les thèmes spatio-temporels, que dire de The Spark ? La première piste de l’album (sans compte la courte intro), The Sights, m’oblige à vérifier par acquis de conscience si je suis bien en train d’écouter Enter Shikari. Pourtant oui, la voix de Rou Reynolds est reconnaissable, pas de doute sur ce point. C’est musicalement que je m’interroge, car en lieu et place des guitares distordues qui n’ont jamais quitté la musique du groupe, c’est une rythmique très « party-pop » et une musique plutôt accessible que nous servent les Anglais en entrée. C’est catchy et dansant à souhait et on se met à fredonner la mélodie en « Woh-oh-oh-oh » dès le deuxième refrain. Et ça c’est plutôt mauvais signe, quand on se rappelle que Enter Shikari était plutôt adepte des constructions complexes et décousues qui demandaient de nombreuses écoutes avant qu’elles se laissent apprivoiser. J’ai quand même envie d’ajouter l’avis innocent de mon fils de 9 ans qui m’avait accompagné en mars 2016 voir le groupe sur la tournée de The Mindsweep : « On dirait un peu de la musique de carnaval ». Bon dans ma région le carnaval est une tradition très solide donc rien de péjoratif dans son exclamation. Mais quand même quoi. De la musique de carnaval.
Même approche pour Live Outside qui rappelle la vague de l’electro-rock anglais du milieu des années 2000, pensez Bloc Party et consorts.
Ce n’est que sur Take My Country Back qu’on retrouve un peu le Enter Shikari qu’on connaissait, dont la rythmique simpliste et punk-rock rappelle les premières heures du groupe. Mais ce Enter Shikari joue avec nos pieds puisqu’il nous inflige un curieux et dispensable intermède acoustique avec Airfield, en piano-voix laissant au fil des minutes un peu de place à des sons plus chargés. J’aurais clairement pu arrêter l’écoute à ce moment et cela m’aurait hélas privé du meilleur morceau de l’album - on pourrait même dire « le seul bon morceau de l’album » si on était mal luné - qui montre enfin de quoi Enter Shikari est capable en terme d’écriture musicale et d’assemblage de structures mathématiques : en effet, Rabble Rouser se veut un peu le Gandhi Mate Gandhi de ce The Spark, combinant tous les éléments maîtrisés par le groupe aujourd’hui.
Musicalement, le groupe continue sur le reste de ce curieux album d’explorer leurs nouvelles envies de composer des tracks catchy et accessible et dans les meilleurs cas y ajoutent certains sons plus écorchés et agressifs comme sur The Revolt Of The Atoms.
Pour tâcher de terminer par une conclusion claire : Je ne suis pas sûr de comprendre ce que Enter Shikari a tenté de faire avec The Spark. Si quelques morceaux de construction simple comme ceux du début de l’album peuvent se justifier, la faible qualité des derniers morceaux de l’album (non mais Shinrin-yoku et An Ode to Lost Jigsaw Pieces (In Two Movements) on en parle ?) est vraiment indigne de la qualité habituelle du groupe. Faux pas ? Nouvelle orientation ? Trop tôt pour juger mais ce sera difficile de rester accroché à Enter Shikari, même si celui-ci reste un excellent groupe de scène, s’il ne corrige pas le tir dès le prochain album.

Enter Shikari